Les compétences socio-cognitives et socio-émotionnelles en éducation aux médias par le jeu coopératif

La pratique d’un jeu coopératif et un retour réflexif à son égard ont-ils une influence sur le développement de compétences socio-cognitives et -émotionnelles en éducation aux médias ?

Etude de cas : « Mysterium » dans une classe de 6è primaire.

Par Justine Deham, Titulaire d’un Master en éducation aux médias (IHECS), Institutrice primaire.

Résumé du mémoire

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Justine Deham est institutrice primaire. Son mémoire s’intitule “Les compétences socio-cognitives et socio-émotionnelles en éducation aux médias par le jeu coopératif”.

Dans cet ouvrage, Justine Deham opère d’abord une revue de la littérature permettant d’ancrer des compétences socio-cognitives et socio-émotionnelles dans le champ de l’éducation aux médias.

Plus particulièrement, elle s’attarde sur les concepts d’empathie (comprendre les émotions d’autrui) et de décentration cognitive (comprendre les pensées d’autrui) et montre combien ces aptitudes transversales sont liées à une conception fondamentale de ce que l’on peut entendre par “esprit critique”.

Ensuite, l’auteure propose une manière de mesurer des performances supposées attester de la mobilisation des compétences en empathie et en décentration.

Enfin, Justine Deham expose une activité pédagogique basée sur le jeu coopératif “Mysterium” afin de développer ces compétences. En fonction d’une évaluation fondée sur les indicateurs discutés au préalable, le présent travail témoigne d’une efficacité que peut avoir ce type d’activité réalisée avec des enfants de primaire. Il se termine par des prolongements critiques et réflexifs.

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Ancrage théorique

Le mémoire s’ouvre sur une partie plus conceptuelle.

Dans les premiers chapitres, Justine Deham montre les liens entre “éducation à la relation” / “intelligence socio-émotionnelle” (Goleman, 1997 ; Minichiello, 2017 ; Partoune, 2014 ; Saarni, 2000 ; von Kanitz, 2010) et “éducation à l’esprit critique” / “éducation aux médias” (Bonvoisin, 2014 ; CSEM, 2011, 2013 & 2016 ; De Smedt, 2016 ; De Smedt & Fastrez, 2010 ; De Theux, 2015 ; Fastrez, 2010, 2012 & 2018 ; Gonnet, 1997 ; Jenkins, 2009 ; Landry & Basque, 2015 ; Lecomte, 2014 & 2018 ; Piette, 1996 & 2001 ; UNESCO, 2006 ; Verniers, 2009 ; …)

Elle expose combien l’esprit critique est lié à des compétences sociales et affectives, comme par exemple celle de se décentrer cognitivement (pouvoir se mettre à la place de l’autre pour comprendre ce qu’il pense) et émotionnellement (pouvoir se mettre à la place de l’autre au niveau émotionnel, c’est-à-dire l’empathie) (Lecomte, 2017 ; Petrides & Furnham, 2003 ; Piaget, 1989 ; Zittoun, 1997 ; …).

Dans cette partie hyper documentée, elle relie entre elles un grand nombre de notions “transversales” qui gravitent autour de l’éducation aux médias : “éducation à la citoyenneté”, “esprit critique” (“CRACS”), émotions, coopération, intelligence collective (Lévy, 1997)…

Cette réflexion se situe à l’intersection de plusieurs domaines : les sciences de l’éducation / la pédagogie, la psychologie cognitive et la question du développement de l’intelligence émotionnelle, le développement de l’esprit critique (par exemple par rapport aux “fake news”…).

Un dispositif expérimental pour évaluer les effets d’une action éducative

Des critères pour mesurer des performances en empathie (décentration au niveau émotionnel) et en décentration (au niveau cognitif)

Ensuite, le travail se focalise sur les deux compétences précitées : “décentration cognitive” et “décentration émotionnelle”.

Justine Deham fait alors un travail remarquable d’opérationnalisation de ces notions, c’est-à-dire qu’elle a pris la peine de les traduire sous forme d’indicateurs concrets pour mesurer des performances à leur égard.

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Autrement dit, son texte permet d’évaluer des compétences socio-cognitives et socio-émotionnelles.

Une activité pédagogique basée sur le jeu coopératif Mystérium

Enfin, l’auteure teste un dispositif éducatif basé sur un jeu coopératif, avec un public d’enfants (fin du primaire).

Dans cette partie, Justine Deham prend également la peine de situer la pratique du jeu vis-à-vis de l’éducation aux médias, tant en tant que pédagogie utile (pédagogie coopérative et éducation par le jeu, cf. De Grandmont, 1997 ; Develay, 2013 ; Lontie, 2012 ; Sorsana, 2011 ; Therer, 2006) qu’en tant qu’objet de réflexion (Campion & Guffens, 2018)

Son hypothèse est la suivante : la pratique du jeu “Mystérium” et son explicitation permettraient de développer des compétences socio-cognitives (décentration) et socio-émotionnelles (empathie) transférables en situation de réflexion à l’égard d’un dispositif médiatique.

Elle organise une pratique du jeu avec une classe d’enfants et procède à un débriefing avec ceux-ci quant à leur expérience durant la partie. Suite à cela, elle procède à des entretiens avec les enfants de cette classe, et en parallèle avec des enfants du même âge qui n’ont pas vécu le dispositif pédagogique.

Elle observe que les enfants qui ont vécu le dispositif jeu + explicitation obtiennent de meilleures performances, de manière significative, en décentration que les enfants qui n’y ont pas participé. Autrement dit, et toutes nuances gardées (l’auteure prend la peine d’expliciter des réserves quant aux résultats obtenus et à leur interprétation hâtive), son dispositif a une efficacité (au moins à court terme) dans le développement de compétences relationnelles et critiques auprès des enfants.

Consultez le travail complet !

En somme, premièrement, ce mémoire relie entre eux des domaines tels que “l’éducation aux médias”, “l’éducation relationnelle / sociale / émotionnelle / au vivre-ensemble”, “l’éducation à la citoyenneté”… Il ancre les compétences socio-affectives et socio-cognitives dans des questions de société plus larges.

Deuxièmement, il propose une grille d’évaluation réutilisable de compétences socio-émotionnelles.

Troisièmement, il assied la pertinence et l’efficacité d’un dispositif pédagogique par la coopération.

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Un commentaire

  1. Résumé du mémoire : « Les compétences socio-cognitives et socio-émotionnelles en éducation aux médias par le jeu coopératif »

    Par Justine Deham

    Les médias font partie intégrante de notre vie. Ils modifient notre manière de voir le monde et de réfléchir (aspect socio-cognitif) et ont un impact sur nos affects et nos relations (aspect socio-émotionnel).

    Dès le départ, l’éducation aux médias a proclamé sa volonté de former un citoyen critique, autonome et responsable face à n’importe quel objet médiatique. Ainsi, l’éducation aux médias pourrait-elle développer des compétences sociales utiles afin de mieux les appréhender et les comprendre ? Peut-elle favoriser une ouverture à l’autre ?

    De ces questionnements est née l’envie de constater s’il est possible de développer des compétences socio-cognitives et -émotionnelles utiles et transférables en éducation aux médias. Notre réflexion se situe alors à l’intersection de plusieurs domaines que sont les sciences de l’éducation, le développement de l’intelligence émotionnelle, le développement de l’esprit critique ou encore la pédagogie du jeu. De fait, d’un point de vue théorique, nous développons les liens entre « éducation à la relation », « éducation socio-émotionnelle », « éducation à l’esprit critique » et « éducation aux médias ». Notre mémoire se nourrit d’une constellation de concepts issus de plusieurs champs disciplinaires. Il nous semblait nécessaire de les aborder tout en suggérant, en guise de prolongement, un approfondissement des distinctions conceptuelles abordées. Celui-ci serait utile dans le champ de l’éducation aux médias et du développement des compétences critiques, socio-cognitives et socio-émotionnelles.

    Sur cette base, nous exposons le fait que l’esprit critique fait appel à des compétences sociales et affectives, notamment la capacité à se décentrer cognitivement (être capable de se mettre à la place de l’autre pour comprendre ce qu’il pense) et émotionnellement (être capable de se mettre à la place de l’autre d’un point de vue émotionnel, à savoir l’empathie).

    Afin d’appréhender cette capacité à se décentrer, nous prenons le parti de recourir à un jeu de société coopératif. Ce type de jeu permet, a priori par le biais de la coopération, de développer ces compétences socio-cognitives et -émotionnelles.

    Nous nous intéressons alors aux enfants de 6è primaire, soit âgés entre 11 et 12 ans. Ceux-ci sont dans une période où leur capacité à adopter le point de vue de l’autre se développe et où ils éprouvent une forte émotivité affective. Ainsi, afin d’évaluer leurs compétences socio-cognitives et socio-émotionnelles à travers le jeu coopératif, nous effectuons une opérationnalisation des notions de décentration cognitive et d’empathie.

    De là, deux dispositifs sont mis en place : un dispositif pédagogique et un dispositif de recherche.

    Lors du dispositif pédagogique, un premier échantillon (le groupe expérimental) joue au jeu de société Mysterium par petits groupes de 6 ou 7. Ensuite, ces différents groupes se réunissent afin d’échanger à propos de leurs pratiques et de la manière dont ils ont interagi ensemble (explicitation). Ce dispositif cadré a pour objectif de développer des compétences de décentration cognitive et émotionnelle par la pratique du jeu et son retour réflexif.

    En ce qui concerne le dispositif de recherche, son but est de mesurer l’efficacité du dispositif éducatif. Pour ce faire, nous interrogeons individuellement les enfants du groupe expérimental mais également les enfants d’un second échantillon (le groupe contrôle) sur un sujet médiatique.

    Les entretiens réalisés, ceux-ci sont codés selon une grille de critères permettant d’observer la mobilisation – ou non – des compétences visées. En effet, nous avons tâché d’opérationnaliser au maximum les compétences en décentration, afin de les rendre observables et mesurables, en fonction d’éléments concrets. Ainsi, ces entretiens ont pour objectif de constater si le groupe expérimental a une capacité de décentration et d’empathie supérieure au groupe contrôle.

    A la suite de ce travail, nous observons que les enfants qui ont vécu le dispositif du jeu et son retour réflexif obtiennent, de manière significative, de meilleures performances en décentration que les enfants qui n’y ont pas participé. Notre dispositif éducatif aurait donc une efficacité à court terme dans le développement de compétences relationnelles et critiques. Nous pouvons donc affirmer que ces compétences peuvent s’entrainer et se transférer en éducation aux médias.

    Bien que les résultats obtenus aillent dans le sens de notre hypothèse, il convient de rester prudent puisque divers biais entrent en jeu. En effet, nous pouvons citer l’hétérogénéité des groupes testés, l’absence de pré-test, les entretiens réalisés à des moments différents ou encore l’indistinction de l’effet du jeu seul, de l’explicitation seule ou de la combinaison des deux sur les performances en décentration cognitive et émotionnelle. Ainsi ces quelques biais doivent être pris en compte lors d’éventuels prolongements de notre étude.

    Cette étude contribue donc à inscrire les compétences de décentration et d’empathie dans le sillon de l’éducation aux médias et plus largement dans celui du développement de l’esprit critique. En effet, nous consolidons les liens unissant les compétences en littératie médiatique et les compétences socio-cognitives et -émotionnelles. En outre, notre recherche propose une grille d’évaluation observable, concrète et réutilisable des compétences socio-émotionnelles basée entre autres sur les axes de Furnham et Petrides (2003). Pour terminer, elle assied la pertinence et l’efficacité de recourir à un dispositif pédagogique par la coopération en proposant une activité concrète et reproductible par les enseignants ou éducateurs aux médias.

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