Comment j’ai réduit mon empreinte carbone (pas assez) et quoi faire ensuite

Je suis de plus en plus préoccupé, inquiet, effrayé (les synonymes me manquent…) par la problématique du dérèglement climatique. Je ne vais pas ici énumérer les nombreux et unanimes signaux d’alarme qui sont lancés depuis ces dernières années. D’autres le font beaucoup mieux que moi (et je renvoie notamment au génial BonPote.com), ce n’est pas mon thème d’expertise. Cet article vise à partager des choses qui m’ont aidé à changer mes habitudes à mon niveau, face aux sentiments de culpabilité, de découragement ou encore d’impuissance que la situation me procure.

Plusieurs raisons favorisent l’inaction climatique. Sachant que certaines personnes les ont très bien étudiées et décrites, je vais me contenter de renvoyer à leurs travaux ici. Par exemple, BonPote énumère 12 excuses de l’inaction climatique et des propositions pour y répondre (2020). Il y a tout un tas de mécanismes de désengagement moral que l’on pourrait approfondir, mais je vais me contenter de parler de ce qui a contribué à me faire changer moi.

L’objectif de ce témoignage est de lutter contre mon sentiment d’impuissance et de découragement (en faisant quelque chose à mon échelle – ce qui ne doit pas occulter des responsabilités à d’autres échelles) tout en suscitant peut-être des prolongements (des discussions, des échanges, d’autres témoignages) qui ouvriront la voie vers de nouvelles pistes d’action (pour les autres, mais aussi pour moi, car nous avons toutes et tous certainement des choses qui fonctionnent pour nous à partager à ce sujet, en toute humilité !).

1. La sensibilisation univoque

D’abord, il est de plus en plus difficile de nier que nous courons droit vers des catastrophes majeures si nous ne faisons rien. Même si l’information est encore insuffisante (au niveau quantitatif : trop peu d’info, mise à l’agenda défaillante) et lacunaire (au niveau qualitatif : manque d’un journalisme de solutions), nous ne pouvons plus passer à côté de ce thème important.

> Lire aussi : Des difficultés et des enjeux de traiter du dérèglement climatique (2022)

> Lire aussi : 2e rapport du GIEC, les médias (encore une fois) pas au niveau (BonPote.com, 2022)

2. La perception immédiate des effets

Ensuite, le fait d’observer et de vivre des événements en lien avec le dérèglement climatique a eu l’effet d’une claque pour moi. Malheureusement, je pense que nous ne sommes pas enclins à changer quand nous ne percevons pas l’impact direct sur notre vie quotidienne (malgré le fait que nous sommes déjà victimes des effets du dérèglement climatique, et que d’autres les subissent davantage que nous !). Il est difficile de sortir de son petit confort. J’ai davantage pris conscience de la multiplication des incendies, des inondations, des sécheresses, des pénuries d’énergie ou encore des fluctuations de leur prix…

3. Le fait d’accepter que je ne suis pas parfait

Je crois que personne n’aime se dire que c’est (en partie) de sa faute si le monde va mal. C’est une pilule difficile à avaler. Nous vivons des dissonances cognitives en permanence. En ce qui me concerne, par exemple, j’aime les animaux, mais je mange de la viande. Alors nous nous trouvons des excuses et des boucs émissaires : « les autres le font », « c’est le système qui est coupable », « c’est la faute des ultrariches », etc. Rien de tout cela n’est totalement faux (cf. tout le travail abondant de BonPote.com), mais c’est problématique si cela nous donne des excuses pour ne pas agir. C’est clair que ça me fait mal de faire des efforts quand je vois les ventes de SUV, de jacuzzis ou de climatiseurs qui ne cessent de progresser. Mais ce n’est pas parce que d’autres font pire que moi que je n’ai pas des efforts à faire, moi aussi…

J’ai calculé mon empreinte carbone. Je peux dire que j’ai (encore) certainement de gros progrès à faire.

> Voir aussi : Jour du dépassement (Wikipédia) et Ecological Footprint Calculator (FR)

Depuis cela, entre autres, je ne bois plus que de l’eau du robinet, j’ai divisé ma consommation de sodas par 5 (stop au plastique) et j’ai changé mon alimentation en divisant ma consommation de viande par 4 ou 5 (cf. point suivant)… Concernant mon mode de transport, je n’ai pris l’avion « que » 3 fois dans ma vie et compte m’en passer au maximum à l’avenir.

4. Découvrir et expérimenter des alternatives, des pistes de solution

Je me sens souvent complexé vis-à-vis des personnes qui font beaucoup plus que moi. J’essaie ici de ne pas me comparer aux autres. Je ne me positionne pas en donneur de leçon (c’est une posture que j’abhorre déjà en temps normal, mais encore plus ici sachant que je n’ai pas de légitimité particulière à parler de ce sujet), d’où le parti pris très personnel de cet article. C’est un témoignage qui peut se voir enrichi d’autres témoignages.

L’une des choses qui ont contribué à me faire changer, c’est clairement d’avoir des idées de solutions. C’est une des raisons pour lesquelles je plaide pour un journalisme qui investigue à ce niveau, au lieu de se contenter de décrire le réel. Je me sens impuissant et coupable, et ces deux sentiments ne sont pas agréables (et Viciss de Hacking Social nous explique très bien en quoi ceci peut nous laisser dans un état de sidération). Je ne sais pas comment agir, et même si je le faisais, je me dis que ce serait insuffisant. Il est dès lors plus confortable de « mettre la tête dans le sable » et de chasser les pensées qui génèrent de telles émotions.

> Lire aussi : « C’est trop tard, on est foutus » : pourquoi c’est faux et comment y répondre (BonPote.com, 2021)

Comment j’ai changé progressivement mon alimentation

Je vais principalement partager ici ce qui m’a permis de changer ma manière de m’alimenter. J’ai toujours mangé de la viande. Beaucoup de viande. Je ne savais honnêtement pas (ne voulais pas savoir ?) comment faire pour vivre autrement, et ce malgré mon amour des animaux.

Ce qui m’a aidé, c’est de découvrir et d’expérimenter une manière alternative de me nourrir tout en faisant le plein de protéines (végétales, donc). J’ai découvert le houmous, les lentilles, les pois chiches, les fruits secs, et appris combien un régime végétalien pouvait combler les besoins en protéines d’un individu, contrairement à des idées reçues. On pourrait se dire qu’il y a plus de protéine dans un régime à base de viande que dans un régime à base de haricots, car la viande est plus dense en protéine… Si nous consommons 100 grammes de viande ou 100 grammes de haricots, nous aurons ingéré plus de protéines en mangeant la viande. Mais le calcul est incomplet, car il faut une quantité bien plus conséquente de haricots que de viande pour arriver à satiété !

Je consomme désormais davantage de légumes, et j’ai appris à en cultiver (tomates, courges, poivrons…), même si je n’en « produis » directement qu’une quantité très faible. J’ai testé des simili-viandes végétaliennes et beaucoup sont immondes au niveau du goût, mais d’autres (dont plusieurs à base de soja) passent très bien. Je buvais peu de lait (l’industrie du lait est liée à l’industrie de la viande), mais ai remplacé ce peu par du lait végétal (là aussi, il y en a de vraiment dégueulasses, j’ai dû en essayer plusieurs).

Bref, j’étais mal informé quant aux alternatives (y compris quant à mon alimentation et ma santé en général !) et c’est en les découvrant et en les expérimentant que j’ai pu amorcer le changement.

5. Communiquer, s’engager publiquement

A mon niveau, disais-je, je me sens souvent impuissant pour faire bouger les choses. Il est indéniable par ailleurs que certains acteurs sont plus responsables que d’autres face au problème. Je suis découragé en me disant que je n’en fais pas assez avec mon mode de vie, tandis que d’autres ne se préoccupent guère du leur alors que celui-ci génère des milliers de fois plus de dégâts que le mien.

> A ce sujet, cf. Du volontarisme à la culpabilisation des individus : des idéologies qui nous aliènent (2018) et Des difficultés et des enjeux du traitement médiatique du dérèglement climatique (2022)

> Lire aussi [mise à jour 2024] Charlie Brocard (IDDRI) : « Le postulat du consommacteur est erroné » (Tchak, 2024) et Stéphane Foucart, Crise écologique : « L’idée qu’une somme de petites actions individuelles pourrait suffire est dangereuse » (Le Monde, 2020).

> Concernant des pistes d’action spécifiques, lire entre autres ces articles récents de @BonPote (vous aurez compris que ce site est globalement une mine d’or pour comprendre et agir face à l’urgence climatique) : Les 10 raisons de passer à 110 km/h sur l’autoroute (2022), Sortir des énergies fossiles : quand l’impossible devient l’indispensable (2022)

A mon niveau, de nouveau, que puis-je faire face à cela ? Je crois que c’est important de s’engager publiquement, de communiquer, de dénoncer…

On peut changer nos habitudes de consommation à hauteur de nos moyens (nourriture, transports, énergie…), boycotter des produits, communiquer et prendre position publiquement, en parler autour de nous, agir politiquement et par désobéissance civile, etc. C’est une chose de se dire que de « gros acteurs » sont infiniment plus responsables du dérèglement climatique que nous, mais peut-être est-il en notre pouvoir de les rappeler à l’ordre… C’est ce que j’ai tâché de faire ici, modestement, à mon échelle…

Insuffisant, sans doute. Je suis loin d’être un « expert » de la thématique, ce qui fait d’ailleurs que cet article me complexe un peu. Mais c’est mieux que rien, je l’espère ! En osant franchir le pas de me dévoiler dans ce témoignage assez personnel, je me dis que cela suscitera peut-être aussi des échanges constructifs qui me permettront de découvrir de nouvelles pistes, qui sait ?