Peut-on éviter le questionnement philosophique ?

Un jeune homme m’a demandé de l’aide par mail pour un travail de philo : peut-on éviter le questionnement philosophique ?

Watterson – Calvin et Hobbes

Malheureusement pour vous peut-être, je ne vais pas vous donner de « baguette magique » pour y répondre en 2 mots ! En même temps, j’espère que le temps que je vais consacrer à vous écrire vous sera utile et vous aidera.

Définir de quoi on parle

Quand vous devez donner votre avis en philosophie, la première chose à faire est de définir de quoi on parle.

Ici, par exemple, il faut se demander « c’est quoi un questionnement philosophique ? » avant de pouvoir répondre à la question de savoir si on peut l’éviter !

Vous avez peut-être parlé en classe de ce qu’est la philosophie. Basez-vous là-dessus.

Sinon ou en plus, aidez-vous d’autres sources : cherchez de la documentation.

J’imagine en effet que vous êtes arrivé sur mon site en écrivant « Questionnement philosophique » sur un moteur de recherche. C’est un bon réflexe ! Vous avez donc déjà fait une partie du travail, c’est bien !

Notez qu’il est souvent « bien vu » de citer des sources ! Certains professeurs aiment lire beaucoup de définitions, de citations ou encore de thèses d’auteurs différents. D’autres seront plus attentifs au côté plus personnel de votre démarche. Nous sommes « des nains sur les épaules de géants » !

Voici d’autres liens qui pourraient vous aider (par exemple…) :

Philosopher, c’est par exemple se questionner sur le sens de la vie, sur la vérité des choses, sur ce qui est bien ou mal, sur la justice, sur la beauté… Il y a des « thèmes privilégiés » en philosophie.

Le questionnement philosophique, c’est se demander « à quoi ça sert ? » (finalité), « qu’est-ce que ça veut dire ? » (signification). Quand un enfant demande « pourquoi » ou « c’est quoi » à chaque chose qu’il découvre, il fait de la philo, en quelque sorte. Il s’étonne et s’émerveille, les choses ne sont pas « acquises »…

Tout ceci est fortement vulgarisé, mais c’est pour vous donner une idée de comment aborder le sujet. Il faut commencer par dire ce que c’est que ce « questionnement philosophique ».

> Pour aller plus loin : Enjeux épistémologiques et éthiques des médias et de l’éducation aux médias > Téléchargez le syllabus complet (PDF)

Ensuite, quand vous aurez dit ce que c’est, donnez simplement votre opinion en l’expliquant du mieux possible ! Est-ce possible, à votre avis, d’éviter de se poser des questions ? Est-il possible d’éviter de se demander « à quoi ça sert ? » ou « qu’est-ce que ça veut dire ? » ?

Voici une piste : si vous vous posez cette question, vous vous posez déjà une question philosophique !

> NB : le lecteur avisé constatera la dimension « méta » du questionnement proposé ici aux élèves.

Si vous vous dites « ça ne sert à rien tout ça ! », « la philo je comprends pas à quoi ça sert, ou je ne sais pas vraiment ce que c’est ! », pareil, vous constatez qu’il y a une problématique, qu’il « manque » des réponses !

C’est le début du questionnement philosophique !

Je crois que l’être humain ne peut pas s’empêcher de rechercher du sens (signification et finalité) par rapport à ce qu’il vit… En ce sens, on ne peut pas éviter le questionnement philosophique !

Adopter plusieurs perspectives différentes

Bien sûr, on peut malgré tout dire à notre cerveau de se taire et se contenter d’une réponse simple. On ne peut pas éviter le questionnement philosophique, mais en même temps on peut ne pas chercher très loin les réponses !

En philosophie, un autre conseil est de toujours essayer de voir la réalité avec plusieurs points de vue (« thèse-antithèse-synthèse ») !

Vous connaissez sûrement des personnes qui font du « mal » autour d’elles par exemple, sans avoir l’air de se soucier de leurs proches ou des autres.

La grande philosophe Hannah Arendt dit que n’importe quel être humain « banal » peut commettre des actes immoraux s’il n’exerce pas son jugement moral. Le jugement moral, c’est un type de questionnement philosophique. Certaines personnes ne se questionnent pas sur leur action humaine, oublient de réfléchir au bien et au mal… En ce sens, elles « évitent » le questionnement philo !

Incarner la philo et argumenter sa pensée

Le mieux enfin est que vous écriviez quelque chose de personnel. Après avoir pris plusieurs points de vue différents, dites ce que vous pensez et argumentez, justifiez, donnez des exemples concrets.

La « vraie » philo, ce n’est pas que de réfléchir de manière abstraite. Réciter de grands auteurs, c’est bien joli, mais c’est aussi bien creux si cela ne résonne pas en vous.

Défis Pièges
Questionner, analyser, déconstruire N’être « que » dans le questionnement, ne pas prendre position
Développer une pensée « libre », autonome, indépendante En rester à l’opinion, manquer de rigueur
Développer une pensée « générique », à visée « universelle » Se situer à un niveau d’hyper-abstraction, voire de généralisations abusives
Développer une pensée conceptuelle Utiliser un jargon verbeux, académisme

Si vous arrivez à dire un avis vraiment personnel avec des arguments, cela sera apprécié. Et surtout, vous-même, vous en retirerez peut-être un vrai enseignement !

Pensée philosophique

(// morale des vertus et du « juste milieu » selon Aristote)

Manque ou absence de conceptualisation Conceptualisation Hyper-conceptualisation
Opinion « brute », jugement subjectif Pensée éclairée de thèses, idées, autres avis Restitution de thèses apprises
Absence de questionnement, de prise de recul Questionnement Sur-questionnement, perte dans le questionnement

A quoi ça sert de former des intellectuels plein de savoirs et de compétences s’ils ne savent pas réfléchir par eux-mêmes de manière critique, se poser des questions sur le monde qui les entoure et faire de leur mieux pour améliorer les choses et vivre ensemble de manière harmonieuse ? C’est ça aussi, la philo.

Les questions philo n’attendent pas de réponses « simples » (« c’est blanc ou noir »), mais j’espère que votre cours vous donnera le goût de la réflexion philosophique, plutôt que de vous en écarter ! La philosophie ne doit pas être perçue comme difficile ou réservée à des élites, mais elle implique de prendre le temps de se poser et de dialoguer !

Si vous avez des questions plus spécifiques, contactez-moi.

Bon travail et bonne continuation !