Comment expliquer le zèle de certaines personnes écrasées par le système à défendre ceux qui les dominent ?
Pourquoi des individus préfèrent-ils taper sur plus petits qu’eux plutôt que de voir ceux qui les exploitent vraiment ?
Comment expliquer que des personnes ayant milité pour une justice hyper répressive défendent des criminels condamnés lorsqu’il s’agit d’une certaine élite ? Pourquoi des oppresseurs puissants semblent-ils bénéficier d’une certaine clémence, non seulement au niveau de la justice pénale, mais aussi au niveau de l’opinion publique ?
Pourquoi tant de gens semblent-ils enclins à défendre, voire soutenir, des dirigeants belliqueux ?
Comment expliquer que des citoyennes et citoyens se laissent sermonner sur la valeur travail par des gens qui ont toujours eu le cul dans le beurre ?
Critiquez les dérives de la spéculation financière et faites-vous traiter de jaloux. Pourquoi le mythe méritocratique a-t-il encore tant de succès, allant jusqu’à justifier le patrimoine de multimilliardaires ?
Disclaimer : veuillez noter que le propos ici n’est pas de dire que toute élite est nuisible – j’ai même rédigé des propos en un sens contraire, mais de chercher à comprendre la propension à défendre ou soutenir des individus spécifiques lorsque ceux-ci sont identifiés comme une élite, y compris lorsque ceux-ci adoptent des comportements nuisibles.
La psychologie sociale nous permet d’éclairer ce mystère de plusieurs manières.
Biais cognitifs, effet de halo et confort psychologique et moral
Notre « temps de cerveau disponible » est une ressource limitée. De ce fait, nous filtrons les informations que nous recevons, de manière souvent inconsciente, afin de nous permettre d’agir de la façon la plus pertinente possible dans le monde. Autrement dit, notre cerveau emprunte des « raccourcis » (c’est ce que l’on appelle des biais cognitifs) pour nous aider à prendre des décisions (cette précision est importante car elle invite à considérer que pour accompagner un individu dans la remise en question d’une opinion, il est pertinent de comprendre les conséquences de cette opinion sur les décisions qu’il prend. Ce qui compte, ce n’est pas l’opinion en tant que telle, mais ce que l’on fait sur base de celle-ci).
Un biais cognitif est une déviation dans le traitement cognitif d’une information. Le terme biais fait référence à une déviation de la pensée logique et rationnelle par rapport à la réalité (Wikipédia – Biais cognitif).
Face à un monde complexe où les réponses sont souvent loin d’être évidentes, notre cerveau préfère souvent le confort de la certitude à une remise en question coûteuse, voire douloureuse. L’attrait pour les explications simples (cf. Besoin de clôture cognitive – Need for closure – Arie Kruglanski infra) en résulte : une explication simple résoud l’angoisse face à un monde complexe, elle apporte une réponse qui nous permet de « clôturer le sujet » dans notre tête.
Closure or need for closure (NFC), used interchangeably with need for cognitive closure (NFCC), are social psychological terms that describe an individual’s desire for a clear, firm answer or peaceful resolution to a question or problem to avert ambiguity (Wikipedia (en) – Closure (psychology)).
L’effet de halo (Edward Thorndike ; Solomon Asch) est un exemple de raccourci permettant de comprendre l’admiration pour les personnes puissantes : quand une personne a une qualité saillante (exemples : sa réussite, sa richesse), nous avons tendance à lui en attribuer d’autres (exemples : compétence, intelligence).
Une caractéristique jugée positive à propos d’une personne ou d’un groupe de personnes a tendance à rendre plus positives les autres caractéristiques de cette personne, même sans les connaître (et inversement pour une caractéristique négative) (Wikipédia – Effet de halo).
Joseph Henrich parle aussi d’un biais de prestige, où l’on valorise le statut social plutôt que le fond. Ainsi, on valorise volontiers le fait de porter un beau costume, d’avoir une orthographe irréprochable, l’apparence physique ou même la célébrité… Et on les associe avec des caractéristiques positives comme l’intelligence, la compétence, etc.
La dissonance cognitive (Léon Festinger) et le concept d’escalade d’engagement (Barry Staw) sont également éclairants quant à la difficulté à appréhender la réalité pour ce qu’elle est.
En psychologie sociale, la dissonance cognitive est la tension interne propre au système de pensées, croyances, émotions et attitudes (cognitions) d’une personne lorsque certaines d’entre elles entrent en contradiction les unes avec les autres (Wikipédia – Dissonance cognitive).
Cette dissonance cognitive est désagréable, et donc nous tâchons de l’éviter. A défaut parfois d’avoir le pouvoir de résoudre la situation qui nous crée un sentiment de dissonance, c’est le sentiment de dissonance que nous éliminons en modifiant notre regard sur la situation, en choisissant de la voir autrement que ce qu’elle est.
De plus, quand on a soutenu quelqu’un ou qu’on a engagé ses croyances/son temps/son énergie, voire milité, au plus on s’est engagé, au plus c’est difficile de revenir dessus. Il est facile de changer d’avis pour de « petites choses » du quotidien, mais beaucoup moins lorsque nous avons basé des décisions sur des croyances. C’est une des raisons pour lesquelles il est difficile de changer d’avis sur le terrain politique, par exemple.
Le biais d’escalade d’engagement […] décrit un certain type de comportement humain : un groupe ou un individu continue de prendre des décisions allant dans le sens d’une décision initiale […] Par ce biais cognitif, l’acteur maintient des comportements irrationnels qui s’alignent sur les décisions et actions précédentes (Wikipédia – Escalade d’engagement).
Il y a un coût à dire « je me suis trompé », surtout si je me suis engagé dans une direction pendant des années. C’est particulièrement vrai à propos de croyances qui ont influencé nos comportements éducatifs (comment on a élevé nos enfants), sociaux (comment on s’est comporté avec les autres, qui on a soutenu), professionnels (les choix de carrière que l’on a faits), et a fortiori dans les sphères politisées, prosélytes ou militantes… Au lieu de reconnaître ses torts, le cerveau va souvent chercher à rationaliser. Se remettre en question demande un certain coût cognitif et psychologique et peut même engendrer un inconfort moral (par exemple si on se rend compte que l’on a causé du tort), et ce d’autant plus si on a basé une partie de notre vie sur certaines croyances.
> A propos de liens entre biais cognitifs et circulation d’idéologies, cf. aussi mon article pour comprendre la circulation des thèses réactionnaires
Croyance en un monde juste, méritocratie et légitimité du système
Les individus ont tendance à croire qu’il existe une sorte de justice transcendantale, que les choses arrivent « pour une bonne raison » et que l’on obtient ce que l’on mérite. C’est ce que désigne le concept de croyance en un monde juste (Melvin Lerner) : on se dit qu’il y a une justice immanente (exemple : karma) et que chacun mérite ce qui lui arrive d’une certaine manière.
L’hypothèse du monde juste est la tendance à considérer des événements produits ou attendus comme les conséquences d’une force universelle restaurant l’équilibre moral. Cette croyance implique généralement l’existence d’une force métaphysique : équilibre ou justice cosmique, destin, providence, etc. Elle peut aisément être la cause de sophismes, de rationalisation comme le blâme de la victime pour son propre malheur (Wikipédia – Croyance en un monde juste).
A celà s’ajoute l’erreur fondamentale d’attribution (Jones et Castro ; Lee Ross) :
L’erreur fondamentale d’attribution est un biais psychologique qui consiste à accorder une importance disproportionnée aux caractéristiques internes d’un agent (caractère, intentions, émotions, connaissances, opinions) au détriment des facteurs externes et situationnels (faits) dans l’analyse du comportement ou du discours d’une personne dans une situation donnée. À l’inverse, ce biais nous incite à considérer les facteurs externes et situationnels parfois de manière disproportionnée par rapport aux caractéristiques internes quand nous sommes à l’origine de la situation (Wikipédia – Erreur fondamentale d’attribution).
Autrement dit, on va avoir tendance à penser que ce qui arrive à autrui résulte de caractéristiques internes plutôt qu’à des causes externes, contextuelles. Et donc, à se dire que si une personne a accumulé de la richesse, c’est parce qu’elle est travailleuse, intelligente ou compétente, et non qu’elle a eu de la chance, bénéficié d’aides externes ou simplement hérité. C’est aussi ce qui justifie le Victim blaming :
Le victim blaming ou le fait de blâmer la victime, est une attitude qui consiste à tenir les victimes d’une agression ou d’une injustice pour responsables de ce qu’elles ont subi (Wikipédia – Victim blaming).
Plutôt que de s’attarder sur les facteurs externes ou situationnels (la situation d’agression, l’agresseur, le contexte), l’attitude privilégiée est de blâmer la victime. En somme, les individus seraient les premiers responsables de ce qui leur arrive, en bien comme en mal.
La Théorie de la justification du système (John Jost) va également dans ce sens : quand un système est établi, pour réduire la dissonance cognitive (cf. supra) et garder un sentiment de prévisibilité du monde, on préfère se dire que le système est légitime. Se dire que l’on vit dans un système injuste crée un sentiment désagréable que l’on préfère résoudre en niant les faits. De plus, un système injuste et arbitraire n’est pas prévisible, on n’a pas de sentiment de contrôle dessus. Dès lors, on préfère se dire que le système est juste. Ainsi, certaines personnes estiment qu’il doit être juste qu’un milliardaire gagne dix mille fois plus qu’elles (il doit avoir du mérite, du talent, il s’est « fait tout seul »…), même s’il leur faudrait 27 ans pour gagner le montant que celui-ci engrange en une seule journée.
Les gens s’engagent dans la justification du système (ainsi que dans d’autres formes de rationalisation) afin de faire face et de s’adapter à des réalités injustes ou déplaisantes qui apparaissent inévitables (Jost et Hunyady, 2002, cités dans Wikipédia – Théorie de la justification du système).
> A propos du sentiment de dissonance ressenti dans le fait de vivre dans un système qui « va droit dans le mur », cf. aussi mon article Dissonance (2024). Dissonance. C’est ce que l’on ressent lorsque l’on sait que le monde marche sur la tête, mais que malgré tout, on continue à faire comme si on ne le voyait pas.
Ces biais impliquent le succès de discours volontaristes ou méritocrates fallacieux qui « vendent » au peuple que chacun occupe la place qu’il mérite dans le système.
> A propos de méritocratie, cf. aussi Ce à quoi j’adhérais quand j’avais 20 ans et comment j’ai changé d’avis (2025) et Du volontarisme à la culpabilisation des individus : des idéologies qui nous aliènent (2018)
Groupe, identité et cohésion sociale
Pour certains individus, attaquer un leader identifié du groupe revient à attaquer le groupe, et donc cela attaque leur propre identité. Notre identité est quelque chose de social, elle se construit en référence à un groupe d’appartenance, à travers des catégorisations et des comparaisons (biais pro-endogroupe, Théorie de l’identité sociale – Henri Tajfel).
Souvent, les gens défendent « leur camp », pas la vérité. C’est le fameux « nous contre eux » que l’on désigne sous le terme « biais pro-endogroupe » (manifestation d’une préférence pour ce qui se rapporte à notre propre groupe plutôt qu’à un autre groupe, l’exogroupe).
Selon Tajfel et Turner, la condition nécessaire et suffisante à l’émergence du biais pro endogroupe [est] la simple catégorisation des individus en deux groupes distincts […] L’existence de deux groupes et l’appartenance à l’un d’eux suffit à entraîner chez les membres la tendance à favoriser son propre groupe en discriminant celui auquel il n’appartient pas […] Le biais pro endogroupe est inhérent aux relations intergroupes, qu’elles soient conflictuelles ou non (Wikipédia – Théorie de l’identité sociale).
Dans Le bouc émissaire (1982), René Girard écrit par ailleurs :
« Le meilleur moyen de se faire des amis dans un univers inamical, c’est d’épouser les inimitiés, c’est d’adopter les ennemis des autres. Ce qu’on dit à ces autres, dans ces cas-là, ne varie jamais beaucoup : nous sommes tous du même clan, nous ne formons qu’un seul et même groupe, puisque nous avons le même bouc émissaire ».
Le bouc émissaire (René Girard) a la fonction de fédérer le groupe, d’augmenter sa cohésion. Il canalise aussi l’énergie « négative » du groupe avec une fonction cathartique, comme un paratonnerre, en étant désigné comme la cause de tous les problèmes. A une autre échelle, on peut expliquer les phénomènes de harcèlement scolaire avec cette grille de lecture : en stigmatisant une victime « exclue » du groupe, qui n’est pas « comme nous », le groupe exprime ses normes et trouve de quoi déverser ses tensions.
A cela s’ajoute l’attrait pour les explications simples (Besoin de clôture cognitive – Need for closure – Arie Kruglanski) que nous avons mentionné plus haut. Cet attrait s’explique car il résoud l’angoisse face à un monde complexe (besoins de certitudes).
Closure or need for closure (NFC), used interchangeably with need for cognitive closure (NFCC), are social psychological terms that describe an individual’s desire for a clear, firm answer or peaceful resolution to a question or problem to avert ambiguity (Wikipedia (en) – Closure (psychology)).
Avec l’idée que les gens sont responsables de ce qui leur arrive et la théorie de justification du système, le phénomène de bouc émissaire et le besoin de clôture cognitive permettent aussi de comprendre les comportements qui stigmatisent des catégories de population comme les chômeurs, par exemple, plutôt que de s’en prendre aux élites. Chacun a mérité sa place dans la société. C’est donc que les uns sont des fainéants et les autres sont talentueux.
En somme, afin d’éviter de se confronter au sentiment d’impuissance que l’on peut ressentir face à un monde complexe et injuste (cf. besoin de clôture, dissonance, croyance en un monde juste, justification du système), et pour ne pas remettre en cause l’ordre du groupe et défendre « leur camp » (identité sociale), les individus vont donc généralement préférer des explications simples qui reportent la culpabilité sur des boucs émissaires. De plus, ces explications portent souvent en elles la promesse d’une restauration, d’une revanche ou d’un rétablissement de la justice, et nourrissent de ce fait le sentiment de contrôle de la situation.
Valorisation de la dominance, brainwashing et normes sociales
Les phénomènes préalablement décrits peuvent compter sur les renforts de normes sociales bien installées et alimentées (à ce sujet, lire aussi : Mener le débat : éléments de rhétorique médiatique (2024) et Guerre(s) et philosophie (2015)).
Il y a des terreaux socioculturels plus ou moins favorables à la valorisation de la puissance, de la dominance, de la hiérarchie. Dès lors qu’il est normal d’avoir une certaine tolérance pour l’agressivité et le recours à la force, pour la violence, la soumission à l’autorité et le conventionnalisme (le fait d’adhérer aux valeurs conventionnelles), il est donc normal de défendre des personnalités qui manifestent ces traits.
L’admiration pour les puissants est un phénomène qui a été étudié : certaines personnes sont d’ailleurs plus enclines à avoir un attrait pour la dominance sociale (attrait pour une forte hiérarchie, l’ordre, l’autorité, Théorie de la dominance sociale – Jim Sidanius et Felicia Pratto) ou pour les profils autoritaires et dominants (Personnalité autoritaire – Theodor W. Adorno ; Bob Altemeyer). Cela s’appuie sur des mythes légitimateurs :
Les mythes légitimateurs sont l’ensemble des normes, valeurs, croyances, idéologies, attitudes et stéréotypes socialement partagés. Ces mythes viennent réguler les mécanismes d’oppression […] De ce fait, les mythes de l’ensauvagement, du grand remplacement, de la méritocratie servent des idéologies racistes et élitistes qui vont favoriser le système de domination sociale (Wikipédia – Théorie de la dominance sociale).
Je me permets ici une analogie un peu extrême, mais c’est comme si nos esprits étaient « colonisés » – toute mesure gardée, au sens où c’est comme s’il y avait une intériorisation d’un sentiment d’infériorité des personnes dominées face aux individus qui les dominent. Frantz Fanon décrit cette « colonisation des esprits » avec le concept de Mentalité coloniale :
A colonial mentality is the internalized attitude of ethnic or cultural inferiority felt by people as a result of colonization, i.e. them being colonized by another group. It corresponds with the belief that the cultural values of the colonizer are inherently superior to one’s own (Wikipedia (en) – Colonial Mentality).
Comme le dit mon ami Yvan Tchanga dans un échange privé dans le cadre de la rédaction de cet article, il convient toutefois de manier ce terme avec des précautions :
Il s’agit d’un mot tellement chargé d’histoire qu’il faudrait un travail de contextualisation pour en saisir les tenants et aboutissants. A l’origine, cela s’applique dans un contexte de racialisation (dans la lignée des travaux de Mignolo, Wynter, Grofoguel, Dussel, Quijano…) et l’extrapolation à la simple dichotomie dominant/dominé sans la prise en compte de cette composante me semble délicate.
La similitude que je perçois, c’est qu’à travers la croyance en un monde juste et avec la valorisation de la dominance, la hiérarchie et l’autorité, on va jusqu’à estimer que « chacun mérite sa place », y compris si l’on est victime d’une situation de domination, et ce même si ça doit aller jusqu’à intérioriser un sentiment d’infériorité. Le terme de mentalité coloniale étant chargé d’histoire, nous pourrions en tout cas parler d’un sentiment d’infériorité intériorisé chez les personnes victimes d’une situation de domination.
La visibilité et la célébrité renforcent ces attraits pour les élites (Robert Zajonc, effet de simple exposition et Effet de vérité illusoire) :
L’effet de vérité illusoire (aussi connu comme l’effet de validité, l’effet de vérité ou l’effet de réitération) est la tendance à croire qu’une information est correcte après une exposition répétée (Wikipédia – Effet de vérité illusoire).
Certains politiciens et/ou propagandistes l’ont malheureusement bien compris : un mensonge répété plusieurs fois est parfois plus « rentable » électoralement parlant qu’une vérité ! De manière plus générale encore :
L’effet de simple exposition est un biais cognitif qui se caractérise par une augmentation de la probabilité d’avoir un sentiment positif envers quelqu’un ou quelque chose par la simple exposition répétée à cette personne ou cet objet. En d’autres termes, plus on est exposé à un stimulus (personne, produit de consommation, lieu, discours, etc.), plus il est probable qu’on l’aime (Wikipédia – effet de simple exposition).
Le simple fait de voir souvent une personne s’exprimer peut nous la rendre sympathique, et le fait d’entendre souvent une idée ou un thème a une influence sur notre perception de ce thème (cf. framing et agenda setting). C’est l’une des raisons pour lesquels le cadrage des débats – y compris au niveau des thèmes des échanges et des personnes que l’on invite à débattre, que l’on convoque ou que l’on mentionne est une composante primordiale de la rhétorique contemporaine (Cf. Mener le débat : éléments de rhétorique médiatique (2024)).
Evoquons enfin les normes sociales, le processus de normalisation des idées et la contagion émotionnelle, ou encore la fenêtre d’Overton :
Une norme sociale est un ensemble de règles de conduite accepté et appliqué par la plupart des membres d’un groupe social donné. Chacune de ces règles peut, dans ce groupe, être tacite ou non. L’acceptabilité d’une telle norme par un groupe est liée à ses habitudes, ses valeurs ou croyances partagées et aux différentes formes possible de contrôle social […] Les normes sociales permettent d’évaluer combien une « manière de faire » ou une « manière d’être » est socialement acceptables parce que conformes aux attentes, ou combien elles sont jugés déviants. Elles traduisent les valeurs et les idéaux dominants d’une société ou d’un groupe (Wikipédia – Norme sociale).
La fenêtre d’Overton, aussi connue comme la fenêtre de discours, est une métaphore qui désigne l’ensemble des idées, opinions ou pratiques considérées comme plus ou moins acceptables par l’opinion publique d’une société donnée (Wikipédia – Fenêtre d’Overton).
Si ces concepts ne sont pas directement liés à la défense des élites, ils permettent toutefois de comprendre comment des discours peuvent être instrumentalisés afin de valoriser ou dévaloriser des individus ou catégories d’individus. Ainsi, si le « discours normal » consiste à mettre en avant le mythe méritocratique tout en condamnant les chômeurs en les traitant d’assistés ou en les déshumanisant (en les réduisant à des chiffres et en les traitant de parasites, par exemple), cela renforce le phénomène de bouc émissaire tout en aidant à détourner le regard face aux autres explications peut-être un peu plus complexes…
> Pour aller plus loin, cf. mon article pour comprendre la circulation des thèses réactionnaires et Ce à quoi j’adhérais quand j’avais 20 ans et comment j’ai changé d’avis (2025)
![Ethique et anthropologie philosophique : liste des articles mankinds-eternal-dilemma-the-choice-between-virtue-and-vice-1633-frans-francken-the-younger[1]](https://www.philomedia.be/wp-content/uploads/2020/03/mankinds-eternal-dilemma-the-choice-between-virtue-and-vice-1633-frans-francken-the-younger1-150x150.jpg)

Commentaires
Une réponse à “Pourquoi tant de gens défendent ceux qui les écrasent – l’étrange fidélité aux puissants”
[Abstract] Cet article explore les mécanismes de psychologie sociale qui poussent des individus à soutenir les élites, même lorsque celles-ci agissent contre leurs propres intérêts. Le texte mobilise des concepts tels que les biais cognitifs, l’effet de halo et la dissonance cognitive pour démontrer comment notre cerveau privilégie le confort de la certitude au détriment d’une réalité complexe. L’analyse souligne également l’importance de la croyance en un monde juste et du mythe de la méritocratie, des idées qui légitiment les inégalités en attribuant le succès au seul talent personnel. Par ailleurs, l’appartenance au groupe et le besoin d’identité sociale incitent souvent les gens à protéger leurs leaders et à désigner des boucs émissaires pour évacuer leurs frustrations. Enfin, l’article met en lumière la manière dont les normes sociales et la répétition médiatique finissent par normaliser la dominance et l’autorité au sein de l’opinion publique.