Lutter contre la haine de l’autre : contredire avec les faits et la logique

Souvent contredits par les faits, les propos de haine identitaire ne reposent pas sur des raisonnements valides.

Le livre illustré des mauvais arguments

Le livre illustré des mauvais arguments

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Les faits

En septembre 2015 (et par la suite aussi, bien sûr), un grand nombre de faits contredisent les propos faux qui ont été émis à l’égard des « migrants », des « réfugiés » ou encore d’autres catégories de la population stigmatisées. Voir notamment ces campagnes de rétablissement des faits face à des propos mensongers :

> 10 préjugés sur les migrants et comment y répondre (Amnesty, 2015)

> Petit manuel pour lutter contre les pensées simplistes après les attentats (Le Monde, 2016)

> 50 assos contre l’exclusion – L’autre campagne #DansLaVraieVie (2017)

Source : 50 assos contre l’exclusion – L’autre campagne #DansLaVraieVie (2017)

De même, des articles ont mis en avant des tactiques de manipulation des informations (notamment par retouche d’image) et de création des intox au détriment des faits :

> Migrants : la guerre des images (Le Monde, 2015)

> Comment des internautes créent l’intox autour des images de migrants (France24, 2015)

> Réfugiés : la guerre de l’info de la « fachosphère » (RTBF, 2015)

L’utilisation des faits permet également de remettre certains événements dans leur contexte. Cf. par exemple cette carte des réfugiés syriens (mars 2016)

Certains argumentaires haineux ont par ailleurs déjà fait l’objet de déconstructions auparavant :

> Fiche technique pour clouer le bec à un ami raciste (RFI – Atelier des médias, 2013)

> Les immigrés rapportent plus qu’ils ne coûtent à l’économie française (20minutes.fr, 2011)

Ces articles montrent les biais et erreurs de certains individus. Il existe également des faits d’ordre biologique, par exemple, qui contredisent non seulement la « supériorité » d’une race sur une autre, mais aussi plus largement la pertinence de la notion de race pour parler des humains (cf. Race humaine (Wikipedia)), voire de l’ensemble des espèces d’un point de vue scientifique (cf. Race (Wikipédia)). Je ne pense toutefois pas nécessaire d’y faire davantage référence ici. La haine de l’autre comme idéologie pourrait toutefois bien sûr faire l’objet d’une vigoureuse déconstruction.

Des personnes informées de manière nuancée par rapport à des phénomènes complexes seraient moins « vulnérables » aux discours faux et haineux.

> Pour comprendre plus en profondeur la complexité de certains phénomènes (qui brassent entre autres des dimensions politiques, économiques, « culturelles », « identitaires » et émotionnelles), lire aussi Face à l’absurde des guerres et des attentats (2016)

Toutefois, un des problèmes des échanges qui se veulent « factuels » est que chacun peut très bien sélectionner les faits qui confortent sa thèse (je développe ceci dans Médias : influence, pouvoir et fiabilité). Il arrive que des querelles sur des faits soient très stériles.

Shenanigansen - Owlturd.com

Shenanigansen – Owlturd.com

La logique

Les généralisations sur base de quelques observations ne sont pas des raisonnements logiques valides.

Dans le langage courant, […] si je dis « tu es toujours en retard » à mon interlocuteur, en réalité il suffit d’une fois où il n’a pas été en retard pour que ma phrase soit fausse. « A tel moment, dans telle circonstance, à un certain nombre de reprises, tu as été en retard » est alors sans doute plus proche de la vérité.

Ces considérations ne sont pas stériles. Il est très différent de dire que trois personnes d’une certaine communauté ont commis des actes criminels (un certain nombre de personnes a adopté un comportement observable à un moment donné) que de dire que toute cette communauté est criminelle.

La logique face aux mauvais arguments (2014)

Il suffit d’un seul contre-exemple pour réfuter les affirmations à prétention « générique » : s’il existe une seule personne dans une communauté qui n’adopte pas de comportement violent, cela suffit à contredire que tous les membres de cette communauté adoptent des comportements violents.

De plus, il ne faut pas confondre causalité et corrélation (cf. toujours La logique face aux mauvais arguments (2014)) : il est complètement biaisé de dire que les comportements violents sont majoritairement le fait de telle ou telle communauté. En réalité, de nombreux autres paramètres (comme la paupérisation, l’exclusion sociale, les inégalités et la frustration qui peut en découler ou encore le fait de subir une certaine hostilité) peuvent favoriser l’adoption de comportements violents (qui demeurent inacceptables cependant).

En affinant les distinctions et en rétablissant la complexité face aux discours erronés, nous condamnons ce qu’il y a de condamnable effectivement, à savoir les actes criminels, la violence et la haine, et non une communauté en tant que telle.

Edgar Morin affirme qu’il y a trois grands modes pervers ou illusoires de connaissance : le réductionnisme, le manichéisme et la réification. Pour lui, il serait judicieux que l’on éduque à mieux comprendre comment fonctionne la connaissance.

> Pour aller plus loin sur ce thème : Doctrines et courants en épistémologie, Concepts et tensions en épistémologie, Présupposés épistémologiques en éducation et en journalisme, Liens entre épistémologie et morale, Pour une éthique de la discussion

> Enseigner la logique et les raisonnements fallacieux en général aurait une efficacité pour contrer l’adhésion à des croyances irrationnelles. A ce sujet, lire entre autres Study : to beat science denial, inoculate against misinformers’ tricks (The Guardian, 2017).

Au-delà de l’usage de la logique, une compréhension du fonctionnement de la cognition (comment se construisent les croyances, vraies ou fausses) pourrait à notre avis être propice à une lutte plus efficace contre les discours faux ou haineux.

> Réfuter ne suffit pas (non plus)

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