Tabac, cannabis, aspartame, alcool : une histoire de lobbies ?

Cet article fait suite aux propos d’Etienne Arrive, un camarade de discussion. Celui-ci s’indignait que l’on censure la célébration d’hommage de Céline, mort il y a 50 ans en 2011 (source). Voici un extrait de ses propos :

Cette décision ressemble à une réécriture de notre histoire littéraire. Non, Monsieur, Céline n’est pas un écrivain majeur, on ne le célèbre donc pas. Pourquoi ? Il était antisémite […] Rappelez-vous le protagoniste de 1984, qui chaque jour falsifie des articles de presse anciens pour que les prévisions de Big Brother collent à la réalité. Pour que le passé soit conforme au présent. C’est bien cela qui sous-tend le refus de la commémoration : une volonté de nettoyer le présent pour y faire disparaître toute trace d’impureté. Un grand chantier de désinfection de notre société est en marche : après la pipe de M. Hulot, après la cigarette de Jean-Paul Sarte, la non-célébration de Céline. Qu’on l’oublie, ce sale type. Après tout, il nous rappelle combien la vie c’est laid, combien la vie c’est sale, combien nous sommes des êtres crasseux, violents, imparfaits, et ô combien dans l’erreur la majeure partie de notre vie. Une grande victoire, donc, pour le politiquement correct, pour les bien-pensants, pour les apologistes du Safe sex, du cinq-fruits-et-légumes-par-jour, du Fumer tue […]

Voici ma réaction, dont les propos s’écartent un peu de la réflexion initiale lancée sur un ton de provocation.

Au sujet du tabagisme, les exemples que tu cites pourraient être complétés par Lucky Luke en Belgique, mais aussi de nombreux autres héros de BD, qui ont du laisser tomber la clopinette.

A côté de cela, on a des opérateurs comme TMF qui jouent clairement sur la monstration d’un autre type de substance, en l’associant avec un truc « cool », sans être pour le moins inquiété (le JEP – jury d’éthique publicitaire et le CSA – conseil supérieur de l’audiovisuel ont tous deux rendu des avis non contraignants, que la société intéressée a balayés d’un revers de la main)…

Je ne critique pas le cannabis en soi. Le problème est qu’il y a une sorte d’hypocrisie schizophrène, qui banalise quelque chose tout en diabolisant une autre du même type (que je sache, d’ailleurs, le cannabis se consomme en majeure partie du temps avec un peu de tabac).

Il y a pire : les pubs pour le tabac sont interdites, les paquets doivent être repoussants (« fumer tue », images répugnantes de poumons, foetus victimes de malformations, etc.)… Tandis que l’alcool fait son petit bonhomme de chemin, ciblant (sans s’en cacher le moins du monde) des consommateurs de plus en plus jeunes (Les publicitaires savent pourquoi, une excellente publication). On crée du Baccardi breezer, des bières fruitées et sucrées, des boissons « ice » ou des mélanges avec l’alcool (coca, red bull…) ; tous ces trucs qui facilitent la transition entre les « boissons de l’enfance » et l’alcool (contrairement aux bières et vins « traditionnels » dont il faut apprendre à déguster l’amertume).

Aujourd’hui, lorsqu’on voit un fumeur à la télé, il est présenté comme un paumé tout seul sous la pluie… Un mec qui boit de l’alcool, est montré quant à lui sous son meilleur jour : jeune, entouré, cool, beau, rieur, etc. Or, l’alcool n’est-il pas lui aussi parfois source d’ennuis pour soi-même (à long comme à court terme : problèmes de peau, de foie, ulcères, panse, atrophie des muscles, alcoolisme…) mais aussi pour l’entourage (humeurs, désocialisation, rupture des relations, échec scolaire ou professionnel, violence dont abus sexuels ou encore conduite en état d’ivresse (qui, entre parenthèses, est la seule exception qui fait que l’on déconseille parfois la boisson, dans les médias ou en société)).

On ne montre jamais ou presque des personnes en train de nager dans son vomi ; en train de cuver seules dans un caniveau, ou endormies sur la route par moins dix. On ne mentionne quasiment pas d’hommes dont les pulsions de violence ou la dépression sont accentués par l’alcool ; de femmes violées pendant leur ivresse ; de gens plus âgés bedonnants, impuissants, sans muscles, et dont la peau est vieillie par la boisson ; etc. Il s’agit pourtant de situations plausibles sur du court terme, ou du moins qui ne nécessitent même pas de parler d’alcoolisme.

Là encore, le débat n’est pas de dire que le tabac est « très bien » et l’alcool « très mauvais », mais de souligner un paradoxe : pourquoi diaboliser l’un quand on occulte les faits néfastes liés à l’autre ?

StatsSelon un rapport de février 2011 de l’OMS, la consommation d’alcool est aujourd’hui un plus grand facteur de risques de morbidité que le tabagisme. Il faut bien entendu tenir compte de la réduction du nombre de fumeurs, mais ce fait pose question.

Résultat (ou cause sociale ? On ne sait au fond jamais qui de la poule ou de l’oeuf…), pour caricaturer :

  • lorsque vous fumez, il y a une pression sociale pour que vous arrêtiez : « Pourquoi tu fumes ? T’as diminué ? … ? »,
  • lorsque vous ne buvez pas, il y a une pression sociale pour que vous en « preniez une petite » : « Pourquoi tu ne bois pas ? Tu as un souci avec l’alcool ? … ? ».

Des lois sont même créées pour isoler le consommateur de tabac. Bien sûr, encore une fois, je ne dis pas que le tabagisme n’est pas nuisible pour le fumeur et pour son entourage  (« tabagisme passif »), mais la force des campagnes anti-tabacs me choque, lorsqu’on la compare avec une quasi-idéalisation de l’alcool (lui aussi nuisible pour l’entourage en cas d’alcoolisme, mais aussi parfois de « simple » cuite).

Une hypothèse selon moi pour ce cas de figure…

Et si les lobbies du tabac qui auparavant le présentaient comme la panacée (à la limite, comme un remède) avaient disparu (du moins, sous leur forme actuelle : leurs labos ont peut-être changé de core business)… Au profit de lobbies « anti-tabac »… Des firmes pharmaceutiques, qui vendent des patches, des chewing-gums, fausses cigarettes ou autres produits pour arrêter de fumer.

Les nombreuses pubs anti-tabac seraient en fait au service d’un marché de produits pour arrêter de fumer. Ce n’est bien sûr qu’une hypothèse, mais qui me semble tout de même fort pertinente.

Un autre exemple est celui de l’aspartame, dont les producteurs ou diffuseurs (genre Coca-Cola) nient toute forme de danger, avec appui d’ « études » de leurs labos (sur Coca-Cola Belgique, par exemple). Or, d’autres sources se réveillent aujourd’hui : un article sur France 2. Est-ce à dire que l’aspartame est néfaste pour les humains? Les nombreuses « études », dont on connait au fond peu la scientificité et le caractère probant pour l’homme, ne me permettent pas de trancher nettement, en ce qui me concerne donc. Il reste que le fait est préoccupant, et que l’on peut comprendre une remise en cause (tout en gardant en tête l’hypothèse que ladite remise en cause puisse être elle aussi orchestrée par l’un ou l’autre lobby, le stévia n’étant d’ailleurs pas exempt de toute analyse critique).

En ce qui concerne Céline, sujet qui préoccupe Étienne Arrive, je pense que le risque est le suivant : à force de cacher ce qui est honteux, au lieu de l’expliquer et le cadrer (comme pour Tintin au Congo, effectivement imprégné de la vision coloniale), on finira par oublier et recommencer les mêmes erreurs… Bien sûr, il ne faut pas les célébrer comme on célèbre n’importe qui. Un cadre, une réflexion de mise à distance, est nécessaire (une éducation, aux médias, pourquoi pas?) pour faire la part des choses. Il reste que de telles présentations tronquées, schizophréniques, simplistes et paradoxales de la réalité demeurent, selon moi, néfastes.

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Ceci est un article lié à des tendances sociales. Il ne reflète pas un universel, bien qu’il procède par généralisations. Pour une discussion à ce sujet : réserves à parler de « la » société.