La campagne électorale par les individus – “les clics des fans”

Depuis le 25 février 2014, la campagne électorale « médiatique » est officiellement lancée, avec pour conséquence pour les médias « traditionnels » de respecter un certain équilibre dans le traitement journalistique des différents candidats.

Si les dépenses électorales et les temps de parole sont minutieusement comptabilisés durant les trois mois précédant le scrutin, les femmes et les hommes politiques ont bien conscience qu’ils sont aujourd’hui évalués en fonction de leur communication tout au long de leurs mandats, d’autant plus à l’heure des réseaux sociaux.

C’est ainsi qu’en octobre 2013, le Premier Ministre s’est livré à un exercice consistant à répondre en direct aux tweets des internautes avec le hashtag #DemandeàElio. Un coup de com’ qui mise à la fois sur la transparence et sur la proximité. Durant plusieurs mois, il était possible de suivre la météo sur Facebook et Twitter, en étant abonné non pas à Luc Trullemans, mais à Didier Reynders. Coté présidents de partis, Emily Hoyos et Olivier Deleuze (avec leur page Facebook partagée), Paul Magnette, Olivier Maingain ou encore Charles Michel optent pour un ton plus solennel, oscillant entre un compte-rendu « transmissif » des événements de leur tournée électorale, ou encore via des articles de fond. Fidèle à la « stratégie » (?) web adoptée par Joelle Milquet, Benoit Lutgen demeure peu présent sur les réseaux sociaux. Ayant moins de poids électoral actuellement, le PTB-Go peut quant à lui compter sur des propos fortement engagés et des interactions plus nourries avec ses sympathisants, via une pluralité de porte-drapeaux.

Alors que des inconnus obtiennent une grande notoriété à moindre budget, ou encore que certains « parias » autoproclamés de la presse traditionnelle jouissent d’une large tribune sur Youtube ou d’autres réseaux sociaux, le potentiel de la communication web fait probablement rêver de nombreux politiciens, là le temps de parole est virtuellement illimité.

Les partis sont également représentés du point de vue institutionnel, par des comptes nationaux et/ou locaux, dont l’activité a décuplé ces derniers temps. Avec plus de 32000 « fans » sur Facebook,  le PS obtient plusieurs centaines de partages et de « j’aime » à chacun de ses statuts. Le MR compte quant à lui plus de 12000 fans, avec une communication et des impacts similaires, tandis qu’Ecolo obtient près de 7000 fans, quasiment ex-æquo avec le PTB-Go. A la traine, le CDH compte 2000 fans. Notons qu’Ecolo et le Cdh viennent de fusionner leurs pages locales respectives. Quant au FDF, il dispose de plusieurs pages Facebook éparses recueillant chacune une poignée de fans, et liées la plupart du temps à une commune dans laquelle le parti est plus ancré (Situation en mars 2014).

Aimer/commenter/partager

Il serait hasardeux de jouer à Madame Soleil en se basant sur ces données pour prédire les résultats des urnes. On sait qu’un enjeu crucial de la communication électorale, ce sont les abstentionnistes et les indécis. De fait, il est peu probable qu’un partisan change d’opinion en cours de route, d’autant plus s’il se fait le porte-parole de son parti. Une chose qui change la donne avec Internet, c’est qu’un nouvel espace de participation citoyenne s’est ouvert. Chacun peut partager sa propre opinion, ou encore rediffuser et recommander en son nom les messages du parti ou de la personnalité qu’il soutient, et ainsi toucher ses pairs, ce qui peut être beaucoup plus efficace qu’une communication dont seuls les décideurs se rendraient responsables.

Mais c’est alors que les réseaux sociaux se transforment en gigantesques champs de bataille partisans entre supporters, comme lors de repas de famille un peu trop arrosés. Sur les sites d’info traditionnels, la question des commentaires des internautes est d’ailleurs récurrente, sachant les dérives observables dans ce qui s’apparente parfois à des déversoirs pour trolls. Certains y voient le lieu pour exprimer des propos qu’ils ont la sensation de devoir taire injustement, éventuellement sous couvert d’un courageux anonymat. Coïncidence ? Depuis début mars 2014, le site de La Libre oblige les commentateurs à revêtir leur identité réelle via leur compte Facebook.

L’effet sur les publics demeure difficilement perceptible. Comme dans les repas de famille, il est probable que beaucoup ferment les yeux et les oreilles à ce que braillent les deux oncles en désaccord, qui n’arriveront eux-mêmes probablement jamais à se convaincre mutuellement…

> Pour aller plus loin, une chronique et des liens proposés par Alain Gerlache.