Médias : influence, pouvoir et fiabilité – Partie 2 – Chapitre 1 – Des paradoxes des critiques par rapport aux médias

Médias : influence, pouvoir et fiabilité – Partie 2 – Des rapports aux médias

Il s’agit dans cette section d’interroger les limites des reproches adressés aux médias. Bien que ceux-ci soient légitimes, il convient de ne pas s’y borner. Nous proposons des cas concrets qui permettent de mettre en évidence que les représentations mentales qui se contentent d’associer les médias et la manipulation sont insuffisantes pour les comprendre en profondeur.

D’abord, les reproches adressés aux médias engendrent des croyances contradictoires en elles-mêmes, ou du moins peu conciliables avec une pensée critique. Le cas des théories du complot est abordé. Il s’agit de ces thèses qui, poussées à l’extrême, postulent que tout relève du mensonge. Nous illustrons ce thème par une étude de cas qui compare les réactions du public suite aux incidents nucléaires à Tchernobyl et à Fukushima. Par ailleurs, la dénonciation de la « société de consommation » semble se populariser. Quelles sont ses formes ? Et les politiciens ? « Tous des pourris », clament certains. Or, cette affirmation cache en général un parti pris qui signifie « tous des pourris… Surtout les autres ! ».

Selon Lazarsfeld (1988), les médias ne changeraient pas fondamentalement les opinions préalables. Nous étayons la réflexion précédemment amorcée sur les appartenances politiques des journalistes.

Lire aussi « Développer la capacité à changer de point de vue : les enjeux de la « décentration » » (LECOMTE, J., 2017).

Développer la capacité à changer de point de vue : les enjeux de la « décentration »

Tous ces faits mènent à souligner la différence entre le déclaratif et le comportemental (ce que les gens disent versus ce qu’ils pensent et font véritablement). Ce point se focalise sur quelques modes de consommation des médias (notamment vis-à-vis d’Internet, où les utilisateurs se disent « attentifs », mais le sont peu dans les faits). Elle met en évidence une valorisation sociale et une appropriation socio-affective de certains contenus et médias.

En conclusion, elle pose la question suivante : un rapport de rejet des médias témoigne-t-il d’une attitude schizophrénique ? Pour s’en préserver, nous proposons une nuance : éviter de toujours parler des médias comme un tout.

1.1. Des croyances contradictoires en elles-mêmes

Le paradoxe est le suivant : si je crois qu’un média me manipule, peut-il vraiment avoir de l’effet sur moi ? Si les personnes méfiantes le sont autant qu’elles le prétendent, les médias peuvent-ils vraiment les influencer ? Si chacun estime que la presse ou encore la publicité sont si critiquables, voire si néfastes, comment se fait-il qu’on leur attribue encore une telle influence ?

En d’autres termes, en croyant que « les médias nous manipulent », les personnes se mettent dans une position de rejet et rendent fausse la phrase au moins en ce qui les concerne. Les médias seraient sans doute comme les idéologies : « ceux qui sont influencés ou sujets aux idéologies, ce n’est pas moi, ce sont les autres ».

Une hypothèse consisterait à dire que les personnes pensent que les médias ont de l’effet, sur les autres ou sur eux, mais ne disposent pas nécessairement d’éléments concrets pour le mesurer, le distinguer. En bref, plusieurs d’entre eux postuleraient un effet « caché » des médias sans pour autant en cerner l’ampleur concrète. Notons simplement que l’idée-même de se sentir manipulé suppose une résistance, un rejet de la manipulation potentielle.

Cette méfiance n’est pas illégitime, elle se comprend. Des mensonges ont déjà été proférés. Des retouches, ajustements ou biais de taille ont déjà été présents dans la presse. La seconde guerre mondiale, ou encore la guerre du Vietnam pour les Etats-Unis, ont été fortement marquées par la propagande, une utilisation déviante des médias. Le public et les victimes sont outrés avec le recul. « Plus jamais ça » pourrait être le message social sous-jacent de cette aversion des médias comme outils potentiels de propagande.

D’autres raisons moins rationnelles existent. C’est le cas par exemple des théories de l’influence des foules (psychanalyse : Gustave Le Bon, Sigmund Freud), acceptées comme si elles relevaient de la science, alors qu’il s’agit de postulats philosophiques. C’est le cas également des tests expérimentaux de psychologie sociale fortement (parfois outrancièrement) vulgarisés de Milgram (l’obéissance à l’autorité et l’état agentique), de Asch (le conformisme) ou encore de théories des médias (Lasswell ou Bourdieu). Ces thèses font aujourd’hui partie du « sens commun », mais souvent de manière partielle ou mal interprétée. A ce sujet, beaucoup s’autoproclament théoriciens et véhiculent des idées qui ne sont pas toujours correctes.

Enfin, les capacités techniques de retouches d’image, de « fausser » l’information, liées aux difficultés croissantes de contrôle des sources occasionnées par les nouvelles technologies renforcent ces enjeux.

En somme, il existe de nombreuses bonnes et moins bonnes raisons de se méfier des médias. Cependant, le contrepied et la méfiance systématiques sont des attitudes paradoxales qui ne sont pas enrichissantes en tant que telles : elles ne disent en rien ce en quoi il faut croire, ce qui est fiable. Elles ne permettent pas de répondre à la question générale « à quoi puis-je me fier ? ». Les institutions traditionnelles sont critiquées, mais pas selon une attitude raisonnable qui aide à déterminer ce en quoi il est plus ou moins pertinent de croire. Sans cette démarcation permettant de distinguer pertinemment les sources, sans aide d’une démarche véritablement critique, d’aucuns parmi les méfiants se fient au final à tout et rien. Les personnes qui disent ne croire en rien croient au minimum qu’elles ne croient en rien. C’est contradictoire.

Aubenas et Benasayag écrivent que « la critique des médias est à la mode […] Et pourtant, rien ne change : nombre de lecteurs et de téléspectateurs partagent ces indignations, sans modifier pour autant leurs habitudes de « consommation » des médias » (AUBENAS, F., BENASAYAG, M., 2007, quatrième de couverture). Que nous révèle le rapport des citoyens à l’information ?

1.1.1. Les théories du complot

Note 2017 : dans l’Histoire, des complots à différentes échelles ont existé et ont pu être observés. Il s’agit de faits de manipulation avérés. Les « théories du complot » concernent quant à elles des thèses qui postulent qu’un individu ou un groupe d’individus « tire les ficelles dans l’ombre », notamment par rapport à un événement spécifique. Le « complotisme » désigne quant à lui l’attitude qui implique la recherche systématique des complots, partout, tout le temps. C’est une posture de méfiance systématique envers les infos provenant d’institutions dites « officielles », par exemple.

Depuis la rédaction de Médias : influence, pouvoir et fiabilité, le terme de « théorie du complot » est également utilisé pour discréditer toute remise en cause d’une version officielle d’un événement. « Lutter contre les théories du complot » pourrait de ce fait être un instrument de propagande selon lequel « il ne faut surtout pas remettre en cause la version officielle, sinon on est discrédité » (lire à ce sujet JANSS, M., 2017). 

Autrement dit, les actions visant à mettre en perspective « les théories du complot » mettent régulièrement le focus sur le contenu de ces théories et non sur la logique paranoïde et les dynamiques sociales qui sont derrière. Or, il est parfois impossible – ou du moins très fastidieux – de déterminer dans quelle mesure une théorie conspirationniste est effectivement fausse (ou pas…). Comment se positionner, par exemple, par rapport aux « lanceurs d’alerte » qui dénoncent des manipulations ou dérives à plus ou moins grande échelle (Wikileaks, affaire Snowden…), voire à des mensonges d’Etat avérés, qui auraient pu être considérés à l’époque comme des « complots » ?

Lorsque nous utilisons ici la notion de « théorie du complot », nous nous focalisons sur les attitudes de méfiance complotistes irrationnelles. Certaines thèses peuvent être réfutées, tandis que les raisonnements qui fondent certaines attitudes de méfiance ne sont pas valides. Nous ne nions pas l’existence de pressions plus ou moins fortes de personnes ou de groupes d’intérêts, y compris dans les cas étudiés dans ce chapitre.

Lire aussi : « Dispositif pour éduquer face au complotisme de Média Animation – Theoriesducomplot.be – et mon avis sur la notion problématique de « théories du complot » » (LECOMTE, J., 2017).

La relation spécifique de méfiance, de défiance, justement, peut être questionnée à travers les « théories du complot ». Les théories du complot sont les thèses qui attribuent la responsabilité d’un événement à un système caché, une sorte de pouvoir occulte qui « tirerait les ficelles », notamment des médias. Il s’agit de postuler que certaines instances civiles, militaires, politiques, médiatiques, économiques ou autres conspirent des actions et colportent des informations éventuellement tout à fait fausses à leur sujet.

Selon Bruno Fay, nous sommes confrontés en 2011 à un « nouveau complotisme de masse au quotidien, qui touche toutes les catégories de la population. Aujourd’hui, à tout fait d’actualité, à tout événement ou presque correspond une interprétation conspirationniste » (FAY, B., cité dans VAN LINT, J.-L., 2011).

Une théorie du complot fort courante est la suivante : selon un sondage relayé par le Daily Mail, un Américain sur sept – un sur quatre chez les 16-24 ans – pense que les attentats du 11 septembre 2001 ont été planifiés par le gouvernement des Etats-Unis lui-même. A leurs yeux, cela constitue un motif pour attaquer Al Qaida, pour justifier une guerre en Afghanistan. Toujours au sujet des américains, de nombreux individus remettent en cause qu’ils aient réellement « marché sur la lune ». Nous préférons nous pencher sur le cas des catastrophes nucléaires de 1986 et 2011, par rapport auxquelles il existe moins de zones d’ombre que vis-à-vis des attentats du 11 septembre 2001.

Tchernobyl et Fukushima, un même mensonge nucléaire ?

Lorsque nous avons envisagé de traiter cette problématique, nous pensions que nous allions trouver l’une ou l’autre source officielle qui expliquerait le déroulement du « mensonge » de Tchernobyl, mentionnant l’occultation par les pouvoirs publics des retombées du nuage. En réalité, nous avons découvert une multitude de sources contradictoires. Notre enjeu est de pointer les attitudes du public en 2011, en regard de la réception des événements de 1986.

« Tchernobyl : le choc du nuage », Libération, le 2 mai 1986.

« Le mensonge radioactif », Libération, le 12 mai 1986.

La phrase « le nuage s’est arrêté à la frontière » résume en quelque sorte la polémique. Le 2 mai 1986, le journal français Libération titre « Tchernobyl : le choc du nuage ». Le 12 mai, il titre « Le mensonge radioactif ». Dans cette même édition, il poursuit en chapeau : « Les pouvoirs publics en France ont menti, le nuage radioactif de Tchernobyl a bien survolé une partie de l’Hexagone : le professeur Pellerin en a fait l’aveu deux semaines après l’accident nucléaire ».

Le communiqué du 2 mai 1986 du professeur Pellerin, de la direction du Service Central de Protection contre les Rayonnements Ionisants est considéré par une partie de la population et des ONG engagées comme un mensonge d’Etat.

En 2000, Pierre Bacher revient sur cette polémique. Selon lui, il s’agit d’un mythe : les pouvoirs publics n’ont jamais affirmé que le nuage s’est arrêté à la frontière, et le professeur Pellerin n’a pas nié la présence de retombées radioactives.

« Le 2 mai, alors que le nuage avait plutôt reflué vers l’est, le SCPRI confirmait « une élévation de radioactivité sur le territoire », tout en confirmant l’absence de conséquences pour la santé publique. Le 5 mai, le nuage avait complètement quitté la France, laissant derrière lui des dépôts radioactifs […] Les communiqués successifs du SCPRI montrent à l’évidence que le fait de ne pas s’alarmer n’excluait en aucune façon la vigilance et un suivi attentif de l’évolution de la situation.

[…] Les médias français, à l’écoute de ce qui se disait Outre-Rhin et au-delà des Alpes [En Allemagne ou en Suisse, les messages politiques étaient plutôt alarmistes, alors qu’en France ou en Belgique, ils se voulaient plutôt rassurants], ont assez naturellement – mais à tort – déduit qu’en France on cherchait à leur cacher la vérité » (BACHER, P., 2000).

> [Edit 2018] Ci-dessous, une vidéo qui propose un extrait assez long du bulletin météo d’Antenne 2 du 28 Avril 1986, alors que l’U.R.S.S. venait tout juste d’annoncer l’accident, suivi d’une simulation ultérieure par l’IRSN de la propagation du nuage.

D’aucuns mentionnent sans doute à juste titre une mauvaise communication à l’époque, et très certainement des intentions floues. Selon Bacher, peut-être y a-t-il eu des négligences, des propos peu clairs, de l’optimisme ou des mesures tronquées, mais il n’y a pas eu de déni total du nuage.

> [Edit 2018] Voir aussi : « [Podcast] Le mythe du nuage de Tchernobyl, construction d’un récit télévisuel » (Jacquelin, B., 8e Etage, 2015), « Tchernobyl : Ce que Le Figaro disait en 1986 » (Kindo, Y., 2011), Le « nuage » de Tchernobyl se serait arrêté aux frontières » (Schmitt, P., 2006).

> [Edit 2018] Lire aussi : La catastrophe nucléaire de Tchernobyl : une crise technologique. Traitements médiatiques et enjeux communicationnels (26 avril 1986-31 mai 1996) (Roynard, R., 2015).

Et en 2011 ?

En référence à cet antécédent, nous sommes confrontés à une réaction populaire de méfiance très similaire au sujet du nuage radioactif émanant du Japon en 2011. Plusieurs articles titrent que le nuage issu de la catastrophe de Fukushima ne passera finalement pas sur la Belgique ni sur la France, entre autres : « Le nuage radioactif ne passera finalement pas sur la Belgique ni sur la France » (La Nouvelle Gazette, 2011), « Le nuage radioactif ne devrait pas passer au-dessus de la Belgique » (La Libre, 2011). Utiliser des mots identiques et parler d’un nuage qui évite des frontières ne pouvait que rappeler les événements de 1986. Directement, nous assistons à une tendance dominante : « on n’est plus dupes ! ».

En substance, les scientifiques, météorologues et organismes de contrôle belges et français s’accordent avec prudence pour dire que si retombées il y a, elles devraient être minimes, du moins à court terme. Ceci s’explique notamment du fait que la distance entre la Belgique et Fukushima est plus grande que celle la séparant de Tchernobyl, qui n’a pas augmenté de manière mesurable les cancers ou la mortalité en Belgique ou en France – selon la Société française d’énergie nucléaire – SFEN (2006). En réaction à ces articles, nous avons pu lire sur des forums de médias les nombreuses réactions typiques suivantes (liste très loin d’être exhaustive) :

« On nous ment ! », « Ils [les médias, les politiques] nous cachent des choses ! », « C’est comme Tchernobyl ! », « Désinformation partielle, comme d’habitude », « Regardez la vidéo : Le nuage passe partout SAUF en Belgique. C’est un brave nuage, il respecte les frontières. Comme celui de Tchernobyl. Puisqu’on vous le dit ! », « C’est honteux de nous prendre pour des benêts »…

L’attitude dominante – quasi unanime ! – dans les commentaires n’est pas de croire à l’article, mais au contraire de le dénoncer.

Dans l’article « Pourquoi les théories du complot ont autant de succès », C. Marcon (2009) note qu’un des critères est que celles-ci « apportent des réponses simples ». De nombreux avis différents au sujet de la contamination de pays européens ont été donnés et quasiment tous ont été récusés, partant du postulat que le danger était tel que le monde politique, économique ou autre ne pouvait que mentir à la population, comme il l’aurait fait au sujet du nuage radioactif de Tchernobyl.

Cette attitude est d’autant plus ironique que, comme nous l’avons vu avec Aubenas et Benasayag (2007), les médias mettent régulièrement en scène eux-mêmes leur propre dénonciation ; les chaines de télévision programment des émissions satiriques de « décryptage » de leur propre fonctionnement et se moquent en quelque sorte d’elles-mêmes. Les journaux publient des points de vue ou des articles mettant violemment en cause le système des médias, ou du moins y laissent place via les nombreux commentaires sur les forums.

Dans « Les théories du complot ne sont pas totalement irrationnelles » (2011), Cyrille Frank illustre cette tendance via des exemples de théories liées à « DSK » et au meurtre d’Oussama Ben Laden :

« Dans ce contexte, la posture supérieure de « celui qui ne se fait pas berner » est fortement rétributrice. Les médias accentuent ce penchant naturel en proposant des angles « dessous des cartes » efficaces en termes d’audience :

– Pourquoi le corps de Ben Laden a t-il été jeté si rapidement en mer ?

– Le commando avait-il pour ordre de tuer Ben Laden ?

– Affaire DSK : qui est vraiment la victime présumée ?

– Affaire DSK : l’Elysée avait des documents compromettants dès 2007 ».

En aucun cas un tel positionnement de pur rejet, lorsqu’il est exacerbé et ne se base que sur des spéculations, n’est en fait plus rationnel que « tout gober ». Cela ne veut certainement pas dire que « tout est vrai » et qu’il ne faille pas se poser des questions ou émettre des hypothèses, au contraire. Entre celui qui croit tout et celui qui ne croit rien, aucun des deux n’est à même de déterminer comment différencier ce qui est fiable de ce qui ne l’est pas. Aucun des deux n’adopte d’attitude propice à distinguer le vrai du faux avec nuance.

Bien entendu, il y a des enjeux liés à l’énergie nucléaire et au marché qu’elle représente. Nous ne cherchons pas à nous positionner pour ou contre le nucléaire (ni par rapport à des thèmes relatifs à d’autres thèses de conspiration). Nous disons seulement que le comportement de rejet systématique de l’information, sous prétexte qu’elle pourrait être ou a déjà été « manipulée », est problématique. En colportant de telles choses, certains complotistes eux-mêmes véhiculent des informations fausses : ils attribuent du mensonge, parfois justement, mais parfois aussi, par erreur, là où il n’y en a pas. Il se peut que plusieurs théories postulant des conspirations soient vraies, mais cela reste une hypothèse parmi d’autres, parfois plus vraisemblables, à propos desquelles il faut faire la part des choses.

Selon nous, la critique des médias passe par une remise en question de notre propre rapport (individuel et social) à ceux-ci.

Lire aussi « Comment « journalopes » et « merdias » se sont répandus sur les réseaux » (DEBORDE, S., 2017).

1.1.2. Economique ? « Société de consommation ! »

A cause de leurs enjeux économiques, les médias sont accusés de manipulation, d’uniformisation ou d’abrutissement des masses. Ils sont accusés de servir la publicité et d’influencer les individus à acheter.

Une première nuance de cette conception est que rien ne dit que le consommateur est effectivement tout à fait réceptif à ce formatage. Des encarts publicitaires sont proposés à prix d’or dans la presse ou encore sur Facebook. Des stratégies marketing voient le jour, voire font l’objet de doctorats. Toutes ces recettes ont-elles vraiment fait leurs preuves ? Ce n’est pas parce qu’une personne clique sur une publicité qu’elle va passer à l’acte d’achat. Ce n’est pas parce qu’elle reçoit un mail, même si elle s’y est abonnée, qu’elle va le lire. Le zapping à la télévision, ou encore le discours négatif par rapport à l’économie sont des indicateurs du contraire.

La seconde remarque est que la « société capitaliste » est une des cibles traditionnelles des attitudes de méfiance systématique. En témoigne par exemple le reportage Prêt à jeter diffusé par Arte en mars 2011, qui présente le concept d’« obsolescence programmée » (c’est-à-dire le fait que les objets de consommation, surtout technologiques, ne sont pas conçus pour durer mais bien pour être remplacés rapidement, soit créer encore plus de consommation).

En même temps, à ce sujet, il existe des paradoxes pragmatiques, par rapport aux actes de certains individus.

En effet, bien que ceux-ci dénoncent « la société de consommation », ils adoptent des attitudes qui en contradiction avec leurs discours. Les illustrations sont très nombreuses.

Par exemple, l’argent en lui-même devient un cadeau : l’offre d’un chèque-cadeau correspond en fait à une obligation d’achat pour laquelle le « bénéficiaire » doit lui-même faire les démarches (contrairement à un cadeau « traditionnel »). Et pourtant, ces méthodes ont un très grand succès : c’est un nouveau type d’incitant à la consommation.

Dans le même ordre d’idées, il existe une dénonciation de la Saint-Valentin en tant que « fête commerciale », mais les achats durant cette période ne diminuent pas.

On trouve encore une illustration dans le fait que certains lobbies et produits sont critiqués (par exemple, Coca-Cola et l’aspartame, les lobbies pharmaceutiques, etc.) alors que d’autres ne sont pas ou moins inquiétés par un quelconque souci d’analyse (le stévia, l’homéopathie, les médecines « alternatives », les compléments alimentaires) : on critique un produit sous prétexte qu’il fait l’objet de business tout en ne réfléchissant pas au fait que les alternatives du marché obéissent souvent aux mêmes logiques économiques. La critique est partiale.

Dernier exemple : la société de l’apparence est socialement dénoncée, mais nombreux sont ceux et celles qui s’apprêtent ou suivent la mode et en tiennent compte dans leurs achats.

En somme, si nous ne sommes globalement pas influencés directement par la pub (envie immédiate d’acheter le produit), plusieurs comportements sociaux renvoient à des valeurs sociales sous-jacentes (création de besoins et idéologies de croissance, d’augmentation de la consommation, des droits, des facilités, etc.), à un mythe du quantitatif. Les attitudes observées témoignent d’une consommation qui ne cesse globalement d’augmenter dans différents domaines, et d’un symbolisme de l’argent qui évolue.

C’est la différence entre le déclaratif (ce que l’on veut bien dire, ce que l’on pense, nos valeurs, ce que l’on croit penser…) et le comportemental (ce que l’on fait effectivement). Les mots défient et nient le système, mais les actes le confortent et l’affirment. En bref, la « société de consommation » est dénoncée dans les discours, mais les comportements confortent son omniprésence.

La critique faite à la « société de consommation » accompagnée malgré tout d’attitudes de consommation en hausse ou sans diminution est paradoxale. Ne témoigne-t-elle pas en fait d’une perte généralisée de la confiance envers les institutions traditionnelles, plus qu’une véritable critique rigoureuse. Selon Lecointre (2001), cela expliquerait en grande partie l’attrait croissant pour les « solutions alternatives » qui ne sont pas nécessairement plus fiables (en l’occurrence les sectes, les mancies, la voyance et les pseudo-sciences, mais aussi le fait de se référer aux croyances des pairs, aux forums, à des médias alternatifs hyper-engagés, etc.) et le manque de cohérence entre les croyances et le comportemental.

1.2. Politiciens ? « Tous des pourris ! »

Certains politiciens sont accusés plus que d’autres de « manipuler l’opinion publique ». Sur base des paradoxes intrinsèques au fait de se sentir manipulé, nous pouvons également interroger la pertinence de la croyance répandue selon laquelle untel ou untel hypnotise directement les foules via des médias à sa botte.

Selon Eric Brunet (2010), en France, seulement « 6% des journalistes sont de droite ». Il nous faut traiter ces chiffres avec prudence : lui-même journaliste explicitement positionné « à droite », il admet qu’il base ses propos sur un article relativement peu récent de Marianne. Le manque de sources tierces et l’interprétation facile de ce genre de discours invitent à la plus grande prudence. De plus, le fait qu’Eric Brunet pointe cette source n’est pas neutre : ses propos sont orientés également.

Lire aussi « Développer la capacité à changer de point de vue : les enjeux de la « décentration » » (LECOMTE, J., 2017).

Cependant, ces chiffres vont à l’encontre de l’idée précédemment développée selon laquelle Sarkozy et la droite en général disposeraient de la mainmise sur tout l’establishment médiatique français. L’écrasante majorité des journalistes serait de gauche. Ces propos sont difficilement vérifiables : nous avons vu les réticences en Belgique à afficher ses préférences politiques, mais aussi les débats au sein des rédactions de Libération et du Figaro, entre ceux qui réclament plus d’indépendance et de neutralité et ceux qui revendiquent ouvertement leurs appartenances.

Cette opinion d’Eric Brunet demeure dans une optique bipolaire, présupposant que le journalisme professionnel honnête est d’office incompatible avec des opinions politiques, quelles qu’elles soient. Dans son article, il propose d’ailleurs au lecteur un point de vue selon lequel la presse de gauche serait non seulement plus nombreuse, mais aussi plus militante que celle qui soutiendrait Nicolas Sarkozy.

Toujours est-il qu’en 2011, si le Figaro semble plutôt clément envers le président, comme le Parisien ou TF1, de nombreux autres n’hésitent pas à le remettre en cause, que ce soit Libération, le Monde ou le Canard Enchainé, mais aussi le Nouvel Observateur, certaines émissions sur France Télévisions, Charlie Hebdo, Canal+ et bien d’autres. Non qu’ils soient spécialement à gauche : simplement qu’ils n’hésitent pas à égratigner le président, lorsqu’ils estiment que cela est juste.

De plus, la suppression de la pub sur les chaines télévisées publiques, les révélations des quelques interventions de la droite pour « lisser » l’information, la retouche des bourrelets de Nicolas Sarkozy ou encore les évictions de personnes qu’il aurait commanditées se retrouvent dans la presse et sont justement de ce fait un indicateur d’une indépendance, au moins relative, de certains médias.

Ajoutons que les journalistes sont avant tout des individus, des citoyens. Ils ne sont pas tous réductibles à la couleur politique éventuelle de leur rédaction.

Rappelons en outre qu’un journal accorde une grande importance à son lectorat : il ne faut pas trop lui déplaire, le bousculer. Si la population perd sa confiance en Nicolas Sarkozy, il n’est pas judicieux d’un point de vue marketing de trop le mettre sur un piédestal.

Bien que le cas des appartenances et étiquettes politiques soit plus marqué (et plus dualiste ?) en France qu’en Belgique, il faut nuancer ce « réductionnisme des étiquettes ».

Tâchons de nous élever au-dessus de la réappropriation politique du débat, qui s’obstine à déterminer le parti qui manipule le plus. Pour cela, attardons-nous premièrement sur les attitudes du public. Comment perçoit-il l’information, selon qu’il pense qu’elle provient d’un camp qu’il soutient ou d’un autre ? Comment celui-ci établit ses choix électoraux. Les médias ont-ils un impact sur lui ? Si oui, lequel, et sous quelle forme ?

Enfin seulement, revenons sur la question des étiquettes politiques : qu’en dit le milieu journalistique ? Quels sont les enjeux pour les citoyens ?

1.2.1. « Tous des pourris… Surtout les autres ! »

Dans une étude publiée en 2003, Geoffrey L. Cohen demande à des démocrates et à des républicains de donner leur appréciation par rapport à un programme politique, sur une échelle de 1 (très défavorable) à 7 (très favorable). Deux types de programmes leur sont présentés : un généreux et un austère. Cohen ajoute à cela une précision : il leur fait croire que chaque programme est tantôt défendu par les démocrates, tantôt par les républicains.

Le résultat est le suivant : tant pour les libéraux que les conservateurs, le contenu compte moins que le groupe politique auquel il est attribué.

Lire aussi : « Le débat de l’entre-deux tours sans impact sur le résultat » (Le Figaro, 2012).

Les cobayes de ce test prétendent s’être basés sur les mesures décrites et leur propre opinion, et non sur l’information selon laquelle c’est un parti démocrate ou républicain qui défend le texte.

Or, pour peu que leur propre parti l’endosse, les participants libéraux supportent même un programme très austère, et les conservateurs plébiscitent même un très généreux. Il existe donc une tendance selon laquelle une personne vote davantage en fonction de l’étiquette du groupe politique auquel elle a le sentiment d’appartenir qu’en fonction des mesures proposées. Autrement dit, il est possible qu’une personne de gauche refuse un accord marqué à gauche, simplement parce que c’est quelqu’un de droite qui le propose, ou qu’une personne de droite accepte un accord de gauche, simplement parce que celui qui le propose est de droite. L’inverse est vrai également. Dans l’étude réalisée, une fois l’ensemble de mesures qualifié de libéral ou conservateur, le contenu objectif du texte a un impact quasi nul. Cohen souligne l’adéquation entre ces résultats et l’affirmation selon laquelle les personnes adoptent des attitudes en fonction de leurs significations sociales.

Cette conception est également confortée par d’autres tendances épinglées par la psychologie sociale, comme le biais de confirmation d’hypothèse ou le caractère sélectif de la perception et de l’attention (cf. entre autres SIMONS, D. J., 2010) : lorsqu’un individu pose une hypothèse, il va faire plus attention aux données qui la confirment qu’à celles qui l’infirment. En d’autres termes, cela signifie qu’il existe une tendance selon laquelle les individus posent des actes et décident de croire davantage en fonction de leurs croyances initiales, de leurs appartenances et valeurs identitaires, qu’en fonction de certains autres paramètres.

Ajouter à cela les théories sociales sur le « labelling » (notamment E. Goffman), l’avis de S. Paugam ou d’E. Morin concernant l’étiquetage, etc. Le biais de confirmation d’hypothèse fait partie des biais cognitifs. Il concerne la tendance des personnes à privilégier les informations qui confirment leurs préconceptions ou hypothèses tout en veillant moins à la véracité de ces informations.

Illustrons en prenant le cas d’un théoricien du complot, qui estime que les attentats du 11 septembre 2001 ont été commandités par les Etats-Unis. Sa position initiale est que les USA ont menti, et que les tours ont été préalablement remplies d’explosifs, d’où leur effondrement impossible le cas échéant. Si un centre d’études indépendant explique que l’effondrement des tours est bien imputable au choc des avions, il aura plutôt tendance à accorder peu de crédit à ce centre (en le disqualifiant, en disant que lui aussi est susceptible de mentir ou d’être manipulé par des instances occultes). Par contre, s’il trouve un document qui prouve que G. W. Bush a déjà menti au peuple américain, il va y accorder beaucoup d’importance, car c’est un argument potentiel pour sa thèse.

Ces considérations sont transposables : le public critiquerait et interpréterait les médias, moins en fonction de leurs contenus qu’en fonction de ses propres croyances, valeurs et appartenances.

L’émission C dans l’air du 2 janvier 2012 mentionne des observations similaires : en forçant le trait, les personnes qui font confiance au journal Le Figaro (étiqueté à droite) ne font pas confiance au quotidien Libération (étiqueté à gauche), et vice-versa. Le problème est le même quelle que soit l’orientation idéologique concernée.

Des considérations similaires se trouvent dans des études spécifiques au domaine des médias et de leur influence.

Cf. aussi « Comment « journalopes » et « merdias » se sont répandus sur les réseaux » (DEBORDE, S., 2017), « La “post-vérité”, “lémédia”, le fact-checking et Donald Trump » (LAURENT, S., 2016), « Développer la capacité à changer de point de vue : les enjeux de la « décentration » » (LECOMTE, J., 2017).

1.2.2. Lazarsfeld, The people’s choice (1988 (1944))

Dans The people’s choice, Lazarsfeld tâche d’étudier les effets de la propagande électorale et de délimiter l’efficacité des médias par rapport aux votes des électeurs. Les conclusions de cette étude sont relativement inattendues pour l’auteur.

Il constate que la plupart des électeurs ne changent absolument pas d’opinions et que les campagnes relayées par les médias ont plutôt peu d’influence. Il ajoute à cela les constats suivants :

  • Cette influence s’est exercée de façon indirecte.
  • Elle se limite principalement à un effet de renforcement des attitudes et appartenances antérieures, bien plus qu’à de spectaculaires revirements.
  • Les contacts personnels semblent bien plus efficaces qu’une propagande « diffuse ».

Cette étude rejoint des observations plus récentes en France, qui montrent que le débat de l’entre-deux tours des élections présidentielles est sans impact sur le résultat ou encore des considérations des travaux de Kurt Lewin. Ce dernier étudie la dynamique des groupes restreints, c’est-à-dire la manière dont un groupe prend des décisions. Il constate qu’un changement d’attitude se produit beaucoup plus régulièrement lorsque la dynamique de changement est impulsée par un pair, un membre du groupe, que lorsqu’elle provient de l’extérieur. Dans les années 1940, en fonction de ce type d’expériences, il élabore la notion de « gatekeeper » (LEWIN, K., 1935 ; LEWIN, K. 1936), c’est-à-dire de « portier de l’information », soit celui qui en contrôle le flux. Le gatekeeper est celui qui sélectionne l’information pertinente pour le groupe duquel il fait partie. Il s’agit en quelque sorte de leaders d’opinion informels.

Lazarsfeld parle quant à lui de « two-step flow », de « flux à deux étages » de la communication. Selon lui, les médias ont d’autant plus d’influence sur le public qu’ils trouvent d’abord une résonance parmi leurs leaders d’opinion reconnus. En d’autres termes, un message est bien reçu par un public si ses leaders informels le relaient, se le réapproprient. Il s’agit en quelque sorte d’un échelon intermédiaire entre les médias et le public. Il revêt une fonction de médiation sociale des messages, entre les médias de masse et le public différencié.

Ce modèle « à étages » peut se complexifier davantage, selon trois, quatre, ou encore plus d’étapes intermédiaires, d’échelons successifs, qui sont autant de conditions supplémentaires pour que la propagande ait un véritable effet. Un seul palier ne permet pas toujours d’expliquer les mécanismes d’influence.

Lazarsfeld marque un tournant par rapport à la propagande des médias de masse et ses effets : il indique l’importance de l’appropriation sociale du message par le pôle « récepteur », c’est-à-dire le(s) public(s). Il révèle petit à petit la diversité des publics, et l’importance de la « résonance » d’un message en son sein. Se dessine doucement la notion de pairs, c’est-à-dire de semblables. La thèse est la suivante : l’influence des médias est statistiquement forte sur un individu si et seulement si elle trouve une résonance parmi les conceptions de cet individu ou de son groupe d’appartenance (ou d’une personne qui l’incarne, un leader d’opinion).

Il faudrait plusieurs conditions réunies pour qu’un individu change d’avis : l’absence d’une conviction tranchée préalable et contraire, une appropriation des pairs (en quelque sorte les leaders d’opinion dans l’entourage de l’individu), etc. En ce sens, les médias confortent les idéologies, valeurs et idées des récepteurs, mais les changent très rarement, du moins pas de manière immédiate.

L’ensemble de ces considérations impliquent des questions à se poser par rapport à la relation des individus aux médias :

  • Si les pairs correspondent aux leaders d’opinion les plus influents, nous pouvons imaginer une confiance dans les forums sur Internet, par exemple. N’est-ce pas paradoxal, lorsque cette confiance est accompagnée d’une méfiance envers les institutions formelles ? Cela renforce la thèse d’un rapport social de défiance vis-à-vis des institutions, d’un système, plutôt qu’une remise en cause et une méthode d’acquisition et de recherche du savoir rigoureuses.
  • La tendance à ne pas changer son opinion par rapport à une thèse opposée à ses conceptions préalables n’est-elle pas un frein par rapport à une critique nuancée de l’information ? Une opinion opposée peut être vraie, comporter une part de vraisemblance ou du moins des raisons d’être.
  • Souvent, les publications dans le domaine se résument à des pamphlets de part et d’autre sur certains médias ou politiciens. C’est le jeu des extrêmes, d’ailleurs. Les nombreux débats politiques enflammés sont un bon exemple de la problématique du « dialogue de sourds » que représente cette question.

Par rapport à ces tendances, plusieurs recommandations se présentent à nous.

La première consiste à proposer des critères de démarcation de la fiabilité et procéder à la confrontation honnête des sources. Par rapport à une critique traditionnelle qui procède davantage « au feeling », en fonction d’idéologies et d’appartenances individuelles ou culturelles, nous proposons une critique sur base de critères liés à la vraisemblance de l’information. Nous avons mentionné la confrontation des sources, ainsi que des critères issus notamment de la critique historique, des réflexions sur base des questions de Lasswell enrichies par une prise en compte du contexte (Jakobson), de la distinction entre informer et convaincre… Nous y ajoutons explicitement le terme « honnête ». Ce terme signifie l’importance de porter une attention à l’appropriation que nous accordons a priori aux différents contenus analysés. Il s’agit en somme d’être soi-même au clair avec ses préconceptions et celles de ses pairs. C’est un travail réflexif sur son positionnement individuel ou culturel.

Dans cette optique, la seconde recommandation consiste à poser la question du conformisme. Si les pairs sont les principaux leaders d’opinion, il convient de s’interroger sur le problème de la grégarité.

Enfin, la troisième suggère d’inciter et d’encourager des attitudes relationnelles à l’écoute, la prise en compte des thèses « étrangères ». C’est un point primordial de l’analyse des médias, qui vaut également pour toute connaissance. Nous touchons ici un aspect crucial de la question de la citoyenneté critique. Une des difficultés fondamentales lorsque des informations s’opposent repose sur les partis pris en présence, sur les orientations de chacun. Rappelons la métaphore « la discussion, c’est la guerre », mise en évidence par Lakoff et Johnson. Nous invitons à sortir de ce schéma classique de confrontation des idées, de querelle de camps. Il n’est pas nécessairement question de se défaire de ses opinions, de s’abstenir de juger, ni de « tolérer » le point de vue de l’autre en y étant tout à fait indifférent (Cf. STENGERS, I., 1997). Au contraire, il s’agit d’une véritable prise en compte de l’altérité, de la différence, en profondeur et jusqu’à ses raisons. Thierry de Smedt parle à ce sujet de « compétences socio-affectives à vivre la disputatio » (DE SMEDT, 2008-2009). Le désaccord peut s’avérer enrichissant. C’est là, selon nous, un critère important d’une réflexion constructive.

1.2.3. Appartenances politiques des journalistes, bis

A la lueur des considérations selon lesquelles il existe des attitudes typiques d’interprétation ou de méfiance orientées par rapport aux médias, revenons sur la question de l’appartenance politique des journalistes.

En Belgique, le 16 février 2011, Le Soir Magazine prétendait révéler l’appartenance politique des journalistes des chaines de télévision belges. L’article en question avait pour titre « La couleur politique des journalistes télé », suivi directement de ce chapeau : « Ils traitent l’info politique belge, mais sont-ils réellement aussi libres qu’ils le prétendent ? Enquête dans les chaines qui disent préférer l’éthique aux étiquettes ».

Le magazine affirme dans ce journal que les journalistes du service public Johanne Montay, Jean-Pierre Jacqmin, François de Brigode ou encore Nathalie Maleux sont de « tendance PS », tandis que sur la principale chaine privée (RTL), Pascal Vrebos, Laurent Haulotte ou Frédéric Cauderlier seraient de « tendance MR » (droite belge francophone) et Fabrice Grosfilley plutôt PS. Notons que quelques temps plus tard, Frédéric Cauderlier devenait justement directeur de communication du MR.

Réactions vives et immédiates chez les journalistes : la journaliste politique Johanne Montay les accuse sur Twitter de manque de professionnalisme, tout en affirmant n’avoir jamais été contactée. Laurent Haulotte lui témoigne rapidement sa solidarité. Leurs rédactions respectives, pourtant concurrentes, iront jusqu’à rédiger un droit de réponse et porter plainte ensemble au Conseil de déontologie journalistique, une première.

Cela ne semble guère faire sourciller Michel Marteau, rédacteur en chef du Soir Magazine :

« J’assume tout ce qui figure dans cet article. Moi, ce qui m’intéresse en tant que patron de journal, c’est que les informations publiées soient justes, et personne ne nous dit qu’elles ne le sont pas. S’il y a des erreurs, elles seront rectifiées. Mais que l’on ne se méprenne pas : comme tous les citoyens, les journalistes ont le droit d’avoir des opinions. Cela ne jette pas l’opprobre ni le discrédit sur leur travail » (cité dans LAUWENS, J.-F., Le Soir, le 17/02/2011).

Cet argument formulé par Michel Marteau est à prendre avec des pincettes : a posteriori et en mettant des gants, il est facile de dire que l’on n’a jamais remis en cause le travail de qui que ce soit, que l’on n’a fait que « communiquer de l’information, sans juger ». C’est un argument très courant en journalisme. Le problème est qu’un contenu se construit à deux, avec le récepteur, et que l’usage de gros titres et autres formulations pouvaient laisser entendre que ces révélations étaient « compromettantes ». C’est l’avis de Simon Tourol :

« Si Le Soir Magazine en a fait tout un plat, avec couverture et dossier tape-à-l’œil, c’est qu’il partageait cette conviction que l’affaire était, au minimum, sulfureuse. Le malaise – et la fureur des intéressés – vient précisément de là : […] c’est le non-dit et le suggéré qui heurtent ici. On murmure à l’oreille du public (quitte à écrire l’inverse en guise de dédouanement) que les journalistes, puisqu’ils ont une « tendance » politique, ne pourraient être pleinement journalistes. Que le chemin de l’objectivité leur est fermé. Que la RTBF est donc bien socialiste et RTL-TVI libérale comme on s’en doutait. Qu’il va falloir désormais les regarder d’un autre œil » (TOUROL, S., 2011, pp. 19-20).

Benoît Grévisse le rejoint en partie. Il creuse d’abord la question des liens entre le milieu politique et celui du journalisme en mentionnant « des relations évidentes » : proximités idéologiques, amitiés, relations familiales, nominations à des postes à responsabilité médiatique, etc. Ce ne sont pas des faits neufs et on ne peut faire semblant de découvrir cette facette de l’exercice du jeu politique, en jouant les « vierges effarouchées ». Cependant, pour lui, « réduire ces influences mutuelles à l’attribution d’office d’une carte politique à des journalistes équivaut à nier l’autonomie individuelle du journaliste » (GREVISSE, B., 2011). Selon l’auteur, la question des lobbies, des intérêts économiques des rédactions et de leur assujettissement à une logique de marché est au moins aussi préoccupante.

En France, on pourrait se poser la question de savoir s’il n’est pas tout aussi simpliste de réduire le travail de certaines journalistes à l’engagement politique de leur conjoint.

Tandis que les esprits s’échauffent sur le plan des appartenances politiques, certains réfléchissent au rapport plus étroit entretenu entre les journalistes et leurs appartenances identitaires : les journalistes flamands et wallons sont-ils « objectifs » lorsqu’ils rendent compte des conflits politiques entre leurs deux communautés, par exemple ? Lorsqu’Yves Leterme (homme politique belge flamand, premier ministre 2007-2009) a comparé la RTBF à Radio Mille Collines, pour signifier qu’elle ajoutait selon lui de l’huile sur le feu communautaire, ou encore qu’Elio Di Rupo a traité les journalistes flamands de militants indépendantistes, en les comparant aux journalistes professionnels wallons, des boucliers se sont levés de part et d’autre dans la presse. Les propos sont durs, réducteurs, voire maladroits. Il n’empêche que des questions se posent tant sur les éventuelles opinions des journalistes que par rapport au regard social porté sur ladite appartenance (effective ou supposée).

Des étiquettes refusées en bloc

La RTBF et RTL-TVI ont exprimé un avis très négatif (LAUWENS, J.-F., 2011), en réaction aux étiquettes qui leur ont été appliquées de l’extérieur : tant leurs hiérarchies respectives que les journalistes concernés estiment ces propos « insupportables » et que « leur intégrité professionnelle est remise en cause » (sic). La RTBF a rédigé un droit de réponse, et les patrons de l’information de RTL ont souligné « leur attachement à l’indépendance et à la neutralité » dans un mail adressé à toute la rédaction.

Des cas similaires s’observent en France. Début 2012, le film Les nouveaux chiens de garde fait bondir Laurent Joffrin, directeur de rédaction du Nouvel Observateur et ex-directeur de Libération. Selon lui, les rédactions ont gagné en indépendance et ne sont plus inféodées aux partis ou aux grands patrons qu’elles côtoient.

Il semblerait cependant que la tendance à coller des appartenances – et surtout à les revendiquer ? – aux journalistes et aux rédactions soit plus marquée en France qu’en Belgique. Nous l’avons vu au travers des problématiques soulevées par le plaidoyer d’Eric Brunet (qui critique l’argument selon lequel Sarkozy aurait la mainmise sur les médias tout en restant dans une analyse en termes d’appartenance). Certains titres de presse n’hésitent pas à s’étiqueter eux-mêmes, n’en déplaise à leurs journalistes : Libération se qualifie lui-même comme un « journal de gauche », en rappelant que d’autres titres soutiennent Nicolas Sarkozy. Début 2012, Etienne Mougeotte réaffirme quant à lui l’orientation « clairement à droite » du Figaro, face à plusieurs journalistes désormais mal à l’aise vis-à-vis de ce positionnement.

Est-ce pour autant que tout le contenu des médias (belges ou français) n’est que propagande politique ? Parallèlement, est-ce parce que la journaliste Audrey Pulvar est la compagne de l’homme politique PS Arnaud Montebourg que celle-ci doit arrêter sa profession ? Son engagement politique est-il incompatible avec son métier ? Quid de la compagne d’un Président de la République ?

Des appartenances refoulées ?

Et si, contrairement à certains éditorialistes chevronnés, le milieu n’était pas au clair avec ses appartenances ? Et si le sujet devenait tabou, et que la pire idéologie était celle d’une pseudo-objectivité et d’une pseudo-neutralité qui s’imposeraient de fait aux journalistes, comme s’ils devaient abandonner jusqu’à leur âme pour bien faire leur travail ? Et s’ils étaient aliénés, n’ayant pas toujours conscience du biais qu’ils peuvent porter à l’info ?

Cette idéologie véhiculée par le sens commun semble avoir ses adeptes dans le monde journalistique puisque certains fuient comme la peste toute présomption de préférence politique. Dans ce cas, les orientations politiques seraient presque de l’ordre de l’inconscient refoulé.

Deux éléments dans cette étude de cas nous permettent d’accorder du crédit à cette hypothèse d’idéologie de « neutralité » que devrait posséder le journaliste.

Le premier est le fait que Le Soir Magazine ait fait sa une et ses gros titres de cette « révélation des étiquettes », comme s’il s’agissait de révélations sulfureuses, d’un « coin de voile qu’on n’assume pas et qu’on nous cache ». Bien qu’il préserve le professionnalisme des journalistes cités à plusieurs reprises, il peut être lu selon l’idée reçue que les journalistes doivent être « neutres » et que l’absence de neutralité nuit nécessairement à leur travail.

Le second est la réaction disproportionnée des journalistes et rédactions : ils auraient tout aussi bien pu préciser et nuancer l’impression de l’article du Soir Magazine en l’amendant, tout en précisant qu’ils ont comme la plupart des citoyens des préférences politiques, qu’ils votent, mais que ça ne les empêche pas de faire leur job le plus honnêtement possible. Au contraire : ils ont conforté cette idée que « ne pas être neutre » était un problème. A ce sujet, Simon Tourol formule la thèse que la perception du journaliste et de son métier a changé :

« Ainsi, la disparition de la presse engagée, où la « tendance » cette fois était revendiquée, a peut-être forgé chez d’aucuns une nouvelle conception du journaliste et de son rôle dans la société. Un rôle condamné […] au neutralisme, qui ne peut admettre ni hiérarchisation des valeurs ni la moindre empathie idéologique. L’effet pervers serait effrayant : la mise à égalité de tous les points de vue, de tous les partis, de tous les programmes, sous peine de paraitre « engagé » » (TOUROL, S., 2011).

Nous pensons que cette nouvelle conception du journaliste et de son rôle dans la société comme soumis au « neutralisme » se ressent également dans la presse elle-même : plusieurs journalistes semblent en effet renier toute appartenance politique. Il est possible que même en France, plusieurs journaux engagés revêtent prochainement un profil plus consensuel. Cela rejoint l’idéologie de « transparence » du milieu, pointée par Aubenas et Benasayag (2007) : les médias ne feraient plus que « représenter » le monde.

Lire aussi « Présupposés épistémologiques en journalisme et en éducation » (LECOMTE, J., 2014).

Ouvertures de JT : le journal télévisé comme fenêtre ouverte sur le monde ?

Or, les journalistes ne sont-ils pas simplement des personnes avec leurs opinions, qui tâchent de faire un travail du mieux qu’ils peuvent, allant parfois jusqu’à être des observateurs critiques autonomes, électrons libres de la presse ? Et si l’« objectivité » consistait à pouvoir assumer et distinguer le « je », c’est-à-dire ses valeurs et son travail, plutôt qu’à présenter des fausses évidences ? Et si la question relevait plutôt de lhonnêteté, de la transparence ?

En ce qui le concerne, Eddy Caekelberghs, journaliste à la RTBF, assume son appartenance au PS en première personne : « je suis membre du PS depuis mes 16 ans. […] Rien ne l’interdit dans les statuts de la RTBF, tant que cela ne transparait pas à l’antenne […] Depuis quand les journalistes n’ont-ils plus le droit d’avoir des idées politiques ? […] J’ose espérer que chacun reconnaît que je n’épargne personne en interview. Je n’ai pas de servilité vis-à-vis du PS » (cité dans LAUWENS, J.-F., 2011).

Comme pour « les » médias, il y a sans doute en réalité autant de profils que de journalistes. Reste à vérifier cependant que les biais de perception, d’interprétation ou de traitement ne viennent pas interférer cette pugnacité revendiquée.

Un dernier avis met l’accent sur l’imaginaire social dont fait objet la profession. Ces représentations fantasmagoriques correspondent à des faits problématiques : données retouchées (dramatisées, scénarisées), inventées, mal comprises, mal interprétées, extorquées par ces journalistes qui « tirent les vers du nez et auxquels on répond ce qu’ils veulent entendre », etc. :

« S’il est nécessaire de reconsidérer la question de l’objectivité journalistique, il faut aussi se libérer des modèles théoriques présentant les publics comme des récepteurs inertes et emmagasinant les messages transmis par des médias tout-puissants. La question des interactions entre les productions journalistiques et ce public, hétérogène et fractionné en fonction de ses attentes et de ce qu’il perçoit d’un organe de presse en particulier, est assurément complexe » (STANDAERDT, O., 2010, p. 4).

Lire aussi « Eddy Caekelberghs, ou le tabou des préférences politiques des journalistes » (LECOMTE, J., 2018).

Eddy Caekelberghs, ou le tabou des préférences politiques des journalistes

1.3. La différence entre le déclaratif et le comportemental

Nous avons mentionné ce fait à plusieurs reprises. C’est un phénomène bien connu en sciences sociales, étant donné qu’il peut constituer un biais très important dans les études. Nous pourrions le résumer comme tel : déclarer faire ou penser quelque chose n’est pas la même chose que le faire ou le penser effectivement. Ce n’est pas parce que quelqu’un affirme une opinion que son comportement correspond à cette opinion.  Il n’est pas seulement question de mensonge, mais aussi de biais de perception, de mémoire, de construction de la réalité, d’inconscient…

En sciences sociales, il est très important de tenir compte de cela dans le cadre d’une récolte de données. Lorsqu’un chercheur interviewe quelqu’un, cette personne peut travestir, consciemment ou non, la vérité, l’enjoliver, la présenter de manière incomplète ou encore se tromper. Pour prendre un exemple concret, rares sont les personnes qui se diraient racistes explicitement et publiquement. Par contre, il est possible que, parmi ces personnes, certaines aient des comportements racistes. D’autres individus ont peut-être des attitudes de racisme sans même s’en rendre compte : ils croient en toute bonne foi qu’ils n’ont pas d’animosité envers les étrangers, mais leurs réactions prouvent le contraire. En fonction des méthodes, on pourrait obtenir des pourcentages très différents (les chiffres sont inventés) : « 5% des interviewés se disent racistes » contre « les comportements de 40% des participants sont racistes ». Nous constatons combien il est important de ne pas dire que « 5% sont racistes » s’il s’agit seulement de déclaratif : l’affirmation vraie est « 5% des sondés déclarent l’être ».

Des méthodes de collecte en sciences humaines et sociales

Ces considérations ont une forte application dans le domaine des micros-trottoirs et sondages : quid des personnes qui sont « pour la paix », « pour le respect des différences » ou « pour l’unité d’un pays » uniquement lorsque le micro leur est tendu ? Ces précisions sont fondamentales dans notre cadre. Nous avons recensé des opinions et reproches émis envers les médias, souvent sur base de faits avérés. Nous pourrions, sur base de cet élément déclaratif, conclure que « les publics et usagers des médias ne sont pas dupes, qu’ils développent une distance critique par rapport à ces derniers ».

Nous allons voir que ce n’est pas nécessairement le cas. Il y a un écart entre les discours concernant les médias et leurs traductions en termes de comportements. Notre propos est le suivant : non seulement cette attitude de méfiance systématique déclarée ne correspond pas à une opinion qui fasse la part des choses, mais de plus, elle n’est pas nécessairement accompagnée d’un positionnement critique concret, c’est-à-dire d’attitudes en conséquence.

Bugs Bunny à Disney Land

Pour bien comprendre les biais possibles du déclaratif, nous ajoutons l’exemple ci-dessous. Il s’agit ici d’un biais lié à la mémoire où le sujet reconstruit un souvenir de manière erronée, à cause de choses auxquelles il est amené à penser au préalable.

« About one-third of the people who were exposed to a fake print advertisement that described a visit to Disneyland and how they met and shook hands with Bugs Bunny later said they remembered or knew the event happened to them » (PICKRELL, J., LOFTUS, E., 2001). Traduction de notre fait : « à peu près un tiers des personnes qui ont été exposées à une fausse publicité décrivant une visite à Disneyland et comment ils ont rencontré et serré la main de Bugs Bunny ont dit plus tard s’en rappeler ou savoir que cet événement leur est bien arrivé ».

Cet exemple est édifiant, surtout lorsqu’il est étendu à certaines pratiques de manipulation, de psychanalyse ou autre : des personnes « perturbées » pourraient ainsi « avouer » des crimes qu’elles n’ont pas commis, ou encore se laisser suggérer l’idée qu’elles ont vécu certains traumatismes ou des pulsions alors que ce n’est pas le cas.

Lire aussi :

T’as laissé ton « esprit critique » au placard !

1.3.1. Sur Internet : prudence, mais seulement dans les discours

Commençons par une première illustration : les Belges seraient « craintifs, mais passifs » vis-à-vis d’Internet. Selon une étude relayée par La Libre en 2010, ceux-ci « ont très peur de se faire harponner par des malandrins sur leurs ordinateurs, mais ils agissent comme si leur sécurité informatique dépendait de quelqu’un d’autre ». Dès lors, soit leurs déclarations sont fausses et ils ne se sentent pas véritablement concernés par la sécurité sur le net, surtout dans la mesure où ça leur demande une vigilance ; soit ils se sentent démunis et ne savent pas vraiment comment procéder. Dans les deux cas, la problématique n’est pas tant qu’Internet suscite des craintes ou des reproches, mais bien que ses usagers n’agissent pas en conséquence.

Des observations similaires peuvent être relevées au sujet de la fiabilité et de la critique des sources : « les problématiques […] comme le copier/coller ou la fiabilité des informations trouvées, semblent ne pas laisser les jeunes internautes indifférents » (MEDIAPPRO, 2006).

Nous pourrions induire de cet extrait que les jeunes sont conscients des enjeux relatifs à la fiabilité des sources et aux droits d’auteurs. Pourtant, en situation de recherche de sources, leurs comportements et performances ne laissent pas transparaitre de questionnement formalisé (LECOMTE, J., 2009). Il se peut que les jeunes soient effectivement attentifs, mais ne disposent pas d’outils concrets pour procéder efficacement dans leurs démarches ; il est tout aussi probable que les jeunes ânonnent un discours hérité de leurs parents ou de la sphère éducative, sans pour autant se l’approprier et en cerner les enjeux.

Dans les deux cas, cela témoigne d’une inefficacité de ce discours négatif par rapport à Internet : il ne fournit pas de démarche concrète d’investigation et n’offre pas de compréhension de ses raisons d’être. Ici encore, la dissonance entre les opinions déclarées et les comportements nous invitent à remettre en cause les discours et l’appropriation qui en est faite, tant par les jeunes que par les adultes.

Ajoutons à cela quelques pratiques d’exploration et de recherche d’informations observées, que Pierre Fastrez (2011) qualifie de « surexploitation de routines élémentaires ». Il mentionne également la stratégie du « click-and-look » : la navigation se fait davantage par essais et erreurs, à l’intuition, que moyennant une méthode réfléchie.

« […] la stratégie du « click-and-look » (Hobbs, 2010), consistant à activer systématiquement les liens de la liste de résultats de recherche dans l’ordre où ils se présentent, sans tentative d’évaluation de la pertinence de l’information par rapport aux objectifs poursuivis, ou de l’autorité de la source de l’information (Williams & Rowlands, 2007) » (FASTREZ, P., 2010, p. 40).

Head et Eisenberg (2009) d’une part, et Williams et Rowland (2008) d’autre part, se rejoignent et mentionnent quant à eux le suremploi des ressources les plus familières (comme Google, Wikipédia, Facebook). Williams et Rowland, encore, évoquent une recherche « horizontale » (superficielle, c’est-à-dire la consultation d’un ensemble de sources vagues, généralistes) plutôt que « verticale » (approfondie, creusant les apports thématiques) et peu d’évaluation de la pertinence ou de l’autorité de la source. Au vu des possibilités de « creuser » un thème, offertes par les hypertextes, cet élément est d’autant plus surprenant.

En bref, plusieurs sources constatent un déficit de compétences critiques, au-delà de la question de la maitrise technique de l’outil. Le phénomène ne se limite pas aux jeunes : il touche des adultes qui ont néanmoins le sentiment d’être compétents dans le domaine.

Tout ceci fait dire à certains auteurs, comme Hargittai (2002), que nous sommes confrontés à une fracture numérique à deux niveaux : d’une part l’écart entre ceux qui maitrisent la technologie et les autres, et d’autre part entre ceux qui disposent de compétences critiques suffisantes et les autres (par exemple, le fait d’approfondir des sujets, de questionner la navigation et de « remonter » les sources en naviguant via les hypertextes).

Jacques Piette (2005) relève que sur Internet, les jeunes considèrent globalement être confrontés à « une information aussi fiable que celle des autres médias ». Lorsqu’ils naviguent, ils s’en remettent à leur « bon sens ». Il note également que les jeunes seraient favorables à l’idée d’être mieux préparés à l’évaluation des sources (cela reste du déclaratif), mais qu’ils éprouvent des difficultés à mener à bien une recherche d’informations fiables. Si des gens se disent attentifs par rapport aux médias, ce n’est pas pour autant qu’ils parviennent à discerner correctement la fiabilité des documents auxquels ils sont confrontés. Dans ce cas, les individus s’en remettent à une démarche intuitive, non formalisée.

Une hypothèse qui nous semble plausible, tant au niveau des adultes qu’à celui des jeunes, est que ceux qui émettent des reproches indistinctement par rapport aux médias seraient en fait démunis par rapport au traitement analytique à accorder à l’information. Faute d’une grille de lecture cohérente, les individus concernés se constitueraient une attitude apparente de rejet radical, que leurs pratiques concrètes remettraient fortement en cause. Etant donné que ce rejet ne se fonde pas toujours sur une base logique, mais surtout socio-affective (peur d’être trompé, notamment), les comportements illogiques qui en découlent son compréhensibles. Par exemple, le déni de toute croyance par le relativisme radical est contradictoire, parce qu’il est corrélé par une attitude dogmatique (alors que ce rejet s’érige en réponse à des dogmes) visant à convaincre de la croyance qu’« il n’y a pas de vérité ». Le rejet des sciences (à cause d’imperfections et d’erreurs du corps scientifique) se caractérise régulièrement par une fuite vers d’autres systèmes ou des pseudo-sciences (dont le dispositif de validation est encore moins élaboré, plus aléatoire ou encore plus soumis à du marketing). Un sondage du CSA français semble abonder dans le sens de cette hypothèse :

« Que ce soit pour des migraines, un mal de dos, à l’annonce d’un diagnostic médical ou pour un simple bobo, six Français sur dix se sont déjà renseignés sur Internet, selon un sondage CSA réalisé en février sur 995 personnes. Cette proportion atteint même huit sur dix chez les 18-24 ans » (Le Monde, 2011).

Nous relevons ici l’importance accordée aux ressources en ligne (forums d’échanges entre pairs, avis subjectifs, sites informatifs…), au détriment peut-être de spécialistes, alors que certaines instances traditionnelles sont dépréciées. Le paradoxe consiste à remettre en cause la fiabilité de certaines instances tout en privilégiant un comportement qui n’évalue pas spécialement l’information de manière critique.

Une étude de l’Observatoire Terra-Femina (2011) complète ces propos. Celle-ci constate d’abord que l’information en général est « largement prise sur Internet » : 76 % des internautes français disent s’informer sur le web au moins « de temps en temps ». « Parallèlement, sept internautes sur dix déclarent « consulter l’information sur le site Internet des grands médias ». Pour eux, Internet dispose des avantages suivants : l’immédiateté (le fait d’« accéder à l’information le plus vite possible »), le partage et l’interaction en général.

Selon l’étude, les tendances sont encore plus marquées concernant « les nouveaux médias numériques » (blogs, réseaux sociaux…) comme Twitter ou Facebook : ceux-ci sont majoritairement jugés utiles par leurs utilisateurs quand il s’agit de « partager des informations » et d’« exprimer leur opinion ». Par contre, de manière générale, les répondants estiment que ces médias ont des lacunes en termes de vérification et d’analyse critique de l’information, et qu’ils ne permettent pas toujours de diversifier ses sources. L’étude conclut en ces termes : « c’est donc en créant un sentiment de communauté que les réseaux sociaux s’installent dans la vie des internautes, la qualité et la rapidité de l’information semblant finalement moins essentielle aux yeux de ses usagers ».

En bref, certains médias sont davantage liés à une utilisation interactive des contenus. Ils ont une forte dimension de partage social. Si la fiabilité présumée de l’information est remise en cause par une majorité des répondants de l’enquête, cette dernière montre également que ce n’est pas toujours une problématique prioritaire en regard des principales qualités attribuées aux médias.

Autrement dit, la fiabilité de l’information, régulièrement citée comme lacunaire, ne serait qu’une préoccupation secondaire des consommateurs des médias, et ce dans de nombreux cas de figure.

La confiance dans les médias : commentaires de l’enquête Kantar – La Croix 2018

La critique schizophrénique des médias sociaux

1.3.2. Une valorisation sociale de certains contenus et médias

De nombreux éléments semblent nourrir la thèse qui veut que les médias ne sont pas tant consommés pour la valeur des informations qu’ils diffusent que pour les échanges sociaux qu’ils suscitent (interactions, échange d’opinions, fait de connaître des contenus en primeur pour soi-même partager les scoops ou les rumeurs, etc.). Ces considérations ne concernent pas seulement les nouvelles technologies.

Arte : fort appréciée dans les discours, peu regardée dans les faits

Des écarts existent également par rapport à des médias spécifiques, comme les chaines de télévision. L’« effet Arte » montre une sorte de schizophrénie du téléspectateur. Caricaturons : d’une part, il y a deux personnes sur trois qui disent apprécier la chaine de télévision Arte. D’autre part, il y a deux personnes sur trois qui ne regardent quasiment jamais cette chaine. Concrètement, cela signifie qu’un tiers de la population déclare aimer Arte, mais ne la regarde jamais. Il y aurait donc une catégorie de personnes dont le comportement est en dissonance avec les opinions affirmées. Il y a fort à parier qu’une proportion similaire qui déclare trouver la téléréalité « idiote » la regarde. Une hypothèse serait qu’Arte bénéficie d’une valorisation conventionnelle d’un certain type de culture : il serait socialement plus valorisant de regarder Arte que TF1. Dans les faits (les audiences), TF1 est beaucoup plus regardée qu’Arte. Par contre, il est fort probable que de nombreuses personnes qui regardent la chaine TF1 ne l’assument pas ou adoptent un discours négatif par rapport aux contenus diffusés. Ce qui compte n’est pas tant l’émission en tant que telle que ce que l’on va en dire demain : « qu’est-ce que c’était stupide, hier encore, sur TF1 » !

Dans « Pourquoi l’info politique grand public est-elle si pauvre ? » (2011), Cyrille Frank force le trait :

« Si l’on devait croire les déclarations des enquêtes lecteurs, tous liraient Le Monde ou le Courrier international, et aucun ne s’intéressait à Voici ou Closer. Sauf que les premiers ont un tirage bien moindre (sans parler du nombre de lecteurs beaucoup plus important en presse people, en raison de la forte duplication, chez le coiffeur notamment) ».

Livres et contenus formatifs

Par rapport aux reproches élaborés contre la télévision ou encore les nouvelles technologies ou la presse, d’aucuns omettent que les livres sont des médias ou que d’autres situations de communication (notamment éducatives ou formatives) peuvent receler des erreurs ou des idéologies. Le paradoxe comportemental consiste ici à récuser « les médias » tout en se fiant aveuglément à certains d’entre eux ou en se laissant tromper par d’autres biais. Nous formulons la problématique de la sorte : plusieurs types de discours par rapport aux médias ne reposeraient pas tant sur des faits concrets et leur vraisemblance que sur des réactions socio-affectives, parfois radicales.

Au lieu de dénoncer ces réactions, l’idée est de comprendre leurs fondements sociaux et d’y faire droit. Le conspirationnisme, par exemple, a une raison d’être : en effet, il est arrivé que des personnes manipulent la population à un moment donné de l’histoire. D’un point de vue socio-affectif, être ou se sentir trompé peut occasionner une peur ou une méfiance. C’est pareil pour le relativisme radical : en s’érigeant impulsivement contre les dogmes, il représente le témoignage que ceux-ci peuvent provoquer des dérives qui ont nui au progrès humain. Dans le cas de la schizophrénie Arte-TF1, il ne faut pas tant remettre en cause TF1 que se demander les raisons de l’existence d’une telle valorisation sociale d’Arte, qui ne correspond pas aux pratiques.

Enfin, il est aussi question de montrer en quoi ces raisons d’être n’empêchent pas d’adopter un autre type d’attitude, plus riche et nuancé : ce n’est pas parce que nous sommes trompés une fois que nous sommes trompés toujours.

1.3.3. Une appropriation socio-affective

Cohen, Lazarsfeld… Les médias « nous manipulent », ou pas

Lire aussi « Développer la capacité à changer de point de vue : les enjeux de la « décentration » » (LECOMTE, J., 2017)

Rappelons un paradoxe comportemental par rapport à l’idée reçue que « les médias nous manipulent ». Les études sur les décisions des électeurs montrent que les médias ont bien peu d’effets, contrairement à l’appartenance politique préalable ; grosso modo, si vous êtes de droite et qu’un décideur de droite prend une décision (même si celle-ci est tout à fait de gauche), vous l’approuverez davantage que si elle avait été prise par un décideur de gauche, et inversement. Cela vaut aussi bien pour les deux groupes d’appartenance : ceux de droite acceptent une décision de gauche, alors que ceux de gauche refusent une décision de gauche, simplement parce que celui qui la prend est prétendument de l’autre bord politique. Les œillères, l’aveuglement, ne sont pas l’apanage d’un seul parti, d’une seule tranche d’âge de la population, ou encore d’une culture.

Le paradoxe est le suivant : il existe une tendance du public à attribuer des appartenances politiques aux médias, alors que ce même public interprète les contenus en fonction de ses propres préférences. Les biais peuvent donc se trouver tant dans la construction d’une information que dans son interprétation.

La préférence accordée à un média ne se fait d’ailleurs pas nécessairement sur des critères relatifs à la fiabilité de l’information. Il existe des tendances à choisir, percevoir, interpréter, mémoriser et accorder des préférences à certaines informations selon des critères liés à la sociabilité, à l’interactivité ou à un sentiment de communauté, par exemple. Pour caricaturer, l’utilisation de l’information que font les lecteurs de la presse people n’est globalement pas si éloignée de ceux qui lisent la presse politique, et vice versa : la plupart du temps, leur activité consiste à recueillir des thèmes d’échange qui correspondent à leurs sphères d’appartenances socioculturelles.

C’est une des raisons pour lesquelles nous pensons qu’une attitude de méfiance ou de confiance envers un média recèle parfois plus d’informations sur celui qui l’adopte que sur le média en tant que tel. Selon nous, il est tout aussi intéressant de questionner la fiabilité des documents que les attitudes d’adhésion et de foi, vis-à-vis des contenus de la presse ou autre, mais aussi dans l’absolu : à quoi est-ce que j’adhère, qu’est-ce que j’estime vrai, et pourquoi ?

Lire aussi « Lutter contre la haine de l’autre » (LECOMTE, J., 2016).

1.4. Une attitude schizophrénique ?

Lire aussi « T’as laissé ton « esprit critique » au placard ! » (LECOMTE, J., 2017).

Alors qu’entrent en compte ces éléments socio-affectifs qui ne sont pas nécessairement garants de la fiabilité des sources, se croire à l’abri de l’erreur ou se penser plus intelligent que les autres est à notre sens une grande difficulté pour l’éducation aux médias : souvent, ceux qui sont influencés, ce sont les autres. Que des gens disent qu’ils aiment Arte sans la regarder n’est a priori pas grave. Que des gens disent ne pas aimer TF1 ou trouver les médias manipulateurs et malgré tout les consommer peut prêter à sourire. Par contre, que certains pointent du doigt des dérives de l’extérieur sans s’interroger à leur propre sujet peut s’avérer très dommageable quant à la mise en œuvre d’un esprit critique.

« Je ne suis pas dupe » ! Plusieurs individus se croient « à l’abri », de par leur formation, leurs connaissances ou leur culture. Il existe un discours très méfiant et négatif vis-à-vis des médias et de certaines instances. En parallèle, certains comportements typiques dévoilent combien les individus se retrouvent souvent démunis face aux médias et aux attitudes à adopter à leur égard. Les compétences font parfois défaut lorsqu’il s’agit de déterminer ce à quoi on peut se fier. Faute de pouvoir expliciter davantage un reproche, faute de pouvoir le justifier, certains adoptent dès lors une posture de rejet, soit parce qu’il s’agit d’une tendance sociale, soit par peur d’être trompés, comme pour se prémunir « avec les moyens du bord ».

Il s’agit d’un élément extrêmement important car il touche à la dimension socio-affective : selon nous, pour critiquer les médias, il ne suffit pas de se doter d’outils purement rationnels. Il faut également les mettre en contact avec les paradoxes de certaines attitudes, les amener à réfléchir sur base d’éléments relationnels, sur base de certains rapports entre des individus et les médias, entre des individus et la connaissance.

En conséquence, la question à se poser ne devrait pas seulement prendre cette forme : « comment les médias nous manipulent-ils ? ». Se contenter de dénoncer ces éléments ne suffit pas à développer un esprit critique : par crainte de la tromperie, cela pourrait générer des attitudes exacerbées de rejet. Nous proposons dès lors la formulation suivante, en corollaire : « Quelles attitudes adopter afin de déterminer ce à quoi je peux me fier ? ». Cette formulation se veut « positive », ouverte à ce qui est digne de confiance, tout en ne se limitant pas à une analyse de contenus des médias : elle ouvre au rapport que nous entretenons individuellement et socialement avec eux et le monde.

Ce tournant implique au moins deux directions.

La première consiste à aller vers un questionnement sur nos attitudes (tendances individuelles et sociales) par rapport aux médias. C’est une invitation à la remise en question personnelle, mais aussi en fonction de tendances sociales (appartenances, idéologies, a priori). Il ne s’agit pas de « faire la chasse » aux préjugés, afin de les bannir comme autant d’attitudes qui seraient mauvaises (cela reviendrait à retomber dans l’écueil des critiques négatives), mais bien de comprendre leurs raisons profondes et de pouvoir ensuite les dépasser, les transcender, les nuancer.

La seconde consiste à aller vers un questionnement « de l’intérieur ». Réaliser un projet médiatique, c’est-à-dire produire du contenu fiable en utilisant un média est une piste pour démystifier les médias, en révélant à la fois comment il est un prisme de l’information, comment il la structure et la met en forme, et à la fois comment il peut être une source pertinente. Cela peut prendre la forme d’ateliers de journalisme, de construction d’un blog ou d’un site de veille, de curation, sur Internet, par exemple.

Eviter de toujours parler des médias comme un tout

Lire aussi « La “post-vérité”, “lémédia”, le fact-checking et Donald Trump » (LAURENT, S., 2016)

Pour clore ce chapitre, nous invitons à éviter de parler des médias comme s’il s’agissait d’un tout homogène, d’un système dont on pourrait parler en termes très généraux. C’est valable pour « la » société. « Les médias », ou encore « la société » représentent un peu tout et leur contraire. Ils correspondent à une instance abstraite, qui est partout sans être nulle part. En général, de nombreux lieux communs sont énoncés sous la forme « la société d’aujourd’hui est telle que… » ou bien encore « les gens dans notre société sont comme ci ou comme ça », « les médias nous manipulent », etc. Parler de « la société », tout comme parler « des gens », « des médias » ou « des scientifiques », c’est passer à côté de certaines distinctions fondamentales, de toute la complexité du monde. Cela fait notamment dire à Vincent Glad (2011) qu’Internet comme totalité uniforme n’existe pas et qu’il conviendrait de parler « des Internets ». Nous devons garder à l’esprit la démarche de remise en question de telles assertions généralistes, parfois réductrices.

Ce type de qualification est aussi facile qu’abstrait, et au fond peu rigoureux. Il doit mettre la puce à l’oreille du lecteur. Des propos citent « de nombreux scientifiques » ou « les journalistes » de manière générale pour présenter des contre-vérités. Il convient d’en prendre distance. Ils sont malheureusement souvent un mélange de clichés, de mauvaises interprétations et de généralisations outrancières.

Ainsi, les réductions ne nous semblent pas blâmables en tant que telles (si chaque chose devait être explicitée dans sa complexité, cet ouvrage ferait des milliers de pages et plus), il convient de ne pas oublier que nous questionnons des faits spécifiques, des tendances, des représentations schématiques, et non tout le réel dans toute sa complexité.

Il existe des tendances sociales et des généralités, mais relativement peu d’entre elles correspondent à des universels. Il faut opérer des distinctions. Il faut éviter le dogmatisme (« la société est telle que… »), mais aussi le relativisme (« on ne peut absolument pas parler de la société »). Notre pari est qu’il est possible de parler de la société ou des médias, d’en dire des choses plus vraies que d’autres, de manière plus ou moins globale, mais aussi qu’il faut rendre compte de la complexité du monde. Il est par conséquent souvent plus pertinent de parler d’un fait médiatique particulier que « des médias en général ».

Dès notre première partie, nous avons tâché de distinguer les « grandes tendances » relatives aux médias en général de faits problématiques spécifiques qui ne les concernent pas tous, en toute situation. Nous insistons ici sur l’importance de ces nuances. Selon nous, être au clair avec la complexité du monde, c’est déjà adopter un regard plus riche et plus critique par rapport aux médias, à leur diversité et à leurs différences.

Lire aussi « La critique schizophrénique des médias sociaux » (LECOMTE, J., 2018)

La critique schizophrénique des médias sociaux