Des critères de validité en sciences humaines et sociales : introduction

Certaines personnes peuvent se sentir démunies lorsqu’il s’agit de réaliser un travail à portée scientifique (un article, un travail de fin d’études (TFE), un mémoire…). En parallèle, il n’est pas toujours facile de déterminer si un ouvrage qui se prétend scientifique dans un domaine est vraiment valide, fiable.

Les apprentis sorciers de l'éducation aux médias

Je pense par ailleurs que l’apprentissage de thèses est d’autant plus porteur lorsqu’il s’accompagne de l’apprentissage des conditions d’élaboration de celles-ci, c’est-à-dire des méthodes et démarches qui ont permis de les mettre à l’épreuve. Autrement dit, en plus de comprendre les idées, les théories, les concepts et les courants, il s’agit de comprendre comment ceux-ci se sont développés, sur quelles bases (postulats), quelles méthodologies et quelles observations.

C’est pourquoi je propose une section présentant des critères de validité en sciences humaines et sociales.

Position du problème

L’épistémologie est la partie de la philosophie qui s’interroge sur la connaissance en général, sur les conditions de possibilité de celle-ci : qu’est-ce que la vérité ? Est-elle accessible ? Que peut-on connaître, et comment ?

Dans la catégorie Vérité et épistémologie, ainsi que dans la partie relative à la connaissance dans mon cours de Philosophie et éthique de la communication, j’approfondis plusieurs pistes relatives à ce questionnement, en mettant en balance différents courants (dogmatisme, relativisme, pragmatisme, perspectivisme, constructivisme, dialectique, etc.).

La connaissance humaine est possible

Je me positionne en développant la thèse que la connaissance humaine est possible, autrement dit que nous pouvons dire des choses plus vraies que d’autres sur la réalité. Cette affirmation n’est pas une évidence indiscutable (elle ne peut d’ailleurs elle-même pas faire l’objet d’une démonstration scientifique dans l’état actuel des connaissances). Elle repose sur un acte de confiance, un choix de croire qu’une certaine compréhension du monde peut être atteinte.

Il existe des méthodes plus valides que d’autres pour faire progresser la connaissance

Ce cheminement peut être approfondi de diverses manières. Dans Pour une éthique de la discussion (2013), je prolonge celui-ci au niveau de la connaissance en général et développe entre autres l’idée que le savoir progresse à travers des processus actifs qui s’incarnent dans des formes de dialogue. En 2014, j’ai également écrit La logique face aux mauvais arguments (2014) afin de mettre en lumière des éléments permettant de discriminer des affirmations fallacieuses.

Dans cette section, je propose d’ajouter une dimension en posant que la connaissance scientifique valide se déploie à travers des méthodes particulières.

Epistémologie des sciences : quels sont les critères d’un savoir scientifique valide ?

L’épistémologie des sciences est une branche spécifique de l’épistémologie : elle s’attache à questionner le(s) savoir(s) et les démarches scientifiques en particulier.

Nous nous attardons ici sur quelques recommandations générales issues de l’épistémologie des sciences humaines et sociales.

Concrètement, ces balises peuvent être utiles au lecteur d’un contenu à prétention scientifique, afin d’évaluer la fiabilité des affirmations posées, ainsi que dans la posture de producteur d’un tel contenu.

Bien sûr, ces repères nécessitent d’être affinés et nuancés en fonction de l’objet de recherche, des courants d’études, des méthodologies choisies, etc. Il s’agit ici d’une présentation introductive à toutes ces réflexions.

Quelques balises en sciences humaines et sociales

Nous entendons ici les sciences humaines et sociales en un sens large, soit comme étant l’ensemble des disciplines scientifiques visant à comprendre la réalité humaine, l’action humaine (individuelle ou collective). Cela inclut différentes branches de la psychologie (dont la psychologie sociale), l’ethnologie et l’anthropologie, la sociologie, l’histoire et la géographie, les sciences de l’éducation (didactique), etc.

Notons que ces délimitations peuvent être (et sont) discutées. Aussi, les frontières entre sciences dites « humaines » et sciences de la nature (physique, biologie, chimie) ou encore les mathématiques et la philosophie sont relativement poreuses et il arrive qu’elles s’entremêlent. De plus, de nombreuses disciplines ou sous-disciplines ont développé leurs propres paradigmes épistémologiques, tandis que d’autres s’inspirent de plusieurs courants disciplinaires.

Ce cadre étant posé, voici quelques recommandations globales utiles dans le cadre de la conception ou de l’évaluation d’une recherche, d’un mémoire, une thèse ou d’une publication scientifique.

downloadVoir aussi les étapes de recherche en sciences sociales, extrait de VAN CAMPENHOUDT, L., QUIVY, R., Manuel de recherche en sciences sociales, Paris : Dunod, 2011 (1988).