Politesse, dogmes et conventions

Petit-Emmerdeur-guide

Une bande dessinée à la limite du politiquement correct – voire l’outrepassant carrément.

Suis-je contre la politesse ? Suis-je contre les normes ? Contre la norme ?

En tant que convention, oui : je suis contre une politesse qui tire sa justification d’elle-même, contre une certaine hypocrisie.

Cela m’empêche-t-il d’essayer d’être poli dans de nombreuses circonstances, voire d’utiliser des codes en situation ? Non.

Pourquoi ? Parce qu’ une certaine politesse a une raison d’être. Sourire, dire merci, dire bonjour, ça fait plaisir. Si certaines conventions sont telles, c’est parce qu’il y a des raisons, qui coïncident avec mes valeurs de bienveillance, de respect. Cependant, j’ai une tendance à transgresser les situations hautement codées, qui ne provoquent l’outrage que par la question des codes en tant que tel, chez des vils pédants qui utilisent ces codes pour se démarquer d’autrui et les mépriser.

J’ai par exemple une certaine notion de « propreté » ; je ne veux pas montrer les bouts de viande mâchés dans ma bouche à mes congénères durant le repas, afin de ne pas les dégoûter. Par contre, je ne ressens aucune gêne à ne pas me tenir droit ou à manger des pâtes à l’aide de ma seule fourchette. Qui cela offense-t-il ? Des gens. Je ne veux pas les offenser, je leur demande donc ici pourquoi cela les offense. « Parce que ». « C’est comme ça ». Ce ne sont pas des réponses (ça pourrait l’être pour une morale de type Kantienne, mais seulement pour une maxime érigée en loi universelle, or on sait que cette maxime peut, en vulgarisant très fort, se réduire au respect d’autrui : elle ne dit aucunement le comment. Or tenir compte d’autrui, en situation concrète, c’est ce que je décris que cela signifie (*)).

En somme, il s’agit surtout de questionner le sens des conventions, leur raison d’être.

Ce n’est pas « comme ça » chez tout le monde (roter à table en fin de repas est par ailleurs un signe de politesse dans certaines cultures, manger les pâtes à la seule fourchette est la tradition en Italie, etc.). Je ne suis pas contre de respecter une certaine politesse quand celle-ci a du (bon) sens. Bon joueur, sachant que certains s’offensent pour les conventions, il m’arrive aussi de les respecter pour ne pas provoquer la mauvaise humeur chez autrui… Là est ma logique : un point de vue a ses limites, d’autant plus qu’il rejette des façons de faire (pire : des façons d’être) et encore davantage si c’est au profit de comportements relevant du mépris, de l’hypocrisie, voire du mensonge. Je reprends la vieille distinction entre l’être et le paraître. C’est bien beau d’avoir des principes « respectueux », si l’on est une vieille crasse qui méprise tout ce qui bouge. Si l’on ne se pose pas des questions quant à autrui, quant au bienfondé de ses actes. C’est bien beau de se retrancher derrière une morale pour s’autoproclamer détenteur des bons comportements…

C’est donc encore une fois dans l’ouverture (et dans la remise en doute) que je me situerais. Je ne réfute aucunement le principe de politesse, que j’essaie d’appliquer à ma façon. Je tâche juste de le concilier avec une vision qui me semble plus riche de ce qui est éthique, de ce qui relève d’un agir bon : la morale a une raison d’être, mais cette raison n’est pas toujours bénéfique. En bref, il est question d’en retrouver le sens. Ce n’est malheureusement souvent qu’un instrument de la Distinction. Ainsi, si moi aussi j’érige comme principe le rejet de certains dogmes, ce n’est que pour (essayer de) trouver une vision des choses plus nuancée, plus ouverte… A partir de leur légitimité (leur part de bienfondé) et de leurs carences (leurs limites, leurs parts de rejet de la différence)… Une vision toujours mouvante et dynamique… (oh, Bourdieu et Passeron, passeront-ils par ici ?).

(*) Si je semble balayer ici Kant d’un revers de la main, c’est en réalité bien plus nuancé, mais je voudrais juste éviter de devoir développer une argumentation par rapport à cette critique possible. Je la trouve juste hors-propos, car Kant parle bien d’universel, d’humanité, de raison pure, et donc justement n’est pas applicable à ce genre de conventions particulières (qui en réalité ont une raison d’être : parfois louable -bienveillance, altruisme…-, parfois non-distinction entre classes [bourgeois > prolétariat] et mépris qui en découle, etc.)