« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils sont morts dans d’atroces souffrances en essayant »

Cette phrase vue aujourd’hui en commentaire sur le mur Facebook d’un ami m’a rappelé mon sentiment mitigé lorsque je découvre un énième slogan volontariste partagé sur LinkedIn – notamment.

« Chaque corps sur l’Everest a été un jour une personne EXTRÊMEMENT motivée ».

Si vous connaissez l’auteur de cette citation qui pastiche celle de Mark Twain, je suis preneur.

Ci-dessous, je vous partage une sélection d’images vues et/ou partagées sur Linkedin.

Slogans volontaristes partagés notamment via LinkedIn.

Elles semblent témoigner d’une idéologie volontariste : « chacun est (seul) responsable de sa réussite, et pour cela il suffit de le vouloir – d’avoir des rêves de standards élevés – et de bosser en ce sens, avec le sourire (parce que oui en plus c’est la clé du bonheur) ». C’est plus important de vouloir réussir que de réussir. Les « perdants » sont surtout ceux qui ne témoignent pas assez de cette volonté (à travers leurs rêves, leur dévouement au travail, leur « positive attitude », etc.).

Il serait intéressant de compiler un échantillon significatif des statuts partagés par les membres de Linkedin, afin d’évaluer la place de ces opinions volontaristes aux allures profondes.

En voici d’autres :

Ces slogans colportent l’idéologie que le succès dépend uniquement du travail et de la volonté (« persistence », « dedication »…) malgré les échecs (contextuels).

Il s’agit généralement de raisonnements fallacieux, comme le montre cette image illustrant le « biais du survivant ».

Via XKCD (Source)

Linkedin n’est pas Facebook : « keep it professional », rappellent les professionnels donneurs de leçons (ou donneurs de leçons professionnels ?).

Pourtant, l’usage des statuts semble similaire lorsqu’il consiste en une mise en scène de soi valorisante dans un contexte spécifique… Autrement dit, le fait de partager ou réagir à de tels slogans serait une manière de se positionner dans l’espace social, envoyant notamment le message que l’on partage certains « codes » (un certain habitus ?) avec un certain champ « culturel ». Et cela n’atteste au final en rien de compétences effectives (outre celles à se conformer à un type de marketing), de capacités d’apprentissage, de propensions à la socialisation ou du contenu d’un quelconque travail.

Le coté malsain de la réputation

Tout cela mériterait bien sûr de faire l’objet d’observations plus poussées, et probablement de nuances.

Les revers de la médaille sont que cela fait porter une grosse responsabilité aux travailleurs, et plus largement aux individus, notamment par rapport à leurs « échecs » (à ce qui est considéré comme tel), à leurs difficultés, voire à la perte de motivation en résultant (on peut échouer, mais on ne peut jamais cesser de vouloir réussir, perdre de vue ses objectifs, se crever pour les atteindre). Cela met également de côté les inégalités évidentes qui conditionnent en partie le « succès », tout en alimentant une culture compétitive malsaine. Enfin, et c’est peut-être le pire à mes yeux, cela sous-entend une certaine idée (superficielle ?) de ce qu’est le « succès », la « réussite ».