Médias : influence, pouvoir et fiabilité – Introduction

Plan du livre Médias : influence, pouvoir et fiabilité

Pour commencer, il convient de préciser ce que nous entendons lorsque nous parlons de « médias ». Ce terme est ici utilisé dans une acception large et commune : il fait référence aux médias de (diffusion de) masse, c’est-à-dire le livre, la presse écrite, la radio, la télévision ou encore Internet.

Evaluer la fiabilité des médias

Cet essai comporte plusieurs fins et objectifs. Il constitue une approche globale de théories et faits relatifs aux médias, à leur fonctionnement et au décryptage de ceux-ci en regard de la société et du public auxquels ils sont reliés. C’est une étude approfondie qui tâche de ne pas se limiter au stade des reproches systématiques.

A partir d’une critique amorcée par la question de l’influence et des dérives des médias, ce livre amène à s’interroger sur notre attitude par rapport à ce que nous recevons. Il s’agit d’éviter une simple dénonciation passive, et plutôt d’encourager le cheminement personnel : au final, à quoi peut-on se fier ? Quelle attitude adopter ? C’est à la fois un processus de décodage des médias et un questionnement sur les rapports individuels et sociaux qu’ils suscitent.

Les éléments de réflexion et d’analyse proposés relèvent de méthodes variées et sont transposables dans l’enseignement. A l’heure des technologies connectées, il semble important de développer les capacités d’accès et de traitement réflexif de la connaissance et non seulement de transmettre une partie de celle-ci. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de dispenser des savoirs pertinents, mais aussi de partager des moyens d’y accéder par soi-même.

Au-delà des recettes et des approches « technicistes »

Nous revendiquons en outre une démarcation vis-à-vis de certains écrits et partis pris « actuels » concernant les médias. Les références non-académiques sur le sujet sont parfois orientées, subjectives, voire pamphlétaires ou focalisées uniquement sur de (pseudo) innovations. Nous écrivons pour contrebalancer ce phénomène incarné notamment par des « stratégies marketing » qui prétendent décrypter les médias pour apprendre à « manipuler » ou à en « déjouer les ficelles ».

Dans cette optique, signalons l’importance de ne pas se limiter à une approche purement fonctionnelle, bornée aux « nouvelles » technologies. Bien que les nouveaux médias révèlent des enjeux spécifiques, nous tâchons de ne pas sombrer dans les dérives des « apprentis sorciers » qui passent leur temps à décortiquer l’utilisation technique de ceux-ci. Ainsi, nous ne pouvons que conseiller aux personnes intéressées qui aborderaient le fonctionnement des NTIC (le « comment ça marche ») de ne pas se limiter à cette seule approche.

Dossier : les apprentis sorciers de l’éducation aux médias

Analyser les médias, c’est aussi analyser nos rapports à ces médias

Une tendance sociale de méfiance s’observe par ailleurs chez le public. Cela pose question : une posture de rejet et de mépris radicaux est-elle plus profitable qu’une attitude d’adhésion naïve ?

Selon nous, critiquer correctement les médias, c’est aussi dépasser certains propos et postulats les concernant. Il en existe en effet de plus légitimes que d’autres. Un des enjeux de cet ouvrage est d’appliquer une évaluation rigoureuse aux sources, y compris à celles qui se revendiquent du décryptage, de l’analyse, de la compréhension et des utilisations des médias.

De l’influence des médias à une posture critique à leur égard

En termes de contenus, cet ouvrage se scinde en deux parties générales.

La partie 1 traite du pouvoir et de l’influence des médias, ainsi que d’éléments permettant de mieux les comprendre. Pour ce faire, elle se fonde sur des reproches adressés aux médias, et rend compte des raisons d’être de ces critiques.

Médias : influence, pouvoir et fiabilité – Partie 1 – Des critiques envers les médias

Concrètement, nous les abordons selon trois grandes thématiques : la propagande et les accointances politiques, les pratiques courantes de la presse, ainsi que l’économie des médias. Cette partie présente en somme des dérives observées, des influences potentielles et des objectifs de manipulation en présence dans certains médias, ainsi que des grilles d’analyse appliquées permettant de faire la part des choses. Elle se termine en évoquant la question de la réception et des idéologies sociales.

La partie 2 questionne quant à elle les rapports aux médias.

Médias : influence, pouvoir et fiabilité – Partie 2 – Des rapports aux médias

Elle débute par une remise en cause des critiques simplistes qui leur sont adressées, par des faits qui mettent en balance une lecture univoque des médias. Par ce biais, nous tentons d’attribuer un degré de pertinence nuancé aux reproches formulés en première partie, en mesurant leurs forces et leurs faiblesses. Effectivement, il y a des dérives, mais celles-ci ne doivent pas mener à un discours « anti-média ». Ce genre de propos empreint d’une peur de se faire manipuler est régulièrement rencontré, alors que celui-ci dissone avec certaines pratiques de consommation majoritaires. Dès lors, comment se positionner en première personne ? Comment s’y retrouver et déterminer à quoi nous pouvons adhérer ?

Plutôt que d’adopter une attitude de rejet massif, il s’agit d’évaluer au cas par cas en quoi les médias peuvent être dignes de confiance, c’est-à-dire d’apprécier à quels discours et à quelles images (voire à quelles personnes) nous pouvons nous fier. C’est une démarche positive et affirmative de recherche du fiable, qui met également à mal la critique négative et schizophrénique qui veut que l’on surconsomme des médias tout en les craignant toujours davantage. Elle interroge aussi une approche faussement élitiste vis-à-vis de ceux-ci.

En conséquence, au sein de cette seconde partie, nous développons la question des croyances et des usages (la dimension sociale des échanges, des relations), ainsi que celle de la diversité culturelle. L’examen des attitudes archétypiques envers les médias y est présenté. Le cas particulier d’Internet est lui aussi approfondi.

Une « ossature » philosophique

La démarche de questionnement proposée est celle de l’épistémologie : « à quoi puis-je croire ? », mais aussi celle de tout être humain dans un contexte de socialisation : « à qui puis-je faire confiance ? ».

La structure choisie procède d’un modèle dialectique : par un passage par la remise en cause, nous nous dirigeons vers un engagement nuancé. En partant des représentations, reproches et faits préalables (partie 1), nous cheminons vers le jugement critique et la construction d’un point de vue complexe et enrichi, en passant par le conflit cognitif (partie 2).

De la question de leur pouvoir, que l’on pourrait traduire par « les médias nous manipulent-ils ? » (acception passive : le récepteur ne serait qu’un pantin qui n’aurait pour seul choix que de s’exposer ou non à leur influence), nous arriverons à la question « à quoi pouvons-nous nous fier ? » (acception active : le récepteur est bien plutôt dans une démarche constructive, de prise de position « au cas par cas » vis-à-vis des médias). Quelle confiance accorder aux messages véhiculés chaque jour dans la presse, sur Internet ou encore dans les publicités ? En d’autres termes, progressivement, nous proposons au lecteur un questionnement en première personne, analysant les médias non seulement en tant que tels, mais aussi en fonction des rapports que nous entretenons avec eux.

Nous terminons par des prolongements. Tout cet ouvrage tend à développer un regard qui opte pour la complexité et sait se remettre lui-même en cause. Or, en quelque sorte, nos sens fonctionnent comme des médias : ce sont des intermédiaires entre notre esprit et le monde. Ils donnent forme à nos perceptions : nos sens formatent les données du réel, ils en sélectionnent des éléments au détriment d’autres, etc. C’est en ce sens que nous envisageons des éléments de réflexion épistémologique globale. Quel est notre rapport à la croyance ou à la connaissance ? Que peut-on connaître, et comment ? En quoi peut-on croire, qu’est-ce qui est plus ou moins douteux ? Quels sont les enjeux et raisons de nos actes d’adhésion ou de rejet ? Qu’est-ce qui explique les comportements de doute ou d’engagement envers les médias, mais aussi dans l’absolu ?

En somme, la question « à quoi puis-je me fier ? » relative aux médias est en réalité extensible aux informations et à la connaissance en général.

Médias : influence, pouvoir et fiabilité – Partie 1 – Des critiques envers les médias