Doctrines et courants en philosophie morale

Essentialisme et existentialisme

L’essentialisme considère que les choses et/ou les hommes peuvent être appréhendés en fonction d’une « nature », d’un « fond » permanent, qui ne change pas, une identité « fixe » en quelque sorte. L’essence constitue l’ensemble des éléments constitutifs d’une chose. Socrate est un être humain : son essence correspond à son humanité.

L’existentialisme est une thèse qui dit en bref que l’homme n’est jamais vraiment « quelque chose », mais se construit au fur et à mesure de ses actes. C’est le fameux « l’existence précède l’essence » de Sartre (notre action humaine précède « qui nous sommes » : nous nous définissons au fur et à mesure de nos actes). Cela voudrait dire que l’on peut toujours changer, selon sa volonté : l’homme se fait lui-même.

Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre

Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre

Cette thèse est inspirée par la lecture de l’œuvre de Martin Heidegger, dont l’une des forces est de penser l’être humain dans sa dimension temporelle (l’être humain est « être-vers-la-mort » / « être-pour-la-mort »).

La différence entre la puissance (le potentiel) et l’actualisation (l’acte) (Aristote) peut permettre de comprendre l’existentialisme. Selon la vision existentialiste, on n’est pas « intelligent » ou « bête », « bon » ou « mauvais » une fois pour toutes, mais on exerce ou non des facultés, en situation. Nous en avons le potentiel, mais nous ne l’actualisons pas nécessairement : nous ne sommes pas entièrement prédéterminés à être bons ou mauvais (ce qui est un corollaire de notre finitude), mais nous pouvons choisir de poser des actes qui nous définissent par la suite. Pour Sartre, l’action humaine est contingente, c’est-à-dire pure indétermination : elle a tous les potentiels, en quelque sorte.

Un penseur comme Sartre mérite d’être tempéré / nuancé, mais l’idée est que nous possédons une « part de nous » que nous pouvons changer, qui n’est pas défini une fois pour toutes. Plus spécifiquement, pour Sartre, notre identité n’est pas définie à l’avance, elle dépend de nos choix, des actes que nous posons.

Relativisme et dogmatisme en morale

Cf. ces concepts dans Doctrines et courants en épistémologie.

Nihilisme

« En philosophie : doctrine selon laquelle rien n’existe au sens absolu ; négation de toute réalité substantielle, de toute croyance […] En morale : négation des valeurs morales et sociales ainsi que de leur hiérarchie ».

« Déontologisme » et « conséquentialisme »

Le déontologisme et le conséquentialisme représentent deux manières d’évaluer une action morale.

Déontologisme : le jugement de la moralité d’une action se fait en fonction de devoirs, obligations ou interdits moraux. Cette action est intrinsèquement bonne ou mauvaise selon qu’elle correspond ou non à des lois ou devoirs (exemples : « ne pas tuer », « ne pas mentir ». Tuer ou mentir est mauvais en toutes circonstances. Cf. la philosophie morale de Kant, notion de « respect »).

Un acte bon est un acte bon « en soi », par définition (voir aussi la notion de désintéressement).

Conséquentialisme : le jugement de la moralité d’une action se fait en fonction des conséquences de cette action (ici, mentir pourrait être justifié par le fait de préserver une personne, de ne pas l’inquiéter… Cf. également la notion d’utilitarisme, ci-dessous).

Un acte bon est un acte qui a de bonnes conséquences.

> Voir aussi : éthique de la vertu

Utilitarisme, hédonisme, épicurisme

Pour Aristote, s’il y a une envie commune à tous les êtres humains, c’est celle d’être heureux. Pour lui, l’éthique est donc à lier à cette question fondamentale du bonheur. Si celui-ci est abstrait, des philosophes comme Epicure (épicurisme) ou Aristippe (hédonisme) parlent davantage des plaisirs, palpables et concrets. Souvent mal interprétés, ceux-ci sont en réalité des modérés : ils ne cherchent pas le plaisir à tout prix, dans une course individualiste effrénée, mais préconisent le fait de « goûter l’instant » sans se laisser atteindre par les tracas extérieurs, en quelque sorte (cf. la notion d’ataraxie).

Certains philosophes postérieurs comme Descartes inviteront à considérer l’idée suivante : plutôt que vouloir changer le réel, ne vaut-il pas parfois mieux s’en satisfaire ? Pour lui, le bonheur est de l’ordre du contentement, de la satisfaction de sa situation.

L’utilitarisme (Mill, Bentham) est la doctrine qui tâche de mettre la question des biens et des maux particuliers (plaisirs, souffrances) dans une perspective collective. Il s’agit de tenter de quantifier ceux-ci de manière à minimiser les peines et souffrances, tout en maximisant les plaisirs et joies. Une souffrance individuelle peut par conséquent être justifiée en regard du « mieux-être » collectif qu’elle est supposée susciter (torture, peine de mort ou emprisonnement répondent en partie à cette logique).