Lutter contre la haine de l’autre : sortir des jeux sémantiques stériles

Parfois, la volonté de « convaincre » l’interlocuteur engendre des débats sans fin sur les mots, liés à des accusations stériles. De même, certaines querelles (pseudo) factuelles peuvent être interminables tant les interlocuteurs se trouvent parfois dans une posture biaisée de sélection et de réappropriation des faits.

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Or, jouer sur les mots, c’est justement le jeu des extrêmes. En réalité, cela ne sert à rien de multiplier les concepts et les notions. Il faut sortir d’une bataille de sourds sur le sens des mots. Les symboles ont le sens qu’on leur donne en situation.

C’est la mauvaise foi que l’on retrouve exprimée par Claude Guéant ou encore Jean-Marie Le Pen lorsqu’il déclare ceci : « Moi, j’ai dit que la présence des Roms était urticante et odorante. Cela a été un tollé épouvantable ! Je renvoie bien sûr ces cuistres à l’étude du Larousse pour qu’ils regardent la différence qui existe entre odorant et malodorant ». Le Pen utilise « odorant » comme synonyme de « malodorant » (ou du moins cela a été compris comme cela), mais s’en défend en jouant sur les mots. Pourquoi souligner une odeur si celle-ci est « neutre » ?

Cette rhétorique agaçante de grossièreté semble pourtant faire les affaires du FN : la posture de l’incompris, face aux méchants qui veulent les museler et qui interprètent mal leurs propos. « Bon sang, ils sont pourtant limpides, nos propos », feignent-ils.

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Pour trancher, il est important de sortir des querelles sur le sens des mots, des gestes, des symboles ou autre et leur « décryptage » (sémantique) et de considérer ce que les individus interprètent, perçoivent et leurs actes en conséquence, dans un contexte bien défini.

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Ne serait-ce que stratégiquement, il est donc intéressant de ne pas s’éterniser dans des batailles sur le sens des mots, ne pas s’y borner. Une fois encore, l’idée ici est de ne pas se tromper de cible, et de s’en prendre à ce qui est faux, à la haine, à la violence et aux guerres. Il est question de s’attaquer simplisme, au rejet de l’autre et aux comportements destructeurs.

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> Distinction entre sémantique et pragmatique (2014)

Il s’agit donc de prendre en compte non seulement les mots (ou les gestes) et leur sens « lexical », au dictionnaire, mais aussi comment les gens les interprètent, le sens qu’ils mettent derrière.

Cela peut paraître paradoxal : pour sortir des querelles sémantiques stériles, il faut comprendre d’autant plus finement ce dont il est question, et qui est parfois de l’ordre de l’implicite, du non-dit, du « hors-discours ».

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