Qu’est-ce que l’intelligence ?

Peut-on exercer l’intelligence tout en étant humble ? Comment dissocier l’intelligence d’un comportement méprisant ?

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La série « The Big Bang Theory » : l’intelligence se limite-t-elle à la connaissance de la physique ou à un Q.I. de 187 ? Ces « surdoués » Ph.D. ont peut-être beaucoup à apprendre d’une jeune blonde serveuse dans un fast-food…

Cet article suit totalement l’optique que je développe dans les articles de ce blog (Question de points de vue, Hegel – la pensée s’enrichit de la critique, etc.).

Plus jeune, je me rebellais contre une certaine conception de l’intelligence, qui liait celle-ci à la culture générale ou à la « connaissance accumulée » sur un sujet. Ce point de vue voudrait que seuls les instruits soient intelligents, et que les prolétaires, la plèbe, la « masse » soit débile, dépourvue de toute capacité. Je trouvais ce point de vue très méprisant, suffisant et odieux. Un instruit pouvait être con : j’identifiais absence d’intelligence et fermeture, rejet.

Toutefois, je me pose aujourd’hui la question : certains apprentissages ne permettent-ils pas de former une intelligence malgré tout ?

Ces deux conceptions ne sont-elles pas contradictoires ?

Peut-on former l’intelligence (éduquer, avoir son mot à dire sur « l’intelligence » ?) sans pour autant devenir un vil méprisant qui pense l’être une fois pour toutes soi-même ?

En adoptant une position non figée de l’intelligence (qui dirait « tu es intelligent une fois pour toutes : tu possèdes l’Intelligence »), ne se prémunit-on pas d’une telle critique ?

L’idée principale à laquelle cette réflexion est parvenue est que l’intelligence telle que je la vois est liée à une sorte d’« éthique de la discussion », qui suppose une ouverture à autrui, à l’avis différent, à l’altérité. C’est à mon sens seulement lorsqu’un individu se met dans cette position, afin de transcender son avis initial, qu’il exerce l’intelligence.

Plus précisément, il s’agit d’une intelligence en acte : on n’est pas une fois pour toutes intelligent. On exerce, on met en pratique. En ce sens, on ne naît pas intelligent, on ne meurt pas intelligent, mais on est parfois intelligent en situation. En quelque sorte, j’associe complètement intelligence à ouverture, sachant que l’on n’est jamais partout et toujours ouvert ou fermé.

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Le Q.I., une mesure relative en fonction de critères réducteurs

J’ai développé tout d’abord ce point de vue contre les réductions de l’intelligence à la culture, à la connaissance ou au QI (quotient intellectuel), etc. : ces éléments, bien qu’ayant une certaine pertinence à un certain niveau, sont réducteurs (en ce sens, je suis également contre le fait de valoriser une certaine vision de la culture par pure convention). Ils laissent croire que quelqu’un qui a un plus gros QI qu’un autre est « supérieur » à lui en intelligence dans l’absolu. Radicalisé, cet indicateur n’est alors bon que pour les parents désireux que leur enfant soit le plus performant. Pour moi, quelqu’un d’ignorant sur un sujet donné (sachant qu’on ne peut de toute façon savoir tout sur tout) n’est pas nécessairement moins intelligent qu’une autre personne.

Albert Jacquard s’est prononcé également à ce propos :

Martin Heidegger avait fort probablement un QI supérieur à la norme, une grande culture générale et de grandes connaissances… ce qui ne l’a pas empêché de soutenir publiquement le régime nazi en 1933 (Hitler ou Staline ne devaient par ailleurs pas posséder un faible QI) : on cerne rapidement les limites d’une telle vision de l’intelligence. Et le « Quotient Emotionnel » ne suffit absolument pas à rendre ces indicateurs exhaustifs ! Bien entendu, les indicateurs QI ou encore QE témoignent de quelque chose, d’un état à un moment donné, mais ils sont infiniment réducteurs. Il convient de les replacer à leur juste mesure.

J’ai cependant du ensuite ériger ma réflexion contre un relativisme : ce n’est pas parce que ces indicateurs sont incomplets, limités, qu’il n’existe pas d’intelligence que l’on puisse développer.

Bien que controversé, le QI demeure un instrument pouvant objectiver certaines aptitudes, préférable à une évaluation purement subjective.

Il existe en particulier une intelligence que je valorise, qui est au fond un acte de prise de position éthique d’ouverture au dialogue (ce qui fait qu’on n’est pas intelligent ou con une fois pour toutes et qu’on peut « éduquer » à l’intelligence sans toutefois se sentir nécessairement supérieur).

Ainsi, l’humilité des partenaires de la discussion est préservée, et le pari d’éducabilité aussi.

Cette forme d’intelligence consiste à s’armer contre le rejet systématique et à chercher à être constructif. C’est simplement « prendre part à la réflexion ». On n’est jamais intelligent ou con une fois pour toutes, on l’est seulement dans un geste d’accueil ou de rejet de la différence, d’ouverture ou non à la diversité.

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