Exemples de questions philosophiques

Cet article est consacré à des exemples de questions abordées dans le cadre du cours de philosophie et éthique de la communication (master en éducation aux médias, IHECS).

L’objectif de cette liste non-exhaustive de questionnements est double :

  • permettre aux étudiants de s’approprier, de manipuler et d’appliquer des concepts, courants et théories philosophiques ;
  • étudier les impacts des prises de position que les différents types de réponses à ces questions supposent (entre autres en termes de perceptions, de représentations, de valeurs, etc.)

Questions épistémologiques en éducation

  • Peut-on dire des choses plus vraies que d’autres sur la réalité ?
  • Est-il possible de transmettre des vérités en éducation ?
  • Que veut dire « tendre vers l’objectivité » ? Est-ce possible, souhaitable ?
  • Quels sont les paradigmes épistémologiques en éducation ? Quels sont leurs impacts sur les pratiques éducatives ? Quels sont les présupposés épistémologiques en pédagogie ?
  • Quelle est la place des préjugés (ou représentations) en pédagogie ?
  • Y a-t-il des contenus et des méthodes didactiques plus pertinents que d’autres ?
  • Le pluralisme implique-t-il un relativisme en éducation ?
  • Qu’est-ce que la neutralité dans l’enseignement ? Est-elle possible, souhaitable ?
  • Peut-on parler d’un diktat de certains paradigmes dits des sciences de l’éducation (monisme, dogmatisme…) ?
  • Savoirs et vulgarisation : peut-on communiquer la réalité ?
  • Partir des usages et usagers : y a-t-il des usages ou des types d’usages « meilleurs » que d’autres, en termes de savoirs critiques ?

Questions éthiques en éducation

Sens de l’éducation

  • Peut-on faire qu’il y ait plus de « bien » ? Nos actions ont-elles un impact sur le monde ?
  • Avons-nous une maîtrise des conséquences de nos actes ? De quoi sommes-nous responsables ?
  • A quoi sert l’éducation ? Une posture nihiliste est-elle envisageable pour relativiser les enjeux pédagogiques ?
  • (Que) faut-il savoir ? Heureux les ignorants ?
  • Une cohabitation harmonieuse entre les croyances est-elle possible ? Qu’est-ce que la « tolérance » ?
  • Plus de liberté est-il synonyme de plus de moralité ?
  • Qu’est-ce que le pari d’éducabilité ? Qu’est-ce que cela a à voir avec l’existentialisme (Sartre), ou encore avec la thèse de la banalité du mal (Arendt) ?
  • Quel est le rapport entre le fait de développer l’autonomie et l’existentialisme, en éducation ?
  • Quels sont les présupposés moraux de tel ou tel dispositif éducatif ? Quelles sont les postulats éthiques des pratiques éducatives observées ?
  • Quels glissements opérer entre descriptif et normatif ?
    Quels glissements ne pas opérer entre les deux ?
    La connaissance doit-elle être orientée par et vers l’action humaine ? A-t-elle de la valeur en soi, dans l’absolu ? L’éducation doit-elle être normative ? Si oui, est-elle une forme de propagande ?
  • Faut-il formaliser les usages et autres « savoirs informels » des apprenants ? Est-ce possible ? Est-ce utile ?
    Doit-on éduquer à des façons de faire conventionnelles (par exemple, les pratiques journalistiques) ou bien plutôt à détecter ces conventions en tant que telles ?

Éducation, valeurs et règles morales

  • Peut-on envisager un cursus d’éducation à la citoyenneté sans un socle de règles morales (explicites ou non) ?
  • L’éducation doit-elle être normative ? Si oui, est-elle une forme de propagande ?
  • L’émancipation individuelle peut-elle se passer de l’intégration de règles morales ?
  • Existe-t-il des règles « universelles » ? Y a-t-il des valeurs « immuables » à transmettre ? Quelle est la place des droits de l’homme ?
  • Interdits et émancipation : quelles tensions en éducation ? Le fait de poser des interdits est-il en opposition avec le développement de l’autonomie ? Quid des logiques d’interdictions, des règles et des sanctions ?
    • Le fait de développer l’autonomie individuelle est-il une évidence ? « Quand on laisse les gens libres de choisir, ils choisissent mal » (film The Giver, 2014)
  • Règles et liberté : comment les articuler en éducation ? Faut-il faire transmettre des règles morales ? Quid d’une critique de celles-ci ? Y a-t-il une limite au fait de ne pas mettre de limites ? La responsabilisation peut-elle permettre à elle seule une vie harmonieuse en société ?
  • Le fait de « responsabiliser » consiste-t-il à transmettre des normes, de manière à ce que l’apprenant sache se dire qu’il choisit « en conscience » d’obéir à la règle morale ?
  • Peut-on prétendre développer l’autonomie critique d’un apprenant à tout âge de la vie ? La responsabilité d’un enfant de 3 ans est-elle la même que celle d’un adolescent de 16 ans ? Quid de leur liberté ? Quels contenus et méthodes pédagogiques en conséquence ?
  • Les règles sont-elles évidentes ? La prévention par conscientisation est-elle suffisante ? Y aura-t-il toujours des comportements violents, destructeurs, voire absurdes ? Doit-on focaliser les actions éducatives sur de telles dérives extrêmes ?

Plaisir(s), bonheur et morale

  • Aristote, Aristippe et Epicure érigent la question des plaisirs ou du bonheur comme fondamentale en philosophie morale.
    Quid d’une recherche des plaisirs et du bonheur dans les systèmes éducatifs et médiatiques ? Quelle est la place de ce questionnement dans les sphères que nous étudions ?
    La recherche du ou des plaisirs est-elle primordiale ou secondaire en éducation ?

Questions philosophiques spécifiques aux médias d’information

Questions philosophiques spécifiques d’éducation aux médias

  • Comment parler des médias alors que nous les vivons au quotidien ? L’objectivité est-elle possible ? Les discours sur les nouvelles technologies ont-ils assez de distance pour objectiver ce dont-ils parlent ? Comment prendre une « bonne distance » par rapport à l’objet étudié (les médias) ? Est-il possible d’en parler sans subjectivité ?
  • Les technologies sont-elles intrinsèquement bonnes ou mauvaises ? Ou, au contraire, sont-elles neutres (et de toute manière inéluctables) ?
  • Quelle est l’approche de l’éducation aux médias vis-à-vis des croyances et représentations ?
  • L’éducation aux médias en tant que discipline (ensemble de méthodes et de contenus) est-elle une morale ? Doit-elle l’être ?
  • Quelles valeurs pour l’éducation aux médias ?
  • Quel(s) jugement(s) la critique des médias porte-t-elle sur ceux-ci en fonction des critères de plaisir ou de bonheur ? Les contenus médiatiques sont-ils jugés en fonction du plaisir qu’ils suscitent ? Si oui, comment le sont-ils ? Quels impacts éducatifs cela a-t-il ? Quelle est la place de ces critères dans la hiérarchie des valeurs utilisées pour juger les médias (leur fiabilité, leur « utilité » technique, etc.) ?
  • Qu’est-ce qu’être critique par rapport aux médias ? Quels sont les savoirs, compétences ou attitudes valorisées ? Quel positionnement normatif cela implique-t-il ?
  • L’esprit critique peut-il être acquis une fois pour toutes ? Si non, peut-on l’enseigner ? Et comment évaluer l’esprit critique d’un apprenant ?
  • Peut-on concilier les approches de terrain de l’éducation aux médias, y compris les plus « radicales » (en termes de dogmatisme ou de relativisme) ? Le faut-il ?
  • A qui s’adressent les pratiques d’éducation aux médias ? A qui doivent-elles s’adresser ?
    Y a-t-il des catégories de personnes à qui certains contenus d’apprentissage (lesquels exactement ?) devraient être destinés en priorité ?

Des questions d’éthique normative appliquée inspirées de faits d’actualité sont par ailleurs proposées dans le cours.