Didactique, éducation, pédagogie : veille documentaire 2015

Je recense ici des ressources consultées ou découvertes en 2015.

Éduquer aux médias ou imposer la vérité officielle ?

« Ce ne sera pas un cours à part entière, tel que celui de français ou de mathématiques. L’éducation aux médias et à l’information consistera en « un enseignement intégré de manière transversale dans les différentes disciplines », nous annonce le site du ministère de l’Éducation nationale. Concrètement, que cela signifie-t-il ? « À apprendre aux élèves à lire et à décrypter l’information et l’image, à aiguiser leur esprit critique et à se forger une opinion, compétences essentielles pour exercer une citoyenneté éclairée et responsable en démocratie. »

L’objectif est à la fois très ambitieux et… totalement creux. Apprendre à nos chères têtes blondes à réfléchir par eux-mêmes en les plaçant sous le joug de la tyrannie médiatique, il fallait y penser ! Mais rendons tout de même à César ce qui lui appartient, ce n’est pas une initiative du gouvernement actuel. L’éducation aux médias figure depuis juillet 2006 dans le socle commun de connaissances et de compétences que tout élève doit maîtriser en fin de scolarité obligatoire »

L’EMI, une « bonne nouvelle » pour les professeurs documentalistes ?

Par Pascal Duplessis.

Pourquoi réagir aujourd’hui plus qu’hier à un énième article sur le prétendu miracle de la révolution numérique à l’école ? Entre les pages d’ Eduscol, les lettres TIC’Edu, les Traam, le MoocdocTice et jusqu’aux Boussoles du numériques et Ludovia, il y a pourtant mille et une occasions de marquer sa distance vis-à-vis de la massive online stratégie de l’institution consistant à précipiter « l’école dans l’ère du numérique », à moins qu’il ne s’agisse de faire entrer – par tous les moyens possibles – l’économie numérique dans l’école. Cette stratégie est le fait d’une institution (pourtant) publique qui semble pressée d’en finir avec le modèle humaniste de l’école française.

Non, c’est un humble article de collègues[1] récemment publié sur docpourdocs qui provoque cette réaction et m’incite à appeler à la prudence, au risque de passer en l’occurrence pour retardataire ou technophobe, puisque aujourd’hui, tout discours appelant à prendre le temps de l’examen est qualifié de négatif.

En 2014, j’ai écrit « Faut-il imposer le numérique en éducation », ainsi que « Sur la réflexivité dans les pratiques d’éducation aux médias et à l’information » (Mediadoc, 2014).

Il y a des enjeux à penser les différentes mutations et évolutions des sociétés contemporaines : médias et technologies (numériques ou non), interculturalité, valeurs (citoyenneté, démocratie, etc.), langages, etc. (quelle que soit la forme que prennent les dispositifs visant à y éduquer, bien que le débat soit aussi très important).

De plus, je pense que les compétences info-documentaires sont effectivement une excellente base pour réfléchir à une « éducation à l’information » (j’ai d’ailleurs coécrit un article avec Akémi Roberfroid, intitulé « Journaliste et documentaliste : quelle complémentarité ? »). Une éducation à l’info-doc qui ne serait qu’une éducation aux usages de la presse me semblerait sérieusement lacunaire, par exemple.

Cependant, je rejoins Pascal Duplessis dans plusieurs de ses inquiétudes et réserves quand celui-ci pointe des repères flous, parfois fourre-tout, accompagnés d’effets de mode pédagogiques (et politico-institutionnels, témoignant parfois de conflits territoriaux entre les acteurs de terrain, revendiquant tous leur part du gâteau). Surtout dans la mesure où il invite à prendre du recul. Déjà en 2012, j’attirais l’attention sur « Les apprentis sorciers de l’éducation aux médias » qui s’engouffrent dans des pratiques hasardeuses, inefficaces ou encore marquées d’un parti pris flagrant à l’égard des technologies et leurs usages.

En effet, si l’éducation aux médias (et à l’information) consiste à remplacer les idées reçues des apprenants par celles des enseignants ou du pouvoir en place, selon moi elle passe tout-à-fait à côté de ses enjeux. Mais bon, quand une Ministre laisse entendre qu’elle va allouer des budgets (ce n’est pas tous les jours, il faut le reconnaitre), l’occasion est trop belle, sans doute…

A ce niveau, je crois néanmoins que les professeurs documentalistes, dont le statut relativement hybride occasionne des difficultés de terrain, notamment au niveau de la reconnaissance institutionnelle, sont loin d’être les premiers concernés.

> Lire une réponse des auteures de l’article auquel Pascal Duplessis a entendu réagir

Dossier : les apprentis sorciers de l’éducation aux médias

Albert Jacquard – L’intelligence

Une vision de l’intelligence constructiviste et existentialiste, étude de cas intéressante dans le cadre du cours de Philosophie et éthique de la communication.

Présupposés moraux en éducation et en journalisme

Faut-il interdire le smartphone à l’école ?

C’est une question qui taraude beaucoup de parents et d’enseignants : faut-il interdire le smartphone à l’école ? Je ne vais pas vous faire attendre : la réponse est… oui !

Du moins s’il faut en croire une étude réalisée par le Centre pour la performance économique de la London School of Economics, pas la première haute école venue. C’est le Guardian qui en parle, le journal britannique le plus ouvert au numérique. Ce n’est donc pas un truc de vieux réacs technophobes.

Les deux études citées dans l’article :

Faut-il interdire les smartphones à l’école ?

Site de Philippe Meirieu : Cours de philosophie de l’éducation

Ce cours et les textes qui l’accompagnent peut être utilisés par des étudiants en sciences de l’éducation et, plus globalement, en sciences humaines. Ce sont également des documents utilisables en formation initiale et continue des métiers de l’éducation (enseignement, cadres éducatifs, travailleurs sociaux, etc.).

Les textes d’illustration présentés ici peuvent être complétés opportunément par les textes présentés dans le chapitre « Textes du patrimoine pédagogique ».

Plusieurs chapitres recoupent, nuancent ou prolongent des éléments que j’aborde dans mon cours sur les enjeux philosophiques (épistémologiques et éthiques) des médias et de l’éducation aux médias (anciennement intitulé « Cours de philosophie et éthique de la communication »).

Enjeux épistémologiques et éthiques des médias et de l’éducation aux médias

« Les éducations à » : Actes du Colloque International de Rouen

Certaines interventions de ce colloque fournissent également des réponses et approfondissements – parfois explicitement – à un article d’Alain Beitone que j’avais recensé ici.

Alain Beitone : « Education à… Ya Basta ! » (2014)

Metacognition: Nurturing Self-Awareness in the Classroom

« When students practice metacognition, the act of thinking about their thinking helps them make greater sense of their life experiences and start achieving at higher levels ».

« L’efficacité et l’équité des systèmes éducatifs sous l’angle du curriculum prescrit dans une approche par compétence »

Regard sur la situation belge francophone.

Par Marc Demeuse, Natacha Duroisin, Sabine Soetewey et Antoine Derobertmasure

À côté des recherches portant sur l’efficacité et l’équité des systèmes éducatifs à travers des comparaisons statistiques internationales ou l’étude des flux d’élèves au sein des systèmes éducatifs, il est possible de prendre en compte ces deux grandes dimensions à travers l’analyse des documents curriculaires. C’est ce que propose cet article dans un contexte très particulier, celui de la Belgique francophone où les programmes d’études, bien que cadrés par des textes communs, jouissent d’une très grande liberté dans leur conception. La thèse principale qui est développée ici postule que cette liberté, si elle existe bien, n’est sans doute pas un facteur favorisant efficacité et équité dans un système éducatif encore relativement peu régulé.

Recherches en éducation – Des élèves et des savoirs à l’ère numérique : regards croisés

Entre fascination et rigueur scientifique : les dérives des neurosciences | Canadian Education Association (CEA)

Dans cet article, les deux auteures portent un regard critique sur l’important développement des neurosciences, depuis quelques décennies, grâce notamment à l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, et sur les dérives qui en découlent. Selon elles, les tests effectués grâce à ces appareils d’imagerie cherchent à apporter une brique de plus dans la construction des hypothèses de psychologie cognitive, qui reste la base théorique des expérimentations. Elles affirment que les chercheurs neuroscientifiques et les chercheurs en éducation ont un devoir éthique vis-à-vis de la société de communiquer clairement sur leurs recherches et leurs limites, et les acteurs du système éducatif doivent de leur côté être suffisamment informés pour éviter toute dérive préjudiciable aux élèves.

Métacognition et réussite des élèves – Les Cahiers pédagogiques

Suffit-il de mettre les élèves en activités en classe pour qu’ils s’approprient les savoirs, savoirs faire sur lesquels est construite la séance qui leur est proposée ? L’analyse ergonomique des situations d’apprentissage scolaire amène à être très réservé dans la réponse. En effet, quels que soient les modalités pédagogiques, les supports didactiques prévus, un constat s’impose : les enseignants n’arrivent pas toujours à atteindre les objectifs visés.

L’enseignement ou la nouvelle Nef des fous… Quelle galère !

Il y a une quinzaine d’années [en Belgique francophone, ndlr], le paysage de notre enseignement a été bouleversé par l’adoption d’une nouvelle pédagogie dite « approche par compétences » (APC).

Il n’est plus possible aujourd’hui de consulter un document pédagogique destiné aux professeurs sans retrouver, à chaque page et parfois même plusieurs fois sur la même page, ce terme de « compétence ». Le décret qui nous a fait entrer dans l’ère de l’APC est le fameux « Décret définissant les missions prioritaires de l’enseignement » (voté en 1997).

Voir aussi l’article cité : « Dangers, incertitudes et incomplétude de la logique de la compétence en éducation ».

Article intéressant sur plusieurs points.

Sujet tellement vaste et complexe, que je traite en partie dans plusieurs articles de ce site.

Enseignement : liste des articles

… Et à la fois que je contrebalance en utilisant le vocabulaire des compétences et les arguments didactiques sur lesquels « l’approche » (pour peu qu’il n’y en ait qu’une) peut se reposer, notamment dans Les apprentis sorciers de l’éducation aux médias ou encore dans Enjeux philosophiques des médias et de l’éducation aux médias.

En très – trop – bref et caricatural (par rapport à cet article qui mérite mieux) :

  • Sur le risque de marchandisation croissante de l’école, j’adhère.
  • Sur l’absence de fondements logiques, scientifiques ou empiriques en-dehors du monde entrepreneurial, je suis moins d’accord.
  • Sur le fait de considérer qu’il n’y a qu’une seule approche uniforme des compétences – grosso modo, les pédagogies dites « actives », « par projets », etc., et ce au détriment de « savoirs » -, je suis assez en désaccord, même si ce sont celles qui semblent implicitement le plus mises en avant. On peut opter pour une pluralité de contenus et de méthodes tout en s’inscrivant dans certaines logiques sous-jacentes des approches par compétences.