Articles en gestation 2024

Voici les thèmes et les réflexions que je souhaiterais développer dans des articles à venir.

Arnold Böcklin - L'île des morts, 3e version (1883)

Arnold Böcklin – L’île des morts, 3e version (1883)

Amour et philosophie

En prolongement de mes articles Amour et philosophie (Amour et philosophie (2015), De l’amitié (2018), Ruwen Ogien, Philosopher ou faire l’amour (2020)), j’envisage d’écrire un article sur le « marché amoureux ».

Pour l’instant, il n’est qu’à l’état d’ébauche (depuis plus de deux ans). C’est un sujet très délicat.

D’un côté, il me semble opportun de questionner toutes les règles implicites qui font pression sur les individus dans le cadre des relations amoureuses. C’est extrêmement complexe, dans la mesure où c’est un domaine qui se retrouve à l’intersection de différents « pouvoirs » et de différents types de normes sociales, impliquant de nombreuses discriminations implicites (culte du corps et de l’apparence physique, grossophobie, rôles genrés et sexisme, statut social…). De plus en plus d’ouvrages mettent en évidence l’impact par exemple d’une éducation sexiste, réduisant chaque personne à des rôles préformatés, souvent de manière inéquitable. J’ai l’impression que l’on pourrait aller encore plus loin en étudiant des fonctionnements plus diffus et peut-être moins « avouables » contribuant à faire pression sur les relations sentimentales. Je pense notamment à la question de la propriété, cancer selon moi de notre organisation sociale (tout en me demandant si celle-ci n’est pas profondément ancrée en nous, quand bien même elle serait culturelle, surtout lorsqu’il est question de sentiments amoureux…). Je songe aussi au phénomène des « incels », entre autres exemples. Je fais l’hypothèse que la façon dont fonctionne le « marché amoureux » est interdépendante de rapports de pouvoir et de domination que l’on peut observer par ailleurs, et qu’il est réducteur de les appréhender dans une vision causale linéaire (surtout si cette approche est uniquement « identitaire », « catégorielle », focalisée sur des caractéristiques d’individus pris isolément les uns des autres). « Si tu reviens, j’annule tout » : les dynamiques de pouvoir peuvent être complexes dans un système où tout est potentiellement monnaie d’échange, et où la désidérabilité ou l’amour de l’être aimé sont le Saint Graal à atteindre à tout prix.

D’un autre côté, j’ai du mal à aborder la question amoureuse essentiellement par le prisme des relations de pouvoir, et a fortiori à faire des généralités dans ce domaine (qui, de ma perspective, devient de plus en plus conflictuel, polarisé politiquement et idéologiquement…). Idéalement, je souhaiterais que l’on puisse transcender cette approche.

J’ajouterais enfin que j’éprouve des contradictions internes entre ce que je pense et ce que je ressens à l’égard des relations amoureuses : si certaines choses m’apparaissent comme préférables sur un plan purement cognitif ou dans une forme de rationalité éthique, les vivre provoque en moi une douleur qui m’interroge quant à leur pertinence…

Lectures connexes :

  • Eva Illouz, Les marchandises émotionnelles, La fin de l’amour et Pourquoi l’amour fait mal. Dans ses livres, Eva Illouz propose une approche sociologique des relations amoureuses, à l’ère de la Modernité et du capitalisme. Elle établit notamment une analogie entre l’entretien d’embauche et le rendez-vous galant, dans lesquels il s’agit de « nous vendre » en mettant en avant toutes les ressources qui sont les nôtres.
  • François De Smet, Eros Capital. Les lois du marché amoureux. Je ne suis pas fan a priori de l’argument biologique (appel à la nature) qui semble l’un de ceux mobilisés dans cet ouvrage, mais il faut encore que je le consulte. Le livre reprend apparemment des thèses d’Eva Illouz par ailleurs.
  • Serge Chaumier, La déliaison amoureuse.
  • Ruwen Ogien, Philosopher ou faire l’amour. [Ma chronique : Philosopher ou faire l’amour (2020)]
  • Roland Barthes, Fragments du discours amoureux.
  • Bell Hooks, La volonté de changer. Les hommes, la masculinité et l’amour. Dans ce livre, l’auteure invite à considérer que l’assignation de rôles en amour résultant de normes culturelles (issues notamment du patriarcat) est vectrice de souffrance également pour les hommes.
  • Cassandra Phillips, Dean C. Delis, Le paradoxe de la passion : les jeux de l’amour et du pouvoir. Dans cet ouvrage, Dean C. Delis et Cassandra Phillips suggèrent qu’il y a des dynamiques intrinsèques aux relations amoureuses. Le paradoxe de la passion, c’est de désirer davantage la personne qui prend ses distances – précisément parce qu’elle nous rejette, et de désirer moins celle qui s’accroche à nous – précisément parce qu’elle nous semble acquise. Pour les auteurs, le « je te suis, tu me fuis » est caractéristique de toute relation de couple, avec toutes les souffrances que cela peut engendrer lorsque ce déséquilibre est trop marqué…

Après cet article à propos du marché amoureux, je songe à un article qui s’intitulera vraisemblablement « éthique de l’amour » ou « éthique de la relation amoureuse ». Rien que ça… !

Débat public : économie de l’attention, économie du temps

Dans mon livre au sujet de la nuance, je développe qu’il y a des limites au dialogue. Elles sont notamment liées au temps dont nous disposons. L’économie de l’attention nous invite à considérer que le temps dont nous disposons est une ressource rare et limitée. Accorder notre attention à un sujet, c’est en occulter d’autres. De même, lorsque nous débattons avec quelqu’un, nous dépensons de l’énergie qui ne pourra pas être allouée ailleurs.

En lien avec le concept d’agenda setting (McCombs & Shaw) et celui de framing (Lakoff), il me parait important d’interroger le fonctionnement du débat public, dans la presse ou sur les médias sociaux (et notamment à travers les algorithmes). A travers les travaux de Lakoff, il apparait qu’un recadrage du débat et de ses termes (y compris à un niveau moral) importe davantage qu’une discussion factuelle lorsqu’il s’agit de « remporter un débat ». Au-delà des pistes stratégiques et communicationnelles qui se dégagent de ce propos, il apparait qu’il importe de donner de la consistance et de la voix à des repères moraux, tout en mobilisant des moyens efficaces de dévaluer les propos adverses… sans nécessairement leur répondre directement.

Cf. également cet article de Nicolas Galita.

De la conflictualité entre individualités et collectivité

J’aimerais écrire un article à propos de la tension entre individualisme et collectivité. J’observe régulièrement des conflits entre la défense de causes personnelles et l’intérêt collectif, ainsi que des difficultés à faire des compromis et à fédérer autour d’une cause dont le dénominateur commun soit autre chose qu’un adversaire général et abstrait… Dans mon livre sur la nuance, je développe la thèse que nos interactions sont marquées par un « morcellement social ». Finalement, chaque personne peut se retrouver un peu seule dans sa « catégorie » (pour peu que l’on accepte encore la catégorisation). Dès lors, les individus qui auraient un intérêt à dénoncer des comportements ou des systèmes se retrouvent divisés. Dans ce contexte, il est parfois difficile de prendre des décisions ensemble, de discerner spécifiquement les problèmes à traiter (et qui a quelle responsabilité dans leur perpétuation) et les pistes de solutions concrètes pour y remédier.

> Lire aussi : #Lasociétay #Lesystayme #Lémédia #Légens et #lémoutons (2022)

La violence est-elle un mal nécessaire ?

Réponse courte : souvent, je pense qu’elle ne l’est pas. Parfois, peut-être.

A mon avis, on a tort de considérer que ce qui est ou a été est un indicateur de ce qui doit être.

Et l’importance accordée aux batailles dans les récits collectifs est disproportionnée par rapport au reste.

Il se peut néanmoins parfois que ce soit l’ultime moyen pour faire changer les choses.

Je crois que la façon de raconter l’Histoire (et la façon dont on veut se l’entendre raconter ?) accorde une importance démesurée à la violence, aux révolutions et à la guerre. Et même si je ne nie pas leur nécessité dans certains contextes, je rêverais qu’il puisse en être autrement (que l’on puisse œuvrer pour ne pas avoir besoin d’en arriver là) et suis persuadé que trop peu d’efforts sont faits en ce sens.

> Dans Guerre(s) et philosophie, je développe aussi que selon moi, la rhétorique utilisée pour justifier la guerre est souvent fallacieuse.

Le niveau des « débats » dans l’espace public (à la télévision, à la radio, dans la presse écrite ou sur les réseaux sociaux) est minable. J’ai la nausée quand je constate le peu d’idées et de solutions discutées ou expliquées sereinement et le compare à l’omniprésence de discours simplistes, populistes et belliqueux. Une bonne partie du peuple semble en redemander et n’est pas en reste quant à la participation au bellicisme ambiant. On dégaine vite les invectives, les moqueries, le rejet, les insultes et parfois les menaces et la violence physique. Probablement pas tant par nature (j’ose l’espérer) que par habitude ou incapacité à faire autrement.

> Lire aussi : Pourquoi je n’écris plus (2024) et #Lasociétay #Lesystayme #Lémédia #Légens et #lémoutons (2022)

On est saturés de slogans, de formules toutes faites ; on nous désigne l’un ou l’autre ennemi prêt-à-détester et les soi-disant débats ne sont que des simulacres, des mises en scène, où ce qui compte, c’est le clash. Nous ne sommes pas habitués à penser ensemble avec nos différences. Nous ne sommes pas habitués à résoudre nos différends sur un autre mode que celui de l’opposition frontale et guerrière.

On ne nous montre pas vraiment l’exemple.

J’ai envie de croire qu’on pourrait développer une culture de la pensée constructive, qu’on pourrait développer le goût des idées, tout comme on éduque à l’alimentation saine face à la malbouffe…

Face aux totalitarismes et à la menace de belligérants, la marge de manœuvre est limitée (voire inexistante en-dehors de la contre-attaque en guise de légitime défense ?). Quid de la mise en place de solides garde-fous, de mécanismes préventifs, de contre-pouvoirs, etc. ?

J’aborde aussi ce thème dans mon livre Nuance !, ainsi que dans mon article Guerre(s) et philosophie, notamment.

> Lire aussi : Pourquoi je n’écris plus (2024) et #Lasociétay #Lesystayme #Lémédia #Légens et #lémoutons (2022)

Ruwen Ogien : un podcast

Je mentionne la philosophie de Ruwen Ogien dans plusieurs articles sur Philomedia :

Afin de continuer à rendre sa philosophie accessible, j’envisage de lui consacrer un podcast.

L’Humanité mérite-t-elle d’être sauvée ?

Un texte intitulé « l’Humanité mérite-t-elle d’être sauvée ? » à propos de misanthropie, d’humanisme et de la propension à tirer des lois générales sur base de dysfonctionnements particuliers (et notamment des minorités d’agitateurs bruyants). Un truc moins philo, plus romancé.

Articles connexes : 

D’importance secondaire

  • Un texte nommé « le fantasme paranoïde », à propos de cette posture consistant à croire qu’un avis largement partagé est censuré ou particulièrement ciblé par une forte opposition. Autrement dit, ce fantasme paranoïde correspond par exemple au fait de dire « Personne n’en parle ! », « Nous sommes censurés ! » ou encore « Nous sommes les victimes d’une pensée dominante ! » alors même que ce n’est pas le cas. A ce sujet, voir aussi « On ne peut plus rien dire ! » – La liberté d’expression
  • L’image du « Good Guy » : comment être « quelqu’un de bien » ? Comment être une « bonne personne » ?
  • Vivre, s’engager : pour quoi, pour qui ? A propos du sens de l’existence face à l’absurde et la mort, thèmes déjà abordés par ailleurs sur ce site
  • Les réactions genrées aux photos de profil
  • Didactique : comment favoriser la compréhension et la mémorisation des contenus ? J’ai eu l’occasion de traiter cette question en profondeur en tant que formateur à l’Université de Paix asbl, entre autres avec mes collègues Gilles Fossion et Julie Duelz. Comme le fruit de notre travail a été compilé dans des syllabi relatifs à la formation de formateurs, il est vraisemblable que je ne le partage pas tel quel ici. Pour des réflexions connexes sur mon site : Didactique

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