Documentation : épistémologie, métaphysique, philosophie des sciences…

Documentation ciblée : épistémologie, métaphysique, philosophie des sciences, cognition…

Représentation sympa de la différence Popper / Kuhn dans le progrès de la connaissance, prise du blog de Nicolas Le Novère.

Le critère de démarcation poppérien

Explication et genèse du critère de démarcation de Karl Popper entre science et pseudo-science.

Philosophie des sciences – Un blog de vulgarisation pour la philosophie des sciences, par Quentin Ruyant

Philosophie des sciences – De la vulgarisation philosophique ?

Un bel article sur la question de la vulgarisation de la philosophie.

J’ai découvert (et apprécié) ces lignes : « je ferai appel à un principe qui correspond, je pense, avec la clarté que nous évoquions précédemment, à l’une des qualités les plus importantes chez un philosophe (et qui manque cruellement à la plupart des politiciens) : le principe de charité. Il s’agit, comme l’exprime Daniel Dennett, d’être capable d’exprimer une position adverse de manière si fidèle que même notre opposant pourra nous remercier d’avoir exprimé sa position avec tant de justesse. La connaissance doit être issue d’un travail collaboratif, ce qui est impossible si l’on ne sait pas faire justice aux positions auxquelles on s’oppose pour leur opposer des arguments sérieux ».

Je pense que c’est un excellent complément à mon article Pour une éthique de la discussion (2013). Du reste, l’article de Quentin Ruyant me semble véritablement faire droit à la question sur laquelle il s’est penché. Et ce, de manière « communicationnelle ».

Philosophie des sciences – La science, ce ne sont que des théories ?

La science, après tout, ce ne sont que des théories… Ce sont donc des croyances, et la science ne se différencie pas fondamentalement des religions ou des mythes.

On entend parfois ce genre d’affirmations qui visent à relativiser l’objectivité du savoir scientifique (par exemple dans la bouche des créationnistes) et on voit alors souvent rejeter ce genre d’affirmations d’un revers de la main : ceux qui les profèrent ne comprennent tout simplement pas ce qu’est la science.

Philosophie des sciences : la vérité

Nous avons discuté dans les articles précédents de réalisme, de relativisme et d’empirisme. Mais peut-être aurions-nous du commencer par une question plus fondamentale : qu’est-ce que la vérité ? En effet la question du réalisme scientifique (thèse suivant laquelle les objets postulés par nos théories scientifiques existent dans la réalité) est centrale en philosophie des sciences. Or on peut exprimer cette thèse très simplement : elle consiste à affirmer que nos théories sont vraies. Mais qu’est-ce à dire ?

Philosophie des sciences : la connaissance

Après avoir vu les différentes façons de concevoir la vérité, nous pouvons aborder une deuxième question de philosophie générale qui peut avoir un intérêt en philosophie des sciences : celle de la connaissance. Il s’agit du thème de l’épistémologie : l’étude de la connaissance.

Quelle différence y a-t-il entre une connaissance (je sais que j’ai deux mains, que Paris est la capitale de la France, que la terre est ronde, que mes clés sont dans ma poche) et une simple croyance ?

Scientisme et empirisme

Scientisme et empirisme (suite) : la continuité entre philosophie et science

Nous avons abordé dans le dernier billet le projet de l’empirisme logique, qui est un projet scientiste. L’idée est que toutes nos affirmations, que ce soient des jugements moraux, esthétiques, ou bien des affirmations métaphysiques, doivent pouvoir se ramener d’une manière ou d’une autre à des affirmations scientifiquement vérifiables, associées à des observations directes — dans le cas contraire, ce sont des affirmations dénuées de sens.

Les seules affirmations qui échappent à cette réduction sont purement syntaxiques : ce sont les affirmations de la logique et des mathématiques, mais ces affirmations ne parlent pas vraiment du monde, elles ne concernent que la forme de notre langage.

Nous avons vu un premier type de raisons de penser que ce projet ne peut pas aboutir, qui est qu’il ne peut exister de base solide, purement observable, pour réduire l’ensemble du langage. Une distinction stricte entre langage d’observation et langage théorique est douteuse, et l’idée que toute connaissance se ramène à des données sensibles est un mythe.

Mais il existe un deuxième type de difficultés pour les thèses de l’empirisme logique, liées à la vérification. C’est ce que nous allons voir aujourd’hui.

Les objets mathématiques existent-ils ?

Un des traits caractéristiques de la science moderne est une forte mathématisation des théories scientifiques, au moins depuis Galilée, qui affirmait que « la nature est un livre écrit en langage mathématique ». Ce succès dans l’application des mathématiques au réel pourrait nous amener à penser que la connaissance mathématique n’est pas qu’une simple construction de l’esprit, qu’elle nous renseigne en quelque sorte sur le monde.

Les probabilités

Les probabilités jouent un rôle important en sciences, au moins depuis la mécanique statistique. On les retrouve dans de nombreuses disciplines (sinon toutes), notamment en biologie, en théorie des jeux ou en sciences humaines, où les outils statistiques sont omniprésents, ou encore en mécanique quantique, au cœur même de notre théorie fondamentale de la matière. Enfin elles ont pu aussi être utilisées en philosophie des sciences, par exemple pour tenter de construire des outils mesurant la crédibilité des théories scientifiques, ou encore pour fonder les rapports de causalité entre événements.

Théories et modèles

Traditionnellement, on concevait les théories scientifiques comme un ensemble d’énoncés généraux qui parlent de la nature, des axiomes, desquels on peut arriver par déduction à un ensemble d’autres vérités plus particulières non contradictoires. Par exemple des axiomes de la théorie de Newton (comme F=ma) je peux déduire le comportement d’un pendule ou d’un mobile à la surface de la terre…

Les paradoxes de l’identité

La notion d’identité, ou d’individu, est assez intuitive et assez centrale dans notre compréhension du monde. Pourrait-on avoir une connaissance du monde si l’on était incapable d’identifier des objets ou des individus persistant dans le temps ? La notion d’identité est centrale y compris en mathématiques : pour compter des objets, il faut déjà pouvoir les identifier… Enfin on se conçoit nous-même comme des individus : d’un jour à l’autre, d’un instant à l’autre, nous sommes toujours la même personne. C’est, semble-t-il, un aspect essentiel de notre expérience.

Observation et expérimentation

Cet article a été rédigé en grande partie sur la base du livre « L’observation scientifique » de Vincent Israël Jost, que je conseille aux lecteurs souhaitant approfondir ces questions.

L’une des caractéristiques importantes de la science est la méthode par laquelle elle parvient à produire une connaissance du monde. S’il n’est pas certain qu’il existence une unique méthode scientifique partagée par toutes les disciplines, de la sociologie à la physique, on peut au moins s’accorder sur un point : la confrontation systématique à l’expérience, par nos observations, y joue un rôle central. Pour cette raison, il peut être intéressant de se pencher philosophiquement sur la notion d’observation scientifique, et sur l’expérimentation en général.

Quentin Ruyant – Blog Un Grain de sable

Un grain de sable : La philosophie inutile ? Dépassée par les sciences ? Sur les malentendus du positivisme naïf

J’avoue avoir du mal à comprendre la raison pour laquelle certains scientifiques (généralement des physiciens médiatiques) s’évertuent à déclarer la mort de la philosophie (voir ici et là). Il y a comme des relents de guerre des sciences dans tout ça. Je veux parler de l’époque (les années 70-80) où la sociologie développait son « programme fort », résolument relativiste, visant à réduire l’édifice scientifique à une construction sociale. Ce projet est bel et bien mort et pour ma part je n’aurai aucun mal à me situer du côté des sciences dites « dures » dans ce débat. En tout cas pour ce qui est de la conception qu’il faut avoir de la vérité, de l’objectivité et du but de la science : découvrir ce qui existe indépendamment de nous et de nos façons de les concevoir. Il ne s’agirait pas de nier les apports de l’époque, et notamment les critiques qu’on peut faire à un positivisme naïf qui dirait que nous ne faisons que poser des hypothèses pour les confronter à l’expérience (comme si la réalité nous répondait par « oui » ou par « non »). Nombreux sont les facteurs non empiriques qui participent à la construction des théories : la recherche de simplicité, d’unification, et même le conservatisme quand aucune alternative à nos théories se présente à l’horizon. Mais si l’on considère la communauté scientifique au sens large et sur le long terme c’est bien quelque-chose comme la vérité et l’objectivité qui est visé dans les sciences et leur succès atteste d’une certaine réussite dans cette entreprise.

Un grain de sable : Lordon et le rôle du concept en sciences sociales

Ma spécialité n’est pas le « champ social » mais permettez-moi tout de même un rapide commentaire critique sur cet article de Lordon paru en 2013 dans les cahiers philosophiques, qui évoque au passage les « sciences dures » et leur usage des mathématiques, des sujets qui me sont plus familiers. Si je trouve le rapprochement entre philosophie et sciences sociales que Lordon appelle de ses voeux dans cet article tout à fait louable, certains aspects me gênent néanmoins. Ils ont trait à la fois au style et au contenu de l’article.

Le paradoxe du rapport entre philosophie et science

Il y a quelque chose de paradoxal en philosophie, dans son rapport aux sciences, qui est que quoi qu’elle fasse, quelle que soit la position qu’elle adopte, elle semble ne pas pouvoir à la fois satisfaire et intéresser le scientifique (ou plutôt la figure du scientifique telle qu’on se l’imagine).

Idée reçue : les théories scientifiques font des prédictions

Une des conceptions les plus répandues à propos des sciences est l’idée que les théories scientifiques font des prédictions, et incidemment, qu’elles sont justifiées/corroborées par leur succès prédictifs (ou encore qu’elles sont « vraies jusqu’à preuve du contraire »). Or à strictement parler cette idée est fausse : ce ne sont pas les théories qui font des prédictions, mais leurs modèles.

La réalité peut-elle buguer ? Ou pourquoi le monde n’est pas une simulation numérique

Le monde est-il une simulation numérique ? J’entends par là l’idée que la réalité serait un algorithme particulier qui produirait les phénomènes du monde, ou qu’elle serait une machine de Turing implémentant cet algorithme.

Je pense qu’on peut définitivement rejeter cette idée pour la raison suivante : un algorithme est normé, mais les faits ne le sont pas.

En effet, il me semble qu’une des caractéristiques essentielles d’un algorithme est qu’il peut-être bugué. Or qu’est-ce qu’un « bug »? Quelque chose qui n’est pas conforme à certaines règles ou normes. Mais l’idée que la réalité soit buguée, ou puisse l’être ou aurait pu l’être, n’a pas de sens : elle est telle qu’elle est. Donc le monde n’est pas une simulation numérique.

Quentin Ruyant – Thèse de doctorat : L’empirisme modal

The aim of this thesis dissertation is to propose a novel position in the debate on scientific realism, modal empiricism, and to show its fruitfulness when it comes to interpreting the cognitive content of scientific theories. Modal empiricism is an empiricist position, according to which the aim of science is to produce empirically adequate theories rather than true theories. However, it suggests adopting a broader comprehension of experience than traditional versions of empiricism, through a commitment to natural modalities. Following modal empiricism, there are possibilities in nature, and constraints on what is possible, and a theory is empirically adequate if it correctly delimits the range of possible experiences. The position rests on a situated and pragmatic conception of natural modalities and of empirical confrontation. We claim that it can do justice to the empirical success of science, while not falling prey to the problem of theory change that undermines scientific realism. We explain how constraints of necessity on phenomena can be known by induction, and how this modal epistemology fits with scientific practice. Finally, we claim that a commitment to natural modalities allows for a rich interpretation of the cognitive content of theories. Modal empiricism could renew some metaphysical debates within a pragmatist framework, by tying them to experience and not being constrained by realist prejudices.

Nietzsche, La vérité scientifique, dernier avatar de la religion

Extrait sur le rapport entre vérité et croyance (Le Gai Savoir, § 344).

Nietzsche contre Foucault – La vérité en question

On a pu dire à propos de Michel Foucault que son principal mérite était de nous avoir enfin débarrassés de l’idée même de vérité. En s’appuyant sur la lecture des premiers écrits de Nietzsche, il a établi qu’elle ne reposerait que sur une distinction entre le vrai et le faux toujours à déconstruire — d’autant plus que cette opposition serait au service de l’ordre en place. La vérité serait-elle donc une variable culturelle ?

Par Jacques Bouveresse

What Is Science ?

There is an old parable — not sure if it comes from someone famous I should be citing, or whether I read it in some obscure book years ago — about a lexicographer who was tasked with defining the word “taxi.” Thing is, she lived and worked in a country where every single taxi was yellow, and every single non-taxi car was blue. Makes for an extremely simple definition, she concluded: “Taxis are yellow cars.”

Tout se passe comme si – Blog du Café des sciences

Combien de changements de paradigmes en biologie ?

Le philosophe et historien des sciences Thomas Kuhn est l’un des deux philosophes des sciences dont les idées ont modifié l’idée que les scientifiques ont de leur métier je pense, l’autre étant Popper. Si on parle avec des philosophes des sciences, leurs idées sont largement abandonnées, mais elles restent influentes en science. En super bref, Popper a proposé qu’une hypothèse scientifique devait être falsifiable. Et Kuhn a proposé que la science progresse avec deux modes : le mode normal, dans le cadre d’un paradigme qui impose certains questions comme pertinentes, et certaines hypothèses comme raisonnables, et le mode révolutionnaire, de changement de paradigme.

Mes philosophes de la biologie préférés : clairs et rigoureux

Il y a deux billets que j’ai bien aimé sur le blog « Philosophie des sciences » : Les électrons existent-ils ? (1/2) Réalisme et sous-détermination et Les électrons existent-ils ? (2/2) Changements théoriques et réalisme structural […] Ces billets, comme beaucoup de la philosophie des sciences « classique », s’appuient beaucoup voire exclusivement sur des exemples empruntés à la physique. Or ceci n’est pas juste une question d’exemples, mais cela influence les questions posées. Pour Kuhn ou Popper (voir ce billet) et beaucoup d’autres les questions posées par « la science » à « la philosophie » sont les questions posées par la physique.

Représentation sympa de la différence Popper / Kuhn dans le progrès de la connaissance, prise du blog de Nicolas Le Novère.

Arrow, Kuhn et la sélection des théories scientifiques

Comment les scientifiques sélectionnent-ils les théories ou modèles* ? Cette question en appelle à une autre : quels sont les critères utilisés par les scientifiques pour réaliser cette sélection ? Le philosophe des sciences Thomas Kuhn propose dans son article « Objectivity, value judgment, and theory choice » la liste de critères suivante, sans prétendre à l’exhaustivité : précision, cohérence, généralité, simplicité, fertilité (fruitfulness). Il se trouve que formellement, le contenu de la liste et le nombre d’items importent peu (…)

Mais, au fait… l’Économie est-elle une science ? La question et sa réponse | éconoclaste

Guide de lecture : si vous arrivez sur cette page en connaissant déjà les principaux aspects de la méthodologie économique (que Popper, Kuhn et Lakatos n‘ont pas de secrets pour vous) vous pouvez vous dispenser du début du document. Cependant, je vous recommande la partie consacrée à Feyerabend, auteur fort mal présenté par les ouvrages classiques en méthodologie économique. Si vous connaissez également bien Feyerabend, attaquez directement ici.

Si vous ne connaissez pas ces aspects, ou que vous avez besoin de rappels, commencez la lecture du début. Ne soyez pas surpris qu’on ne parle que peu d’économie et beaucoup d’autres sciences dans cette première partie de texte, car les principaux auteurs en épistémologie n’ont que peu abordé celle-ci. L’économie arrivera ensuite

[…]

Le vérificationnisme n’est pas très satisfaisant. C’est Karl Popper, dans « conjectures et réfutations » qui a montré que le vérificationnisme comporte une faute logique, à partir du célèbre exemple des cygnes blancs et noirs. Considérons une théorie zoologique aboutissant à la conclusion selon laquelle tous les cygnes sont blancs. En effectuant une promenade au bord d’un lac, on voit des cygnes et on constate qu’ils sont tous blancs. Faut-il en conclure que la théorie affirmant que tous les cygnes sont blancs est vraie? Certainement pas. Il est tout à fait possible que sur un autre lac, dans un autre pays, on trouve des cygnes dont le plumage est noir. Pour que l’expérience puisse valider la théorie, il faudrait faire l’inventaire de tous les cygnes du monde et vérifier qu’ils sont tous blancs. Et même cela ne serait pas suffisant! il faudrait en sus vérifier cela sur les cygnes qui n’existent pas encore parce qu’ils ne sont pas nés, ou sur les cygnes morts (qui sait, peut-être que les cygnes des égyptiens étaient noirs). Il suffit en effet qu’il y ait, ou qu’il y ait eu, un cygne noir pour que toute la théorie tombe par terre. Or, il n’est pas possible de procéder à la vérification pour tous les animaux. De ce fait, le vérificationnisme ne saurait prouver quoi que ce soit. Il n’est pas possible de démontrer par l’expérience qu’une théorie est vraie l’expérience ne permet que d’infirmer une théorie, c’est à dire de prouver qu’elle est fausse.

[…]

Cependant, la recherche sur les sciences ne s’arrête pas à Popper. Il convient de citer ici trois autres auteurs majeurs du XXème siècle en la matière, Kuhn, Lakatos et Feyerabend. Kuhn, dans « la logique de la découverte scientifique » s’est intéressé à la façon dont les sciences évoluaient vraiment. Cela l’a amené à prendre en compte l’attitude des scientifiques, qui n’est pas toujours aussi rationnelle que le sous-entend Popper. Kuhn distingue en effet la science « normale » et les « découvertes scientifiques ». Selon Kuhn, chaque science est caractérisée à un moment donné par un paradigme dominant.

[…]

Lakatos a lui développé le concept de programme de recherche scientifique (PRS). Un PRS se compose d’un coeur théorique, un ensemble d’hypothèses de base, à partir duquel sont élaborées des théories qui se rattachent à ce programme.

[…]

C’est au bout du compte Feyerabend qui porte le coup le plus violent sur le réfutationnisme popperien. Dans « Against Method », il montre que l’application du critère de Popper est dépourvue de sens. En effet, le critère lui-même est réfutable. En effet, s’il est possible de trouver un exemple historique dans lequel la science a progressé en utilisant une théorie réfutée par l’expérience, alors cela signifie que le critère de Popper est inapproprié; de ce fait, la réfutation est réfutable. Or le critère de Popper n’a rien de nouveau, il était très couramment utilisé par les sophistes dans l’antiquité grecque (Feyerabend écrit ainsi que dire que Popper a inventé la réfutation est aussi juste que d’affirmer que Ronald Reagan a inventé la métaphysique) et ce critère n’a jamais été utilisé par les scientifiques.

Au-delà de la question spécifique de cet article, il fait un topo très clair sur les thèses de Popper, Kuhn, Lakatos et Feyerabend.

Métaphysique, ontologie, esprit, par François Loth

La chambre chinoise de John Searle

A l’origine, le fonctionnalisme fut formulé par Hilary Putnam en termes de « machines de Turing » – sorte d’ordinateur caractérisé abstraitement par le logicien Alan Turing. […] Dans la mesure où les réponses que fournit Searle sont pertinentes, du point de vue extérieur, ce que produit la chambre est semblable à ce que produirait un véritable locuteur chinois enfermé dans cette même chambre. Cependant, Searle ne parle ni ne comprend le chinois, peut-être ignore-t-il que les signes représentés sur les papiers sont du chinois. Ce qui se passe à l’intérieur de la chambre est une simple manipulation de symboles sur la base de leurs formes ou de la syntaxe, mais sans la compréhension […]

Les neurosciences et le sentiment de libre arbitre

Les questions philosophiques concernent tout le monde et apparaissent non sur ce qui a été écrit dans le passé mais directement dans monde où nous vivons. C’est pourquoi il peut arriver qu’un concept né dans le champ philosophique vienne glisser dans un autre. C’est le cas du libre arbitre au sujet duquel certains scientifiques – en particulier des neuroscientifiques – ont ressenti le besoin de prendre position. Ces conclusions d’arguments, issues directement de la recherche empirique, sont diversement appréciées par la communauté des philosophes. Mais que peut faire la philosophie de résultats d’expériences qui tendent à nier le libre arbitre ?

Le « mystère » de la conscience et Mary qui voit rouge

Lorsque je me donne un coup de marteau sur le doigt je ressens une douleur vive que l’on explique par une chaîne d’événements qui, partant des tissus meurtris, conduit à la stimulation de terminaisons nerveuses pour aboutir à une activation d’une zone de mon cerveau qui joue un rôle dans mon comportement.

En fait, quelque chose de relativement incompréhensible vient de se produire. Comment l’activité d’une zone de mon cerveau peut-elle être reliée à cet élancement que je localise assez distinctement dans le doigt ?

Dans plusieurs articles de son blog, François Loth interroge la question du rapport entre le corps et l’esprit.

Le mystérieux dualisme

Le nouveau « nouveau » réalisme de Maurizio Ferraris : le Manifeste

Le Manifeste du nouveau réalisme de Maurizio Ferraris qui vient de paraître aux éditions Hermann est ici l’occasion d’ouvrir une troisième fois, après l’étonnante saillie de Markus Gabriel et son stupéfiant slogan du « monde qui n’existe pas », le dossier du réalisme philosophique sous l’estampille « nouveau ». Dans cet ouvrage, l’auteur, à la recherche d’une paix entre constructionnisme et réalisme, tente de s’extraire de la pensée postmoderne. Mais comment comprendre que le réalisme puisse être « nouveau » sans définitivement fermer la porte aux faiseurs de monde ?

« Nouveau réalisme » : Markus Gabriel, le philosophe qui envoie bouler le monde

“Je nie l’existence du monde, mais je crois en la réalité des choses” explique ce jeune prodige Allemand, chantre d’un “nouveau réalisme” qui dépoussière la philosophie et l’ouvre à notre époque.

La description de son livre (en français) est la suivante :

« La vie, l’univers et tout le reste… chacun d’entre nous s’est probablement déjà souvent posé la question de savoir ce que tout cela veut dire au juste. Où nous trouvons-nous ? Ne sommes-nous qu’un agrégat de particules élémentaires dans un gigantesque réceptacle qui contient le monde ? (…)

Je vais développer dans ce livre le principe d’une philosophie nouvelle qui part d’une idée fondamentale simple : le monde n’existe pas. Comme vous le verrez, cela ne signifie pas qu’il n’existe absolument rien. Notre planète existe, mes rêves, l’évolution, les chasses d’eau dans les toilettes, la chute des cheveux, les espoirs, les particules élémentaires et même des licornes sur la lune, pour ne citer que quelques exemples. Le principe qui énonce que le monde n’existe pas implique que tout le reste existe. Je peux donc d’ores et déjà laisser entrevoir que je vais affirmer que tout existe, excepté le monde. »

La subversion annoncée me laisse un peu sur ma faim, la formule ne me satisfait pas en l’état. C’est indéniablement une prise de position à approfondir pour moi.

Qu’y a-t-il au-delà de la formule ?

Je rejoins les développements, mais la définition du monde tel qu’il l’entend me pose question. L’auteur fait par ailleurs écho à des réflexions sur tous les « mondes possibles » (un monde « où » les licornes existent, un autre où je n’aurais pas écrit ce commentaire, etc.), réflexions qui existent déjà dans le domaine de la logique contemporaine. Chaque chose existe, « dans une certaine mesure », ce qui coupe court au relativisme.

> A ce sujet, lire aussi La logique face aux mauvais arguments

Jusque là, il n’innove pas vraiment. Il me semble davantage nier l’idée que l’on puisse parler du monde avec une prétention à l’universalité et à l’absolu, ce qui n’implique pas nécessairement de nier l’existence du monde physique, en tout cas (ou même d’un monde qui mêle du physique et de l’idéel). Si on le suit, il me semble qu’il existe d’ailleurs une ou des pensées de ce monde, et il est possible qu’on puisse accorder au monde une existence en tant que référent, voire signifiant.

La position de Markus Gabriel semble être de dire que « ce concept historique et traditionnel de la philosophie doit disparaître puisqu’il est la cause des errances malheureuses de la pensée occidentale ».

Il dit par ailleurs que ce qui caractérise sa pensée est « le réalisme. L’idée que notre pensée est aussi réelle que les faits de ce qu’on appelle le monde. Pourquoi nier la réalité de la pensée ? Il faut accepter que notre pensée forge une réalité indépendante, au même titre que les autres faits. Une pensée peut être aussi réelle que l’explosion d’un volcan. C’est un motif qui unit tous ces auteurs qui se revendiquent du “nouveau réalisme”. »

> Lire aussi : Markus Gabriel : « tout existe, excepté le monde »

Le fait qu’il y ait un positionnement quasi métaphysique sur une question à propos de laquelle la métaphysique avait été mise un peu sur le carreau demeure surprenant. Il y a une différence entre dire que la question est stérile / indécidable et apporter une réponse négative (à moins qu’elle ait du sens en tant que postulat fertile, ce qui rejoindrait les philosophies pragmatistes, avec donc des fondements de l’ordre de la philosophie pratique, morale). Sachant qu’il s’agit d’un article de presse et non de l’ouvrage de l’auteur, et au vu des développements qui suivent, cela me donne en tout cas l’envie d’approfondir.

Il y a enfin des points discutables, par exemple sur Kant : pour lui, la dignité n’existe pas parce qu’on y croit, c’est un fondement a priori de la morale, un « filtre » constitutif, comme le sont espace et le temps pour la raison pure.

Qu’un article de quelques signes provoque chez moi des recherches et un commentaire de quasi autant de signes, c’est pour moi un excellent signe !

> Découvrir également : France Culture : Pourquoi le monde n’existe pas et le nouveau réalisme de Maurizio Ferraris – Le Manifeste

[Recension] Markus Gabriel : Pourquoi le monde n’existe pas – actu philosophia

« Renouveler de fond en comble les thèmes de base de la pensée, être l’auteur d’une révolution intellectuelle, être celui par qui les écailles tombent, ce sont là des nécessités philosophiques fondamentales, tout au moins dans la présentation. Aucun philosophe ne peut poser sa candidature à l’existence historique simplement en tant que continuateur. Il ne peut être qu’un fondateur, celui qui apporte la lumière et démasque les erreurs séculaires, d’où l’obligation parfois de les amplifier, ces erreurs, de les caricaturer, de les styliser quand ce n’est pas de les inventer, pour se procurer l’objet de la réfutation instauratrice » – Jean-François Revel

Cette recension permet d’approfondir davantage les thèses proposées par le philosophe, tout en les plaçant dans un certain contexte (expliquant peut-être certaines formules « choc » ?).

Il ne s’agit pas d’une « simple » note de lecture : cet article développe par ailleurs une lecture critique de l’ouvrage, tout en s’y référant à plusieurs reprises.

Edgar MORIN – Autonomie ou dépendance de la science

« Husserl avait tenté de faire apparaître comment la « crise des sciences européennes » exprime en profondeur la crise née de l’occultation du sujet qui fait la science. Selon Husserl, seul un retour réflexif sur l’état des sciences peut permettre d’élucider le sens de la crise qui se manifeste jusque dans le domaine politique. L’idée majeure de Husserl est celle du désintérêt des scientifiques pour leur propre subjectivité à l’oeuvre dans leur démarche, c’est-à­-dire du défaut de réflexivité de leur recherche. En d’autres termes, les dits « scientifiques » vident la science de ses propres opérateurs et de leur contexte humain. Cela se ferait au profit d’une forme logique a priori qui permettrait d’inscrire toutes choses, et l’Homme, dans des algorithmes. »

Note personnelle pour des éléments d’épistémologie des sciences dans l’éducation aux médias : rendre une place au sujet humain dans le processus d’élaboration de la connaissance et dans celui d’adhésion ou non à celle-ci (confiance ou méfiance).

Mathias Girel : « Le spectre de la certitude »

DeweyLa quête de certitude, tr. P. Savidan, Paris, Gallimard, 2014.

Alexandre Vialatte disait qu’il fallait toujours « garder un vice pour ses vieux jours ». Il ne s’agissait cependant pas, dans son cas, de rivaliser d’excentricités tardives ou d’entamer à un âge avancé une improbable vie de perdition, mais plutôt d’approfondir avec délices les subtilités de la grammaire et de l’orthographe. La vieillesse de John Dewey (1859-1952) fut également bien sage au fond, même si ses biographes nous expliquent qu’il eut encore assez de vigueur pour adopter un enfant à quatre-vingts ans révolus : elle consista à écrire et publier encore et toujours plus de livres majeurs […]

John Dewey : Reconstruction en philosophie

Reconstruction en philosophie est une œuvre écrite dans les années 1920 par un philosophe étasunien, John Dewey, dont on a peu entendu parler en France. On peut dès lors se demander si ce livre, publié il y a un siècle par un philosophe quasiment inconnu, aura pour nous quelconque utilité. D’autant que l’auteur est considéré comme faisant partie d’un mouvement philosophique qui nous est quelque peu étranger : le pragmatisme.

Pragmatisme et post-vérité : une reductio ad trumpum… – raison-publique.fr

« Plus que jamais, face au triomphe de la foutaise et du cynisme, affirmons les droits de la vérité, de la correspondance des paroles aux faits et aux vertus de la preuve » écrivait récemment le philosophe Pascal Engel en réaction à l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis [1]. Jusque-là et à ce niveau d’extrême généralité, on peut assurément le suivre. Cela devient plus difficile en revanche lorsqu’il écrit ensuite que Trump, que l’on pensait seul visé, est un politique de la « post-vérité » [2] et qu’il serait à ce titre – sur un plan technique – un « pragmatiste ». Non pas au sens où Trump aurait lu des auteurs pragmatistes – tels que Peirce, James ou Dewey – et fait sienne leur philosophie, mais au sens où son dédain pour la vérité exprimerait la signification politique du pragmatisme.

Le théorème de Gödel pour les nuls – La vie est mal configurée

Par David Monniaux

Suite à la publication d’un billet où j’évoquais des mystifications autour des théorèmes d’incomplétude de Gödel, on m’a demandé si je pouvais écrire une présentation « grand public » de ceux-ci. C’est ce que je vais tenter ici, en utilisant le moins possible de notations et de jargon mathématiques.

Comprendre ce que disent les théorèmes d’incomplétude de Gödel demande certaines bases exposées dans cet article, et si vous n’avez pas fait un minimum d’effort pour les acquérir vous ne comprendrez pas ce qu’ils disent. Ce n’est pas un drame, on vit très bien sans.

« Philosophy of Mathematics : Why Nothing Works », par Hillary Putnam

Le débat monisme / pluralisme chahuté | Pierre Cardascia

La pluralité interprétative – Fondements historiques et cognitifs de la notion de point de vue

L’étroitesse d’esprit, le dogmatisme, l’intolérance, le fanatisme sont, à des degrés divers, des formes d’enfermement dans un schéma mental.

Pour y échapper, il faut accéder à la « pluralité interprétative » : devenir capable de « manipuler » ses propres représentations et ses idées pour adopter, au moins temporairement et en imagination, d’autres points de vue que le sien.

Mais quelles sont les bases cérébrales et mentales d’une telle capacité chez l’enfant et chez l’adulte ? À travers quelles formes historiques – culturelles, religieuses, artistiques – s’est-elle incarnée et développée ?

Peut-on l’enseigner aux enfants, et comment ?

J.-M. Counet : « La formalisation de la dialectique de Hegel. Bilan de quelques tentatives »

Hegel – la pensée s’enrichit de la critique

« Menace théoriste », le site de Thomas C. Durand

Esprit critique & Zététique. Articles de fond, études de cas, vidéos, conférences et entretiens…

  • Histoire du scepticisme – Le scepticisme au cours de l’histoire. Avant propos : Je ne suis pas historien et je vais donc vous présenter un regard de non historien sur l’histoire du scepticisme, il y aura donc des approximations, des oublis et – j’espère très peu— d’erreur. Mais ce sera un regard de sceptique pratiquant, donc j’espère que le point de vue que je vais partager avec vous n’est pas dénué d’intérêt. Le scepticisme c’est la doctrine philosophique selon laquelle la pensée humaine ne peut déterminer une vérité avec certitude. Cela vient du grec skeptikos, « qui examine ». Cette idée est formellement exprimée par Pyrrhon d’Elis au 4ème siècle avant notre ère (360–275), avant d’être reprise sous différentes formes par plusieurs philosophes, et notamment Arcésilas de Pitane dans sa Troisième Académie.
  • Histoire du scepticisme – Le scepticisme du XVIIe au XIXe siècle. Les XVIe et XVIIe siècles marquent un véritable renouveau pour la pensée sceptique, longtemps restée marginalisée pendant le Moyen Age. Dès le XVIème siècle Michel de Montaigne (1533 – 1592) développe dans ses Essais un scepticisme qui se caractérise par une bienveillante ouverture d’esprit et une volonté nouvelle pour l’époque de se refuser à toute certitude. La pensée sceptique trouve un terrain fécond à cette époque marquée par une remise en cause des idées développées pendant le Moyen Age. Les grandes découvertes bouleversent la vision que l’homme européen a du monde et le confrontent pour la première fois à l’autre. Les découvertes scientifiques telles que l’héliocentrisme, développé par Nicolas Copernic (1473 – 1543), Galilée (1564 – 1642) et Johannes Kepler (1571 – 1630) poussent de plus en plus de penseurs à se méfier de leur sens et des idées préétablies. C’est de cette méfiance, cette défiance de l’apparence que se nourrit le scepticisme moderne…
  • La violence épistémique . Usez-vous sans le savoir d’une forme de violence dans les débats ? Le discours sceptique est irritant. Tel un solvant universel, il s’attaque aux objets de croyances et même aux récipients qui veulent le contenir (les paradigmes).

CorteX : Esprit critique et sciences – Collectif de Recherche Transdisciplinaire Esprit Critique & Sciences

Le CorteX est un collectif d’enseignement et de recherche en esprit critique et sciences. Il est né en 2010 à l’Université de Grenoble à l’initiative de cinq formateurs professionnels et a pour objectif de mettre à disposition les travaux de tous les acteurs – enseignants, chercheurs, étudiants – travaillant sur un sujet développant le critical thinking, l’esprit critique, quelle que soit leur origine disciplinaire.

D’inspiration zététique – rationaliste, ce site est truffé de ressources intéressantes – et pédagogiques. Il convient selon moi de ne pas nécessairement se positionner en rationaliste / positiviste radical, mais bien d’interroger les croyances et d’être au clair avec ses engagements / postulats / maximes.

Pour moi, il faut être tout aussi dur avec les croyances fallacieuses et pseudovérités qu’avec un rejet radical de ce qu’on ne connait pas. Ce courant étant un pourfendeur du relativisme et de certains dogmatismes, il est d’autant plus intéressant de l’aborder de manière pluraliste, pragmatique (et éventuellement dialectique).

D’un point de vue personnel, j’apprécie beaucoup le point de vue de R. Monvoisin (l’un des membres de ce collectif) selon lequel il convient de se donner les moyens d’apprendre. A la fois, le monde étant riche / complexe, il n’est pas facile d’en avoir une compréhension correcte exhaustive, et à la fois, toute personne qui en fait l’effort peut développer une connaissance fiable d’une partie de la réalité.

Sa thèse est également truffée d’exemples amusants de déconstructions logiques / d’études de cas. Bien qu’assez cynique et malgré tout rationaliste « convaincu », il est enfin au clair avec ses engagements et postulats, desquels il présente les fondements épistémologiques : il s’agit bien de choix primordiaux, que l’on ne peut démontrer mais qui sont utiles au philosophe pragmatique.

Outillage critique – Collectif de Recherche Transdisciplinaire Esprit Critique & Sciences

Outils pédagogiques (scepticisme méthodologique et rationalisme).

Tips and strategies for teaching the nature and process of science

Misconceptions about science

Many students have misconceptions about what science is and how it works. This section explains and corrects some of the most common misconceptions that students are likely have trouble with. If you are interested in common misconceptions about teaching the nature and process of science, visit our page on that topic.

Vérité et épistémologie : liste des articles

Questions d’épistémologie