Didactique, éducation, pédagogie : veille documentaire 2018

Je recense ici des ressources consultées ou découvertes en 2018.

Inconsistance et dangers du culte des différences en pédagogie

Les théories différentialistes du développement cognitif ont incontestablement le vent en poupe et font l’objet d’un intérêt exponentiel. Selon les courants, on évoquera la théorie des intelligences multiples, celle des styles d’apprentissage visuels, auditifs et kinesthésiques, ou encore celle distinguant les élèves dont la pensée serait prétendument orientée par le cerveau gauche de ceux qui s’appuieraient prioritairement sur leur hémisphère droit. Cette tendance pédagogique à catégoriser les apprenants n’est pas neuve: en francophonie, on peut tout au moins la faire remonter à Edouard Claparède qui, constatant les différences interindividuelles en termes d’apprentissages, défendait dès 1920 l’idée d’une « école sur mesure », adaptée aux spécificités de chacun.

L’éducation, les sciences du cerveau, la sociologie

Appuyer la politique éducative sur les sciences, c’est une bonne idée. Le savoir, c’est toujours mieux que l’ignorance. L’ennui, c’est que le ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer semble croire que l’étude par l’IRM fonctionnelle du cerveau apporte les clés essentielles du succès d’une telle politique. D’où la mise en place d’un conseil scientifique de 21 membres où les neuroscientifiques ont une place prépondérante au regard des spécialistes des sciences de l’éducation, de la didactique ou… des sociologues de l’éducation (l’un de ses membres, Franck Ramus conteste cette présentation voir commentaires, avec raison, dont acte).

En 2019, une autre éducation aux médias est possible

Lucas Roxo et Amandine Kervella.

Les relations entre les médias et la population, et par extension l’éducation aux médias, me fascinent depuis que je suis journaliste. C’est pourquoi, depuis 2014, j’interviens dans de nombreux établissements scolaires, des associations, des clubs de prévention, et je participe à de nombreux dispositifs gouvernementaux comme les « résidences de journalistes* ». A priori, je devrais donc avoir rencontré une réelle diversité de profils de « potentiel.le.s complotistes ».

Mais depuis 2014, les ateliers qu’on m’a demandé ont toujours été auprès du même genre de personnes : des jeunes, habitant en quartier populaire, souvent issu.e.s de l’immigration.

Que signifie éduquer au numérique ? Pour une approche interdisciplinaire

Le problème du relativisme dans l’enseignement de la philosophie

Par Dimitri Cunty, professeur agrégé de philosophie au lycée, doctorant: Université de Lorraine – Laboratoire d’Histoire des Sciences et de Philosophie – Archives Henri-Poincaré.

Tout enseignement de la philosophie en classe de terminale doit débuter par déraciner un préjugé tenace chez les élèves en début d’année : le relativisme. Par ce terme, nous entendons la thèse suivante : tout un chacun posséderait son opinion sur les différents objets de la philosophie ; il n’existerait aucun critère objectif permettant de juger si une opinion est meilleure qu’une autre. Ainsi, toutes les opinions se valent. Notre thèse est que la réfutation de ce préjugé est une condition sine qua non pour pouvoir commencer à entreprendre un enseignement de la philosophie. Or, le corpus platonicien affronte explicitement cette problématique et apporte un certain nombre d’arguments pour surmonter cette difficulté. Tout d’abord, nous écartons certaines interprétations erronées de la thèse du désaveu du savoir ainsi que de la maïeutique pour montrer que la démarche socratique ne peut pas justifier un relativisme. Il est ensuite démontré qu’un enseignement relativiste ne peut pas être véritablement appliqué puisqu’il se réfute lui-même. D’où les deux conséquences suivantes : 1) il est possible d’avoir des opinions fausses à propos des objets de la philosophie ; 2) il est possible de réfuter ces opinions fausses au moyen d’arguments. Enfin, la réfutation ne se limite pas à une simple fonction de critère logique de vérité. Elle a aussi une fonction cathartique : en expurgeant les préjugés de l’élève qui empêchent l’exercice de la pensée, ou qui motivent un usage dévoyé des arguments, la réfutation rend possible l’enseignement philosophique.