Est-ce que “la Terre est ronde” est une affirmation métaphysique ?

Oui et non. Elle n’est pas directement une affirmation métaphysique, mais elle repose sur des postulats qui le sont.

La Terre vue par l’instrument EPIC du satellite DSCOVR, avec un panorama sur l’Afrique et l’Europe (2018).

“En philosophie, la métaphysique désigne la connaissance du monde, des choses ou des processus en tant qu’ils existent « au-delà » et indépendamment de l’expérience sensible que nous en avons” (Wikipédia). La métaphysique s’interroge sur l’au-delà de la physique, sur ce qu’il y a « au-dessus », ou « derrière » : qu’est-ce que l’être en tant que tel ? Qu’est-ce que l’existence ? Y a-t-il des entités supérieures ? Entre autres thèmes de la métaphysique, on retrouve les concepts suivants :

  • L’être en tant que tel (ontologie), et non les “étants” particuliers
  • La nature profonde des choses (leur essence, ce qui les fonde), leur existence
  • La question de la permanence et du changement
  • La question du divin, de l’âme, de l’esprit (et du dualisme entre corps et esprit)

Disciplines, domaines et thèmes philosophiques

Si nous nous en tenons à cette définition de la métaphysique, la rondeur ou non de la Terre n’est pas une question de métaphysique. En effet, elle ne relève pas d’un “au-delà” indépendant de notre expérience sensible. Plus spécifiquement, avec les sciences de la nature, nos observations peuvent apporter des éléments de réponse concrets à la question de savoir de quelle forme est la Terre.

En somme, nous pourrions d’abord affirmer que l’affirmation “la Terre est ronde” n’est pas une affirmation métaphysique. Elle relève concrètement de notre expérience humaine.

En même temps, cette affirmation repose sur des postulats tels que décrits notamment par Monvoisin (2007, p. 78) :

« Pour résumer, si on veut commencer une entreprise intellectuelle de description vraisemblable du réel, il nous faut trois axiomes :

– postuler ma propre existence
– postuler une réalité en dehors de moi, qui ne soit pas ma projection.
– postuler que mon esprit soit capable de dire des choses plus vraies que d’autres sur cette réalité.

Ces trois axiomes sont improuvables, mais sans eux, il n’est plus possible de soutenir que quoi que ce soit soit vrai ou faux ».

Nous pourrions en effet au contraire postuler que notre existence est illusoire ou que nos représentations du monde ne sont que des pures constructions arbitraires, par exemple. Les trois axiomes décrits par Monvoisin, eux, relèvent de la métaphysique.

Ryan North – Dinosaurs Comics – http://www.qwantz.com/index.php

D’un point de vue métaphysique, chaque affirmation repose sur des postulats que nous ne pouvons prouver sans postuler d’autres affirmations. Concrètement, si nous voulons tenir un discours sensé sur le réel, nous sommes obligés de postuler notamment que nous existons (j’existe), que le monde extérieur à notre esprit existe, et encore que nous sommes capables de percevoir ledit monde extérieur de manière à en dire des choses plus vraies que d’autres. Cela peut sembler évident, mais nous pourrions très bien au contraire envisager que nous sommes des cerveaux dans une cuve, que nous vivons dans une simulation (Matrix, Les Sim’s…) pleine d’illusions… Et c’est une gageure de prouver le contraire.

Image tirée du film “Matrix” (1999).

« Il n’y a pas de vérité », « à chacun sa vérité »… Qu’est-ce que le relativisme ?

De même, en admettant que nous tenions cette phrase pour vraie, elle implique une définition de ce qu’est la vérité. Quelle est la signification du mot “vérité” ? La question du sens du mot “vérité” dépasse le cadre de notre expérience sensible des choses, du monde ou de la physique.

En ce sens, même nos “savoirs/connaissances” (basés sur des “preuves” scientifiques) sont fondés également sur des croyances métaphysiques. Cela ne veut pas dire que ce sont des croyances stupides, “irrationnelles” ou qu’elles ont la même valeur que n’importe quelle croyance métaphysique (cf. pragmatisme). Néanmoins, cela met en lumière que nous ne pouvons affirmer des propositions sans postuler un certain nombre d’axiomes, eux-mêmes improuvables.

Questions de vérité – Questions d’épistémologie

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